quarta-feira, 18 de setembro de 2019

Quand le peuple est populaire / Vosstanie [A paraître en Octobre 2019]


Quand le peuple est populaire
 Le Portugal, Les éditions Agone, Raquel Varela et le populisme chic de la petite bourgeoisie intello de gauche.

[A paraître en Octobre 2019] 
VOSSTANIE ÉDITIONS, 2019, 64p. PRIX LIBRE
 



terça-feira, 3 de setembro de 2019

A Natureza da URSS (antologia) / Artur J. Castro NEVES (coord.)

Esta primeira antologia é consagrada às discussões sobre o carácter do regime russo, discussões que surgiram com a própria Revolução russa, e que posteriormente se prolongaram nas prisões de Estaline, único lugar onde, a partir de certa altura, um sentimento de segurança permitia que elas decorressem «livremente». A degenerescência, da revolução e a bolchevização do movimento operário internacional levaram em seguida os intelectuais e os militantes revolucionários a interrogar-se sobre as suas práticas e finalmente sobre o conteúdo do socialismo. A guerra fria e a cristalização dos dois blocos iria transformar a URSS num «objecto» universitário e dar origem à sovietologia.Em todos estes momentos houve discussão e a nossa apresentação cronológica pretende dar a conhecer a formação progressiva da ideia de que a União Soviética é um país de exploração capitalista, em que a classe dominante é a burocracia que, através da apropriação do Estado, proprietário colectivo do capital totalmente concentrado, mantém uma classe permanentemente expropriada e separada dos meios de produção assim como da gestão destes: o proletariado.


índice

APRESENTAÇÃO

AGRADECIMENTOS

RUDOLF ROCKER (1921)
Os Sovietes traídos pelos bolcheviques (o fracasso do comunismo de Estado)

SIMONE WEIL (1933)
Caminharemos nós para uma revolução proletária?

ANTE CILIGA (1938-1950)
Dez anos por detrás da cortina de ferro: no país da mentira desconcertante

RUDO HILFERDING (1940)
Capitalismo de Estado ou economia totalitária?

CLAUDE lefort (1956)
O totalitarismo sem Estaline

PAUL CARDAN (CORNELIUS CASTORIADIS) (1956-1957)
(a) A economia burocrática e a exploração do proletariado
(b) A revolução e o aparelho do partido burocrático
(c) Balanço

MAXIMILIEN RUBEL (1957)
O crescimento do capital na URSS, ensaio de confronto crítico

W. JEROME e A. BUICK (1967)
Capitalismo de Estado soviético? História de uma ideia

HENRI E. MOREL
As discussões sobre a natureza dos países de leste (até à II Guerra Mundial): nota bibliográfica

Afrontamento 1977 - 252p.

sábado, 17 de agosto de 2019

Portugal 1974-75, révolution manquée ? de Phil MAILER (A Paraitre)

Portugal 1974-75, révolution manquée ?

Entre l’effondrement de l’Etat salazariste en  avril 1974 et la remise au pas capitaliste dans sa version « libérale » en novembre 1975, les prolétaires portugais des villes et des champs ont profité de ces dix-huit mois de liberté relative pour faire entendre leurs exigences, qui ne portaient pas que sur les salaires et remettaient assez souvent en cause les finalités et les processus de la production. Auraient-ils pu aller plus loin et abattre le capitalisme ? Là où d’autres auteurs pointent l’absence d’un parti révolutionnaire réellement implanté dans le pays, le Portugais d’adoption Phil Mailer, au terme de ce témoignage vivant et sans pathos, met plutôt l’accent sur le trop-plein des « avant-gardes » (maoïstes, guévaristes, trotskistes…) comme l’un des facteurs d’échec du mouvement. Les deux points de vue ne sont d’ailleurs pas contradictoires. Mais le plus grave, selon lui, est que tous ces partis ne défendaient en fait, sous couvert de « pouvoir des travailleurs », que des variantes plus ou moins rénovées de « capitalisme d’Etat », comme le XXe siècle en fournit quelques exemplaires.

 

Extrait

7e Jour : Mercredi 1er mai.

On n’avait jamais rien vu de tel. Tout Lisbonne est dehors, l’émotion est intense. Toute la matinée, la radio a appelé au « calme et à la dignité ». Les autorités disent craindre la droite, une crainte réelle puisqu’il y a encore une vingtaine de milliers d’agents de la Pide dans la nature. Mais on sent qu’elles craignent tout autant la gauche. Postés au coin de l’avenue Alameda, on essaie de ne rien perdre du spectacle : le bruit, l’ambiance, la joie qui surgit de la foule, après un demi-siècle d’étouffement. Nous rencontrons des amis, comme prévu.C’est la fête des travailleurs et tout Lisbonne est là. Il y a des camions, de toute évidence empruntés pour la journée, remplis de gens venant des villes et banlieues environnantes. « Personne ne nous a payés pour manifester », précise une banderole, claire référence aux pratiques du régime précédent. Je suis si ému que je pourrais pleurer. D’autres le font déjà. Toute la journée, nous marchons, perdus au milieu d’une foule d’un demi-million de personnes. Des fleurs, des œillets partout. Tout au long du cortège, les gens offrent de l’eau aux manifestants.On approche du nouveau « Stade du 1er mai », déjà envahi par des dizaines de milliers de personnes, plus des milliers d’autres qui essaient d’entrer. A la tribune, les politiciens attendus : Cunhal, Soares, les dirigeants syndicaux. Les discours commencent. Les drapeaux ornés de la faucille et du marteau tournoient au-dessus des têtes pendant le discours de Cunhal. Soares reçoit un accueil chaleureux. Mais les propos des orateurs sont déprimants, réformistes, opportunistes. Le vrai débat se déroule dans la rue, à l’extérieur. Les travailleurs s’expliquent mutuellement ce qu’autogestão signifie ou pourrait signifier. Nous partons et nous nous dirigeons vers le Rossio. Le métro est le seul moyen de transport. Les rames n’ont que deux wagons parce que certaines stations ne peuvent en accueillir plus. On est tassés comme des sardines, portugaises. Sur la place, la scène est indescriptible. La bande de marins est toujours là, mais on ne la distingue plus guère au milieu des autres manifestants maoïstes et trotskystes, la soi-disant extrême-gauche. C’est partout pareil en ville. Il n’y a tout simplement pas de place, au sens physique du terme aussi, pour le sectarisme. De jeunes ouvriers dansent. Des voitures de police circulent, avec des manifestants sur le toit. Un bus passe, le conducteur klaxonne au rythme de la musique. On ne sait pas vers où il se dirige ; en tout cas pas dans la direction indiquée sur les panneaux. Les portes des bus sont toutes ouvertes, des drapeaux dépassent de chaque fenêtre. Un groupe de jeunes passent, « Los Gringos de la Samba », lit-on sur leur bannière. Leur musique latino-américaine est très entraînante et les gens commencent à danser. Un groupe d’étudiants passe en scandant : « Armé, le peuple ne sera jamais vaincu. » Les gens sourient de cette variation subversive du slogan « officiel ». C’est un spectacle assez confus tout de même, assez chaotique. Les gens applaudissent tout et n’importe quoi. Quelqu’un crie : « Viva Spínola, viva o comunismo ! »
Nous nous rendons chez certains jeunes chanteurs dont les chansons passaient rarement à la radio. Tout le monde boit. On entonne une série de chansons et, au bout d’une heure, on se retrouve au Rossio. Nous restons là, assis par terre, jusqu’à 3 heures du matin, à chanter, à regarder les gens sauter dans la fontaine glaciale. Finalement, épuisé, je décide de rentrer chez moi. Je n’oublierai jamais cette journée, dont les sons résonnent encore dans mes oreilles : klaxons, cris, slogans, chants, danses… Les voies de la révolution s’ouvrent à nouveau, après quarante-huit années de répression. En une journée, tout est remis en perspective. Rien n’est donné par Dieu, tout est fait par l’homme. Les gens pouvaient replacer leur misère et leurs problèmes dans un cadre historique.Comment les mots pourraient-ils décrire six cent mille personnes manifestant dans une ville d’un million d’habitants ? Des œillets partout, dans les canons de fusils, sur chaque char et derrière chaque oreille, dans les mains des soldats et des manifestants ? C’est le point culminant d’une semaine d’événements trépidants et passionnants. Les travailleurs ont laissé leur marque indélébile dans la tournure des événements. Clairement, des masses de gens veulent le socialisme et agir en ce sens. Ce qui a commencé comme un coup d’Etat militaire prend une nouvelle dimension. La junte est toujours au pouvoir, mais ce sont les gens, la classe ouvrière en particulier, qui donnent le ton. Une semaine s’est écoulée, mais on a l’impression que plusieurs mois ont passé. Chaque heure a été vécue intensément. Il est déjà difficile de se rappeler à quoi ressemblaient les journaux du mois dernier, ou ce que les gens disaient par le passé.


II
Les trois premiers mois

Evaluation de la situation.Le 1er mai, la junte avait annoncé que « la nation soutenait les travailleurs ». Maintenant, elle affirme que « les ouvriers soutiennent la libération de la nation ». Quelques petits-bourgeois, rassemblés autour du journal Expresso, viennent de créer un parti libéral (de centre-gauche, disent-ils). Mário Soares, qui se comporte déjà comme un ministre des Affaires étrangères, s’est rendu à Londres pour discuter avec le Premier ministre Harold Wilson et le Parti travailliste. Les journaux sont à côté de la plaque. Ainsi, un gros titre de República assure que «Le peuple n’a plus peur». En fait, rien n’a changé sauf les politiciens. Ceux qui en permanence avaient peur de manquer de tout, argent, nourriture… sont toujours dans la même situation.Mais ce qui était inimaginable quelques jours plus tôt est maintenant possible. Un groupe de femmes a organisé une manifestation devant le siège de la junte. Capital reproduit leurs exigences : « Après le 25 avril, certains bâtiments fascistes ont été réaffectés à des groupes politiques. Comme nous, les femmes, représentons plus de 52 % de la population, on pourrait aussi faire un peu de place à nos collectifs. Nous sommes les principales victimes de l’idéologie fasciste, qui a cherché à nous cantonner dans les travaux domestiques, complètement aliénées par rapport au reste de la société. On sait que la dépolitisation des femmes et leur tendance à voter à droite est directement liée à l’absence totale de mouvements et d’organisations agissant dans leur intérêt. Malgré cela, la junte ne considère pas le mouvement des femmes comme digne d’attention ou d’intérêt. Pourquoi ? A-t-on affaire une nouvelle une fois à une discrimination contre les femmes ? »Le 18 mai, le Diário de Lisboa publie un manifeste des prostituées de Lisbonne (qui travaillent principalement dans la zone portuaire). Après avoir rappelé qu’elles « exercent illégalement le plus vieux métier du monde » et que si les gens considèrent souvent qu’elles ont une vie facile, c’est loin d’être le cas, le manifeste demande la création d’une association où « sans pression puritaine, elles pourraient discuter de leurs problèmes. » Leurs principales revendications sont liées à leur exploitation par les proxénètes, la nécessité de protéger les mineures, la détermination d’un barème tarifaire, la promotion d’un « trottoir libre », sans flics ni maquereaux, destiné à « développer le secteur touristique » et l’opposition aux « pratiques scandaleuses des collègues qui n’exercent que dans des night-clubs très coûteux ». Elles apportent aussi leur soutien aux forces armées. Et terminent par l’annonce que « pendant un an, tous les clients de grade inférieur à celui de lieutenant ne paieront que moitié prix »… Environ trois semaines plus tôt, le même journal avait publié un manifeste du « Mouvement des homosexuels révolutionnaires ». Ils étaient sévèrement persécutés sous le régime salazariste, leurs bars et leurs clubs faisant l’objet de descentes de police et de fermetures répétées.

A Paris, les bureaux du consulat portugais ont été envahis par des déserteurs, des insoumis et beaucoup d’émigrés voulant rentrer au pays, exigeant et obtenant des passeports. Le gouvernement a été contraint d’accorder une amnistie partielle. Dans tous les bars populaires, se tiennent d’intenses discussions politiques. On en oublierait presque le football. Les sentiments exprimés sont très contrastés : beaucoup d’énergie et d’espoir, mais aussi incertitude des lendemains. Rien n’est écrit d’avance.Le plus beau, c’est peut-être le sentiment de confiance qui grandit de jour en jour, ainsi que la solidarité exprimée envers la classe ouvrière du monde entier. Les gens discutent de la situation en France, en Angleterre, en Argentine et au Brésil comme des professeurs de sciences politiques. Ma voisine a changé au-delà du possible, car elle se demande maintenant dans une sorte d’extase si les travailleurs peuvent gagner. Elle dit qu’elle « ne comprend pas grand-chose à la politique, » mais après des mois de silence, de respectabilité obligée et de peur, son bonheur et sa joie sincères sont incroyablement rafraîchissants.

Rebaptiser les rues et les édifices, c’est l’occupation du jour : Le stade Americo-Tomás (l’ancien président) est devenu le stade de la Liberté ; le pont Salazar est devenu le pont du 25-avril ou le pont Rouge. Curieusement, la valeur de l’escudo a augmenté sur le marché des changes. Agostinho Neto, le chef du Mouvement pour la libération de l’Angola (MPLA), a publié une déclaration célébrant « la victoire commune du peuple portugais et des pays colonisés tant il était évident que les Portugais ne pouvaient pas gagner ces guerres ».Le 6 mai, les pêcheurs de Matosinhos refusent de prendre la mer, et ce pendant quatre jours. Le 9 mai, dans le complexe touristique de Troia, quelque 4 000 salariés cessent le travail. Timex, une usine horlogère près de Lisbonne, est occupée par ses 1 800 salariés qui réclament des augmentations et l’expulsion de six flics de la Pide. Le 13 mai, les 1 600 mineurs de Panasqueira (dont 400 sont cap-verdiens) se mettent en grève pour obtenir un salaire minimum de 6 000 escudos. A Porto, des milliers de personnes ont manifesté dans les quartiers populaires pour réclamer des logements décents. Les ouvriers de Firestone à Lisbonne, Alcochete, Porto et Coimbra occupent leurs usines et demandent le renvoi de leurs directeurs étrangers.Le 15 mai, 8 400 ouvriers de la construction navale de la Lisnave se mettent en grève et occupent les lieux, tandis que dans le Nord, quelque 500 mineurs de Borralha se mettent en grève.Le 16 mai, alors que se met en place le premier gouvernement provisoire, les employés des cantines universitaires rejoignent le mouvement. Ceux du textile de Covilhá, Mira d’Aire, Castanheira et Pera font de même. A Lisbonne, de nombreux travailleurs entrent aussi en lutte, depuis la Sacor (raffinerie de pétrole) jusqu’à la Messa (fabrique de machines à écrire). C’est le cas aussi des pêcheurs de Nazaré et des salariés de Bayer (pharmacie). Le 21 mai, quelque 20 000 travailleurs de la métallurgie défilent dans Lisbonne pour exiger des augmentations de salaires. Le premier numéro de Luta Popular, le quotidien du MRPP (Mouvement réorganisateur du parti du prolétariat), rend compte de nombreux conflits sociaux, dont la grève des chauffeurs de taxi de Lisbonne. Le même jour, les travailleurs de la compagnie pétrolière en partie publique, Soponata, rejoignent le mouvement. Les 600 salariés occupent les bureaux de la compagnie, approuvés par les 1 400 marins du groupe qui leur ont envoyé par radio des messages de soutien depuis la haute mer.

De toute part nous parviennent des informations sur les conflits sociaux, de sorte qu’il est difficile d’en mesurer l’ampleur. Le 27 mai, 5 000 conducteurs de Carris ont refusé de prendre le volant de leurs bus. Voulant désamorcer la grève, les syndicats ont cité l’exemple du Chili où les camionneurs ont joué un rôle important dans la lutte contre le régime d’Allende. Mais ce sera en vain.Spínola s’est adressé à des centaines de milliers de personnes à Porto. « Le 25 avril, le peuple a obtenu sa liberté, a-t-il affirmé. Nous devons préserver cette liberté. […] Maintenant, après ce premier mois d’enthousiasme, d’euphorie, nous devons commencer à réfléchir à l’avenir de manière raisonnable. Nous devons défendre notre liberté contre les forces réactionnaires qui veulent l’anéantir. Ce n’est pas par l’anarchie, ni par le chaos économique, ni par le désordre, ni par le chômage que nous pourrons construire le Portugal de demain. Cela, c’est ce que veulent les réactionnaires et les contre-révolutionnaires. Les forces armées et le peuple doivent s’unir contre tous ces dangers. »


Les Nuits Rouges 320p. A paraitre. 15 Euros

quarta-feira, 24 de julho de 2019

Pratique, idéologie et autonomie des travailleurs / REVUE RUPTURA (Brésil) : ENTREVUE AVEC JOÃO BERNARDO

Pratique, idéologie
et autonomie des travailleurs

REVUE RUPTURA (Brésil) 2009-2011 ?




ENTREVUE AVEC JOÃO BERNARDO


 João Bernardo est portugais et il a une biographie [1] qui inclut son expulsion de l'université pour des raisons politiques et la participation au collectif qui a créé et animé le journal Combate à l'époque de la révolution portugaise. Aujourd'hui, il se distingue comme l'auteur de plusieurs ouvrages publiés au Portugal, au Brésil, en Espagne, aux États-Unis, en France, etc. Ses œuvres les plus connues sont: Pour une théorie du Mode de production Communiste, Marx critique de Marx, Crise de l'économie soviétique, Capital, Syndicats et Managers, Économie des conflits sociaux, Dialectique de la Pratique et de l'Idéologieentre autres. Quelle est la question qui marque l'œuvre et l'entrevue avec João Bernardo ? C'est la question de l'autonomie des travailleurs. En ce sens, il s'agit de quelque chose qui nous intéresse. Depuis qu'a surgi le mouvement socialiste, son point de référence a généralement été la classe ouvrière, que cela soit pour s'appeler « l’avant-garde », soit pour être un simple spectateur de sa lutte, soit pour justifier le volontarisme, soit pour justifier le spontanéisme, deux extrêmes qui reflètent une « opposition binaire » pour reprendre l'expression du célèbre anthropologue, le plus démocratique (au sens bourgeois du terme) des sciences bourgeoises, Lévi-Strauss. Comme la bourgeoisie, qui va du romantisme à l'illuminisme, du rationalisme à l'irrationalisme, de la modernité à la postmodernité, de « l'objectivisme » au « subjectivisme » et ainsi de suite, on va d'un extrême à l'autre, même si ce sont les extrêmes de la même idéologie, celle de la bourgeoisie. Si le mouvement socialiste a pour point de départ la classe ouvrière, alors rien n'est plus juste que de partir de l'analyse de cette classe pour chercher à comprendre le processus révolutionnaire. Mais quelle que soit la vision de la classe et de la révolution, rien ne nous libère de l'obligation de penser à la manière dont nous nous insérons dans la réalité de la société capitaliste. Il y a deux positions par rapport à ce que devrait être un révolutionnaire: l'intérêt personnel ou le désintérêt pour la révolution. On ne peut être un authentique révolutionnaire si on s'en désintéresse, c'est-à-dire si cela l'est seulement par « pitié » pour les ouvriers, tout comme les philanthropes. On peut dire la même chose de ceux qui sont intéressés dans le sens que donne l'idéologie bourgeoise à l'idée « d'intérêt personnel ». Il est vrai que l'aliénation fondamentale est celle du travail, mais il n'en est pas moins vrai qu'elle s'étend à toutes les autres relations sociales et nous touche donc personnellement. Si, comme le disait Marx, le prolétariat, lorsqu'il se libère, libère toute l'humanité, c'est notre propre libération qui est en jeu, et cela signifie que nous ne pouvons pas nous exclure de la lutte et encore moins séparer la « vie privée » de la lutte de classe. Par conséquent, nous devons articuler nos luttes avec celles des travailleurs et, par-dessus tout, toujours nous battre. C'est une question éthique et existentielle, marquée par le refus de l'aliénation. Ne pas lutter, en fin de compte, signifie être d'accord avec le monde existant et servir à reproduire l'aliénation de la classe ouvrière et notre propre aliénation, ce que certains font sans le savoir. Ceci est d'autant plus nécessaire lorsque l'on a conscience que le résultat du processus n'est pas garanti, car dans ce cas, il faut chercher des moyens efficaces d'intervention pour influencer sur ce résultat. Toute pratique est politique et il n'y a donc pas de manques, mais seulement des pratiques conservatrices sous la justification du genre « ce n'est pas utile ». Bref, la lutte ouvrière est aussi notre lutte, car ce qui est en jeu, c'est la libération de la classe ouvrière et aussi notre libération. João Bernardo est-il d'accord avec ces thèses ? D'après ce que nous savons de lui, nous dirions qu'il est d'accord sur certains points et en désaccord sur d'autres. En attendant, il y a quelque chose de plus important que cela, il y a la lutte. Les réflexions de João Bernardo sont intéressantes et ouvrent un espace pour réfléchir à la révolution ouvrière sans avant-gardisme et, en oubliant les désaccords possibles, le travail de ce penseur est une riche collaboration au marxisme.

ENTREVUE

Ruptura: Le mode de production capitaliste entre dans une phase qui, selon beaucoup, sera marquée par une grande crise du capital. Comment la lutte ouvrière fait-elle face à cette nouvelle réalité ?

João Bernardo: Depuis que je suis politiquement actif depuis de nombreuses années, j'entends parler de la crise du capital, mais je vois le capitalisme se développer. Je ne comprends pas comment il peut y avoir une crise du capital sans avancée des travailleurs. Il semble unanime aujourd'hui qu'il y a un grand repli des travailleurs. Ils ont perdu une étape de luttes. Ce fut la dernière grande étape de combats. La fin de cette étape commence à la fin des années 50 et au début des années 60 en Europe et aux États-Unis, en ce qui concerne le mouvement noir, les droits civiques. C'était l'une des composantes d'un processus beaucoup plus long et complexe. La révolution culturelle chinoise est d'une importance énorme et c'est dans ce contexte que nous devons voir la guerre du Vietnam, et les derniers moments ont été le Portugal en 74 et 75 ; la Pologne de la Solidarnosc [2]le Brésil de l'ABC [3].
Ce que nous vivons aujourd'hui, ce sont les résultats d'une défaite dans cette phase de luttes. Le capitalisme d’État soviétique s'est désagrégé mais n'était pas dû à un quelconque processus révolutionnaire comme nous l'avons eu dans le cas de Solidarnosc en Pologne. C'est un autre indice à quel point la classe ouvrière aujourd'hui est désorganisée. Aujourd'hui, c'est le capital qui dicte les règles du jeu. Il organise la classe ouvrière presque comme il veut. Presque, cependant pas entièrement, comme le montrent les « nouvelles formes de gestion ». Les organisations ouvrières traditionnelles n'existent plus ou elles défendent le supra-classisme, etc., et les organisations syndicales lorsqu'elles ne défendent pas pleinement ces formes de gestion, tout ce qu'elles font c'est de négocier leur mise en œuvre. L'idée d'une lutte contre l'exploitation semble perdue par les organisations de classe et la classe localisée, je ne dis pas par les travailleurs, je ne dis pas dans la tête des travailleurs individuels, car nous ne savons pas ce qui se passe dans l'esprit de chacun. Ce que je vois aujourd'hui, c'est donc une avancée du capitalisme et un très grand recul des travailleurs. Il ne s'agit pas d'une crise du capital, bien au contraire. Maintenant qu'il y a des contradictions dans le capitalisme, c'est clair, c'est un processus, le capitalisme est contradictoire, donc il est clair qu'il y a contradiction.
En résumé, il me semble tout à fait erroné de confondre les contradictions avec la criseLe capitalisme vit de sa capacité à récupérer, assimiler et reconvertir ses contradictions. La crise, c'est autre chose. Pour qu'il y ait crise, il faut qu'il y ait une classe offensive, dans un moment offensif.

Ruptura: On ne peut pas dire qu'il n'y a pas vraiment de développement du mouvement ouvrier, mais que ce serait latent et, dans ce sens, on pourrait dire qu'une nouvelle crise approche, qu'elle n'existe pas encore mais qu'elle est déjà en train de se dessiner ?

João Bernardo: Si, comme je l'ai dit, les processus sont contradictoires, alors la classe ouvrière répondra. Si elle obéit maintenant relativement bien à cette restructuration, après elle peut lutter contre cette restructuration. De quelle manière on ne sait pas encore. Ce qui me semble plus important aujourd'hui, c'est d'essayer de maintenir le plus de relations possible avec les luttes réelles, de comprendre quelles nouvelles formes sont générées dans ces luttes réelles, d'essayer d'établir des relations, d'unifier, d'entrer en contact entre nous. Bon, ce sont des objectifs très modestes, mais dans toutes les grandes phases du reflux, les objectifs sont modestes et pas complètement irréalistes. Je trouve préférable d'avoir des buts modestes que des buts utopiques, dans le mauvais sens du terme, paranoïaques, la folie des grandeurs.

Ruptura: Selon certains idéologues, la révolution technologique et la société de consommation produisent la fin de la classe ouvrière. De là, nous posons la question suivante : est-il possible que la fin de la classe ouvrière se produise dans le capitalisme ?

João Bernardo: Si nous avons assisté à un certain phénomène dans les dernières décennies, c'est l'expansion écrasante de la classe ouvrière, la prolétarisation des branches professionnelles qui n'étaient pas prolétaires auparavant. L'électronique a été largement utilisée à cette fin. Aujourd'hui, le commerce, du moins dans la plupart des pays, qui se faisait traditionnellement dans un contexte familial, est désormais totalement prolétarisé. Ce qui a disparu, ce n'est pas la classe ouvrière au sens marxiste, mais dans un sens sociologique, descriptif. En ce sens, sans aucun doute, la classe ouvrière a disparu. Cette classe ouvrière est une création relativement récente, datant de l'entre-deux-guerres. Avant il y avait un autre profil culturel de la classe ouvrière et avant cela, il y en avait un autre. Et chaque fois que cela arrive, les idéologues le disent.
S'il reste quelque chose du marxisme, à mon avis, c'est la théorie de l'exploitation. La théorie du pouvoir de Marx est dépassée et, à mon avis, ses théories de l'action politique révolutionnaire ont conduit à des résultats catastrophiques, mais la théorie de l'exploitation de Marx, la théorie de la plus-value relative et tout ce qui en découle, a été entièrement confirmée. Le modèle de la plus-value relative est le seul qui permette une analyse critique du développement du capitalisme. Le capitalisme de l'abondance signifie un nombre chaque fois plus grand ou est incorporé chaque fois mois de temps de travail. Plus grande est la qualification d'un travailleur, plus grande est son exploitation, car il produit un travail de plus en plus complexe. Par conséquent, une heure de son travail vaut de nombreuses heures de travail d'un docker de Manaus [4]. Bien, pour garder ce niveau de qualification on ne peut pas maintenir ce travailleur comme un docker de Manaus, vivant de misère et de cachaça. C'est cela qu'ils appellent la société de consommation. En fait, cela s'appelle extraire le maximum du travailleur et lui donner de plus en plus de produits avec de moins en moins de temps de travail. Nous parlons donc de la fin de la classe ouvrière, de la société des loisirs et d'autres choses du genre. C'est simplement journalistique et quand j'utilise le terme journalistique, ceci a un sens péjoratif.
Je conseille aux gens de ne pas lire la feuille de São Paulo, il vaut mieux lire la Gazeta Mercantil. Les gens disent que la Gazeta est ennuyeuse, or elle est ennuyeuse pour les gens qui ne la lisent pas. La Gazeta Mercantil ne dit pas que la classe ouvrière est finie, elle dit le contraire. Ça ne dit pas que l'exploitation est terminée, ça dit le contraire. Elle dit comment augmenter la productivité et c'est ce type de texte qui a un bon sens de classe. Les papiers de la FIESP [5] ne disent pas que la classe ouvrière est terminée. Lisez les idéologues de la gestion des entreprises. Je me souviens, il y a longtemps, d'avoir parlé en termes de temps de travail, de durée de temps de travail, et de voir de la part d'ex-marxistes des réactions très critiques: c'est quoi ça, le temps de travail ? Je n'ai même pas eu à me défendre, parce qu'un type de la gestion d'entreprise a fini par me défendre : « non, vous avez tout à fait raison, le temps de travail, c'est avec cela que le gestionnaire d'entreprise travail, le travailleur pour nous c'est du temps de travail ».


Ruptura: Alors cette thèse serait donc erronée, car elle partirait d'un point de vue descriptif, sociologique, et donc non-marxiste, qui définit la classe ouvrière dans son rapport au capital, qui est le rapport établi dans la production de plus-value.

João Bernardo: Le sens dans lequel je définis la classe est exclusivement celui-ci. Les classes, qu'elles soient conscientes ou non, résultent de ce processus. Avez-vous déjà imaginé ce que c'est de faire une médecine basée sur la conscience. Si une personne n'avait pas réalisé qu'elle avait un cancer, elle n'aurait pas eu de cancer. « Ah, tu avais un cancer », « comment, ce n'est pas possible, je n'en avais pas conscience ». Les classes évoluent, qu'elles en aient ou non conscience. La conscience, pour moi, ne vaut pas grand-chose. Et quand on dit que le processus de la lutte des classes doit être conscient ? Il s'achève comme étant le résultat de ce que nous avons déjà fait. L'idéologie est une réflexion toujours a posteriori sur une pratique que nous avons faite. C'est le grand dilemme de l'être humain. Nous agissons dans l'obscurité et puis nous réfléchissons, c'est-à-dire que nous réfléchissons sur les choses matérielles et les choses matérielles sont la pratique que nous avons faite, nous réfléchissons toujours sur les pratiques que nous avons déjà faites.
Pourquoi la classe ouvrière devrait-elle avoir un profil culturel unique ? Il peut y avoir une classe ouvrière aux profils culturels multiples. Pourquoi pas, si des relations de solidarité peuvent exister avec d'autres profils culturels. D'ailleurs, c'est ce qui existe encore entre nous. Si nous avons une base pratique qui dépasse ces différences de formation et que cette base pratique se fait dans les luttes des travailleurs, alors que vous avez un système de gestion capitaliste, qui consiste à créer une multiplicité de profils culturels pour diviser la classe, et la lutte des travailleurs, qui consiste à réunir, reconstruire et rétablir la solidarité, malgré ces profils culturels différents.

Ruptura: Il y a là un problème qui peut être soulevé ici : si l'autogestion présuppose le contrôle de l'être humain sur les forces productives, de la nature, ce qui signifie l’auto -gouvernement ou la planification autogérée de la société, ne serait-il pas nécessaire d'avoir une conscience et dans ce cas ne cesserait-elle pas d'avoir une importance secondaire et deviendrait d’une importance fondamentale ?

João Bernardo: Je pourrais même dire oui, mais l'expérience... Je suis un idéologue de profession, mais un idéologue de l'idéologie plus incrédule que vous pouvez l'imaginer. Je pense que nous sommes forcés de nous agréger à une idéologie. L'homme, l'être humain, ne vit pas sans elle. Mais je ne crois pas aux aspects pratiques de l'idéologie. J'ai écrit un livre qui a été édité ici au Brésil, par Cortêz, et au Portugal, par Afrontamento, qui s'appelle Dialectique de la Pratique et de l’Idéologie et c'est là que j'entends, entre autres, dire ceci : l'idéologie est inefficace. Bien, je vais prendre un exemple. Vous parlez d'autogestion comme principe politique. Je n'ai vu l'autogestion que directement, au Portugal, en 74 et 75. La première entreprise au Portugal qui s'est lancée dans l'autogestion a produit trois mille pièces de vêtements et comptait huit femmes. Il s'agissait essentiellement d'une entreprise étrangère et avait dans sa ligne une partie couture. Pourquoi sont-elles rentrées en autogestion ? Parce que l'administrateur étranger a tout bloqué et s'est enfui avec l'argent de l'entreprise. Mais, bien sûr, il a laissé là-bas une montagne de vêtements. Alors puisqu'elles devaient survivre, elles ont commencé à coudre et à continuer à vendre. C'est pour cela qu'elles ont assumé une conscience révolutionnaire. Quand elles ont réalisé ce qu'elles faisaient, c'est-à-dire seulement après ce moment-là. C'étaient des femmes qui n'avaient jamais lutté auparavant.
La deuxième entreprise qui est rentrée en autogestion était aussi de couture, mais celle-là était une entreprise nationale. Avec la dictature, le patron s'est enfui au Brésil, à cette époque sous le gouvernement de Garrastazu Médici [6] qui était ici et tous ces gens ont fui ici. Il s'est enfui avec l'argent et elles produisaient et toutes les autres qui sont entrées dans le processus d'autogestion l'ont rarement fait avec des présupposés idéologiques. Ils sont passés à l'autogestion parce que les types s'enfuyaient toujours. À l'époque, j'ai eu une dispute avec un dirigeant d'un groupuscule international qui s'opposait à l'autogestion et qui croyait que l'autogestion c'était l'aliénation des travailleurs. J'ai dit : « Eh bien, les ouvriers doivent vivre, n'est-ce pas ? ils doivent manger d'une façon ou d'une autre, ils ne peuvent pas vivre des droits d'auteur de livres qui critiquent l'autogestion. Ce type a dit : « Ils devraient braquer les supermarchés ». Je lui ai répondu : « Savez-vous que les principales chaines de supermarchés sont en autogestion ? » et c'était vrai, alors ils feraient quoi, se voler les uns les autres. Telle était la réalité des faits. Après l'avoir fait, et c'est ce qui a été spectaculaire au Portugal en 74 et 75, ce qui a été pour moi une expérience inoubliable, bien que j'eusse rompu avec le léninisme à cette époque, j'ai continué avec cette idée que la révolution allait surgir des grandes concentrations ouvrières.
Ces femmes et ces entreprises sans passé de lutte ont remodelé leurs relations de travail, reformulé le lien entre l'ensemble des travailleurs non qualifiés et mal payés et les encadrements internes, restructuré les hiérarchies, remodelé le système des employés de bureau et commencé à passer par la chaine de production, des choses comme ça. Et ce qui était vraiment prodigieux, merveilleux, c'était de voir ces gens prendre conscience de ce qu'ils avaient fait et d'être capables de faire quelque chose de révolutionnaire. C'est là qu'elles ont pris conscience et c'est ainsi que le processus d'autogestion s'est déroulé. Donc, bien sûr, quand elles assument cette conscience, elles se radicalisent, mais il me semble que c'est déjà le cours naturel du processus.

Rupture: J'ai lu votre livre Dialectique de la pratique et de l'idéologie et je me suis retrouvé à douter sur la façon dont, dans votre conception, le changement survient. Dans ce cas, selon vous, le changement vient de la pratique et dans un second moment la conscience finit par avoir un rôle, qui serait de renforcer cette nouvelle pratique.

João Bernardo: Dans ce livre, si je me souviens bien, la conscience sert à mettre les gens en contact. Ces derniers, une fois en contact, peuvent faciliter les unifications et les luttes ultérieures. Cela me semble plus important que le modèle que je propose ou ce que je vous dis. C'est beaucoup plus important que le contenu idéologique qui peut être diffusé. Mettez de côté la Dialectique de la pratique et de l'idéologie et prenez le cas des femmes au Portugal. Au Portugal, à l'époque de Salazar, les femmes étaient plus opprimées qu'elles ne le sont habituellement, de sorte que les expériences de luttes étaient presque l'affaire des hommes. Les femmes qui vendaient du poisson, je ne sais pas pourquoi, étaient des femmes très actives, mais les autres étaient très soumises, par leur propre mari. Avez-vous déjà imaginé que ces femmes occupaient les usines, les installations, se relayaient, y passaient la nuit. Elle arrivait et disait : « Aujourd'hui, c'est mon jour de dormir à l'usine ». Savez-vous ce que cela signifiait pour le mari ouvrier traditionnel, très traditionnel ? Lorsque nous les avons interviewées, elles nous ont dit : « Heureusement, nos maris nous ont beaucoup aidées ». Eh bien, il y avait le personnel des usines aux environs et les maris allaient là-bas pour les surveiller, mais ils ne pouvaient tout simplement pas le dire, ils avaient besoin de créer des stratégies et ensuite ils disaient qu'ils allaient là-bas pour les aider. Malgré cela, elles allaient beaucoup plus loin dans ce processus de transformation, survenant sur le site de production et touchant la famille. Je l'ai vu et je peux vous garantir qu'il existe. Bien, quand je lis ou entends quelqu'un dire que la société ne peut pas changer, je dis : elle peut changer et j'ai vu cet exemple.
Une fois, en parlant avec une amie, qui avait aussi vécu cette période de luttes, j'ai critiqué des groupes d'une certaine façon comme vous, pas vous, mais d'autres. Ils avaient une vision purement littéraire du processus d'autogestion, comme une nouvelle théorie qui émerge. Je lui ai demandé : « Quel est votre point de vue sur le processus ? » « Des personnes qui sont nées après la fin de cette vague de combats ». Elle m'a répondu : « C'est déjà beaucoup d'avoir cette vision livresque ». Mais c'est quelque chose que ceux qui ont vécu ne peuvent pas transmettre, que les gens peuvent transmettre sous forme littéraire une fois de plus, que vous assimilez sous forme littéraire. Mais ce que vous pouvez vivre est bien plus riche que ce qu'une personne peut dire. Une pratique est beaucoup plus multiforme et nous avons vu des transformations effectives et je souligne cet aspect d'avoir émergé, ces transformations, dans des lieux où il n'y avait pas de traditions, de gens qui n'avaient jamais combattu. Sûrement qu'ils s'étaient battus dans leur vie privée, on ne peut jamais dire que les gens ne se sont pas battus, mais qu'ils se sont battus d'une manière, enfin, aliénée. Nous dirions, pas si aliénés que cela, parce qu'ils étaient capables de donner une réponse et ils furent ceux qui ont le plus enduré la lutte par la suite.
C'est ainsi que je vois un mouvement autonome. On ne peut pas penser qu'un mouvement autonome puisse surgir d'une action si planifiée que cela, car il est vraiment autonome, il nous dépasse.

Ruptura: Bien, maintenant nous devons faire la défense du groupe. Vous dites vous-même que toute « idéologie » découle d'une pratique et vous dites ensuite qu'il a des groupes, comme le MSL [7], qui auraient une conception purement livresque de l'autogestion. N'y a-t-il pas là une contradiction ? Après tout, pourquoi prendrions-nous cette culture du livre et l'accepterions-nous ? Ne serait-elle pas également une pratique ? En ce sens, on peut dire qu'il s'agit d'une pratique différente, une autre pratique. Cette critique ressemble à une critique qui m'a été adressée par des léninistes (certains, aujourd'hui, ex-léninistes) qui m'ont accusé de défendre des idées d'auto-organisation pour ne pas avoir une « pratique ». Quelle était cette pratique ? De toute évidence, c'est leur pratique.

João Bernardo: Vous avez tout à fait raison. Mais j'ai fait une autocritique. Je l'ai fait lorsque j'ai raconté que ma critique avait été réfutée par une camarade. Et bien sûr, votre vision du processus autogestionnaire, produite dans une situation de reflux de la classe ouvrière, doit être différente. Et a été le résultat de votre pratique, votre pratique, sans aucun doute. Maintenant, ce que je veux dire, c'est ceci : je ne dis pas que ma pratique a été plus importante que la vôtre. Ma pratique m'a permis d'avoir une vision donnée du processus autogestionnaire et autonome. Vous avez une autre pratique, qu'elle est la plus appropriée, la mienne ou la vôtre ? Je dirais, peut-être, dans la mesure où nous vivons dans une situation de grand reflux, votre pratique est la plus appropriée.
Maintenant une chose que nous devons prendre en considération, le léniniste, le stalinien, sans parler des autres, a un objectif, il a l'intention d'encadrer la réalité et tout ce qui sort du modèle qu'il entend désarticuler, détruire et les techniques léninistes et staliniennes pour désarticuler la réalité sociale sur laquelle le Parti ne peut avoir de contrôle est une technique extrêmement élaborée, elle existe et porte toujours ses fruits pour ceux qui la pratique. Il est nécessaire que le mouvement soit très fort pour dépasser tout cela. Bien, alors, nous devrons faire de même et c'est un grand risque lorsqu'un groupe se forme autour d'une plate-forme idéologique. Il y a le risque que vous deveniez aveugle à une pratique qui n'entre pas dans votre plateforme idéologique. Comment est-ce que l'on dépasse cela ? Je ne sais pas, car si les reflux sont précisément les moments pour les séparations, pour les divisions. Je dirais que créer une revue plus de choc, de confrontation, plus critique, d'avoir des gens de courants différents qui acceptent de s’affronter et de se confronter tout en respectant les règles du jeu démocratiques C'est presque aussi utopique que n'importe quoi d'autre.
Ce sont donc les limites des situations de reflux, tout contribue à la désagrégation. On se rassemble autour de quoi ? Il y a une pratique commune, mais c'est le problème, dans une situation de reflux il n'y a pas de pratiques aussi fortes, donc on se rassemble autour d'une plateforme idéologique. Il y a là un inconvénient : soit vous vous disloquez, ou au moins la personne court un sérieux risque d'être aveugle à ce qui est extérieur à la plate-forme idéologique. Comment une personne sort-elle de cette situation ? Je ne sais pas, c'est une contradiction que nous devons vivre.

Ruptura: Le contenu du socialisme c'est l'autogestion. Cependant, les expériences diverses et courtes d'autogestion ont été vaincues par le capital. Aujourd'hui, le mode de production capitaliste, en même temps qu'il fait preuve de force, démontre ses faiblesses. Quelles sont les perspectives de l'autogestion dans ce cadre historique marqué par l'ambigüité ?

João Bernardo: Écoutez, je ne sais pas. J’espère ne pas faire partie de ces gens qui meurent en disant : « Je meurs, mais je suis certain ». Il y a un poète portugais (...), qui raconte l'histoire d'un type qui, après s'être fait tirer dessus, a dit : « attention ! La prochaine fois que vous me tirez dessus, laissez-moi au moins le temps de mourir en criant : Vive la Révolution ! ». Les perspectives sont les suivantes : je ne vois pas la possibilité de démontrer qu'au capitalisme succèdera inévitablement une société sans classes. Malheureusement, Marx a confondu cette grande concentration du capital avec le socialisme. Le plus qu'on puisse dire, avec les pieds sur terre, c'est qu'il existe dans le capitalisme des conditions formidables pour surmonter la société de classes, mais je pense que ce sera un processus très long, de plusieurs siècles. Je ne pense pas que la classe ouvrière renversera rapidement le capital. Elle réussira à avancer et, dans ces cycles de reprise, avance la récupération de la classe ouvrière par le capital, et chaque fois que la classe ouvrière fait une nouvelle avancée, elle le fera sur le terrain récupéré par le capital. Regardez les grands cycles révolutionnaires de 1848, puis la Commune de Paris, les grandes luttes de 16 à 21, puis les luttes autonomes. Vous commencez à le voir avant 48 jusqu'à la révolution culturelle et Solidarnosc en Pologne. La lutte de 1848 semble même enfantine au vu des revendications et des problématiques qu'elles posèrent. La lutte devient de plus en plus profonde, non pas comme un cercle vicieux, mais comme une spirale croissante.
Nous pouvons constater également que le capitalisme a des contradictions et ne peut vivre que de l'exploitation et que les gens lutteront contre l'exploitation. Mais en même temps, nous avons des divisions et si les travailleurs parviennent à surmonter ces divisions, les capitalistes réussiront à les obliger à de nouvelles divisions. Le grand problème pour moi, est à l'intérieur de la classe ouvrière. C'est le problème central, le problème de la réorganisation au sein de la classe ouvrière.
Je me suis souvent demandé comment il était possible d'avoir un mouvement autonome au Portugal pendant 74/75 de cette amplitude. Nous sortions de 48 ans de fascisme. Le fascisme avait tout désorganisé. Vous ne pouvez pas imaginer à quoi ressemblait la répression au Portugal, non pas qu'il y ait eu de la police, des tortures comme celles en Argentine. Il y avait de la torture et la police, mais là n'est pas la question : c'était une répression morale à un point invraisemblable. Il était interdit de s'embrasser en public. Eh bien, c'était des choses incroyables. Comment ce mouvement a-t-il été possible ? La classe ouvrière n'avait pas le droit de s'organiser politiquement, elle n'avait pas le droit de s'exprimer, de faire grève, d'avoir ses syndicats propres. Elle a constitué des mécanismes défensifs, dans les quartiers, dans les bars, dans les associations populaires et récréatives et nous, marxistes, maoïstes, léninistes les appelions aliénés, parce qu'ils ne voulaient pas de politique et ils avaient absolument raison de ne pas en vouloir, c'était la condition pour leur survie. On y allait et on faisait notre boulot, on recrutait, et les gars ne voulaient pas qu'on le fasse. Et ils avaient raison stratégiquement, ils créaient des mécanismes défensifs, et ce sont ces mécanismes qui leur ont permis de créer rapidement des commissions de quartier. Au Brésil, c'était la même chose pendant la dictature militaire, elle désorganisait les usines et les gens s'organisaient dans les quartiers. Vous avez remarqué que le mouvement de l'ABC vient après que les militaires ont physiquement et idéologiquement exterminé toute une génération de militants, avec l'extermination de ces gars qui ont été créés du temps de Vargas à Goulart, les nouveaux gars, les jeunes trotskistes, les catholiques. C'est la classe elle-même qui a fait ce mouvement. C'est le signe qu'il s'agit de garanties, de signes très sérieux d'une poursuite d'un processus révolutionnaire. Vous savez comment on appelle un type qui ne se bat que quand il sait qu'il va gagner ? C'est un lâche.
Nous nous battons historiquement et nous devons nous battre sans garantie de gagner. C'est ce qui rend le processus intéressant, avec une garantie cela ne vaut pas la peine, mais avec des indications sérieuses pour ne pas être complètement paranoïaque. Vous vivez dans un pays qui a, par exemple, un mouvement syndical, sans parler des universités, avec des contradictions si grandes que vous pouvez y travailler. Ce n'est pas un hasard si le mouvement ouvrier ici a encore une force. Les syndicats ne sont pas moins bureaucratiques au Brésil que partout ailleurs, mais les pressions des travailleurs sont si fortes que les syndicats doivent céder à cette demande, tout comme les universités. Ce n'est pas parce qu'ils veulent le faire, c'est parce qu'ils doivent le faire. Ce sont donc des espaces d'organisation dont vous profitez et dont vous devez profiter et qui sont exemplaires pour nous. Au Brésil, on croit souvent que l'Europe est un exemple. L'Europe n'est pas un exemple sinon celui de la vieillesse.


Traduction Vosstanie - Juillet 2019.

Extrait de Era um mundo de João Bernardo, Vosstanie Éditions (2019).


NOTES


[1] Pour en savoir plus sur son parcours et l’expérience du Journal Combate : Émission du 13 septembre 2014 de Radio Vosstanie.
[2] Parfois appelé Solidarité en français, est une fédération de syndicats polonais fondée le 31 août 1980, dirigée à l'origine par Lech Wałęsa. Dans les années 1980, ce mouvement joue un rôle clé dans l'opposition au régime de la République populaire de Pologne.
[3]. En 1979, dans la région ABC de São Paulo, plus de 150000 métallurgistes en grève affrontent le gouvernement militaire afin d’obtenir de meilleures conditions de vie.
[4] Capitale de l'État de l'Amazonas, dans le nord-ouest du Brésil.
[5] FIESP – Fédération des Industries de L'État de São Paulo
[6] Emílio Garrastazu Médici a été président de la République Brésilienne du 30 octobre 1969 au 15 mars 1974. Médici représentait la frange la plus dure du Régime militaire, au pouvoir depuis le coup d’État de 1964.
[7] Ancien nom du Movaut - Movimento Autogestionário. L'abréviation signifie Movimento Socialista Libertário, il est le deuxième nom du collectif, car le premier était le Movimento Conselhista.


quarta-feira, 17 de julho de 2019

Sindicatos Arma contra-revolucionária

Sindicatos Arma contra-revolucionária 

Lisboa, Ed Spartacus, outubro 1974 , 66pp.


ÍNDICE

Nota Prévia

.A Questão Sindical (H. Gorter)

Sobre a Questão Sindical, Discussão do Relatório de Zinoviev (Bergmann)

O Sindicalismo (A. Pannekoek)

Siglas das organizações

 

 

quinta-feira, 4 de julho de 2019

Algumas sugestões bibliográficas, muito pessoais, sobre os gestores / João Bernardo

Estas indicações bibliográficas vão ao arrepio do que se tornou uso nas universidades, porque cito clássicos e autores defuntos. Ora, a partir do momento em que o número de citações passou a fazer parte do curriculum, os orientadores praticamente impedem os alunos de mencionar mortos, porque seria o mesmo que enterrar dinheiro em cemitérios. Mas, dado que eu conduzo as pesquisas como acho correcto e não para alimentar os curricula, cito os autores e indico as pistas que me parecem melhores para ter uma ideia do assunto. 


Para estudar os gestores deve obrigatoriamente começar-se por Makhaisky. Foi ele o primeiro a conceber de maneira sistemática os gestores como classe social específica. Existe uma tradução em português das passagens mais elucidativas da obra de Makhaisky nas págs. 84-170 de Maurício Tragtenberg (org.) Marxismo Heterodoxo, São Paulo: Brasiliense, 1981. Existe uma biografia de Makhaisky: Marshall S. Shatz, Jan Wacław Machajski. A Radical Critic of the Russian Intelligentsia and Socialism, Pittsburgh: University of Pittsburgh Press, 1989. Este livro não é nada de extraordinário, mas não há outra biografia, pelo menos que eu conheça. 

Os prolegómenos do estudo dos gestores é em Saint-Simon que se encontram. A mesma função que Smith e Ricardo cumprem para a teoria económica cumpre Saint-Simon para a teoria da classe dos gestores. Existe uma edição da obra completa de Saint-Simon, mas é um tanto atabalhoada e sem um bom aparelho de notas: Oeuvres de Claude-Henri de Saint-Simon, 6 vols., Paris: Anthropos, 1966. Quando estudei Saint-Simon esta edição era a única existente; não sei se entretanto se teria feito melhor. Escrevi uma pequena síntese de algumas das noções de Saint-Simon nas págs. 17-39 de João Bernardo, Democracia Totalitária. Teoria e Prática da Empresa Soberana, São Paulo: Cortez, 2004. O livro encontra-se na internet, não sei por que artes, e não me dei ao trabalho de verificar se se trata de uma versão correcta, mas por que não se trataria? 

Para estudar a evolução dos gestores como classe, no seu campo de acção, o melhor é estudar a evolução das teorias de administração de empresa. Não faltam livros neste âmbito, aconselho um que tenha as seguintes características: anglo-saxónico, volumoso, com abundantes notas de rodapé e bibliografia. Estudar Alfred Sloan Jr, Elton Mayo e depois os teóricos mais recentes do toyotismo e da qualidade total é estudar os grandes inovadores e conceptualizadores da gestão. 

Na esquerda ou, mais exactamente, na extrema-esquerda, a noção da existência dos gestores enquanto classe social específica e dominante foi gerada na crítica à evolução da União Soviética e ao stalinismo. Como a burguesia havia sido aniquilada fisicamente ou eliminada economicamente e a propriedade dos meios de produção cabia ao Estado, mas como, apesar disto, as relações sociais de trabalho continuavam inalteradas, os críticos de extrema-esquerda argumentavam que existia uma outra classe capitalista, que aproveitara em seu benefício a revolução bolchevista. Para uns, essa outra classe seria pós-capitalista, o que definiria o regime soviético como nem capitalista nem comunista; enquanto, para outros, essa classe seria capitalista, o que definiria o regime soviético como um capitalismo de Estado. Existe uma excelente resenha bibliográfica destas polémicas: Henri E. Morel, «As Discussões sobre a Natureza dos Países de Leste (até à Segunda Guerra Mundial): Nota Bibliográfica», em Artur J. Castro Neves (org.) A Natureza da URSS, Porto: Afrontamento, 1977. 

Na verdade, a questão vinha já dos primeiros anos do regime bolchevista e encontram-se muitas indicações e pistas de pesquisa no segundo volume da conhecida trilogia de Edward Hallett Carr, A History of Soviet Russia. The Bolshevik Revolution, 1917-1923, 3 vols., 1952. O livro existe na Penguin. 


Para uma perspectiva genérica do período da NEP, do começo do stalinismo e da génese destas polémicas, é indispensável Anton Ciliga, Au Pays du Mensonge Déconcertant. Dix Ans derrière le Rideau de Fer, Paris: Gallimard e Union Générale d’Éditions (10/18), 1977 [1ª ed.: Au Pays du Grand Mensonge, Paris, 1938. 2ª ed., tiragem restrita: 1950]. 

Para analisar estas posições com mais detalhe convém ler um dos expoentes da concepção dos gestores como classe pós-capitalista: Bruno Rizzi, L’U.R.S.S.: Collectivisme Bureaucratique (La Propriété de Classe), Paris: Champ Libre, 1976 [1ª ed.: La Bureaucratisation du Monde, 1ª Parte, Paris, 1939]. Note-se que esta reedição da obra se limita a um dos volumes, ocultando a adesão de Rizzi ao fascismo, que é o tema do outro volume: Bruno R[izzi]., Quo Vadis, América? (Est-ce un “New Deal”?), Paris: ed. do autor, 1939. Mas esta edição é muito difícil de encontrar. 

Muitíssimo mais interessante do que Rizzi, na minha opinião, é Lucien Laurat, por exemplo: Lucien Laurat, L’Économie Soviétique. Sa Dynamique, son Mécanisme, Paris: Valois, 1931; Lucien Laurat, Économie Dirigée et Socialisation, Paris e Bruxelas: L’Églantine, 1934. Eu escrevi acerca de Laurat uma série de quatro artigos de divulgação num site: João Bernardo, «Lucien Laurat no País dos Espelhos», 


Note-se que Trostsky defendeu até ao fim o carácter economicamente socialista da União Soviética, com o argumento de que a estatização da propriedade dos meios de produção seria suficiente para definir o socialismo. Assim, para Trotsky a burocracia stalinista era uma camada social parasitária, mas não uma classe social específica. No seu exílio Trotsky conduziu permanentemente uma dupla polémica, à direita contra o stalinismo, e à esquerda contra aqueles que consideravam que a classe dominante soviética eram os gestores. Assim, encontram-se muitas pistas de análise interessantes nas obras de Trotsky desse período, mais nos artigos do que nos livros. Existe uma edição dos artigos de Trotsky escritos entre 1933 e 1940, organizada por George Breitman e Evelyn Reed e depois por George Breitman e Bev Scott, publicada em Nova Iorque pela Merit e depois pela Pathfinder de 1969 a 1972. 

Uma das figuras que rompeu à esquerda com o trotskismo, defendendo a existência dos gestores como classe social específica e o seu papel como classe dominante no regime soviético foi James Burnham. Nesta perspectiva, a sua obra mais importante é The Managerial Revolution, publicada em 1941. Na minha opinião, o lugar de destaque geralmente atribuído a Burnham é injustificado e injusto, pois este autor nada acrescentou ao que a extrema-esquerda, quero dizer, aqueles situados à esquerda de Trotsky, já havia defendido. Mas Burnham era um universitário e adoptou posições de direita durante a guerra fria, o que o tornou popular em muitos meios e assegurou a divulgação dos seus livros. 

E passo para outra vertente da teoria da classe dos gestores. Uma das principais figuras nesta vertente foi Walther Rathenau. Há muitos estudos sobre ele. Rathenau faz lembrar Keynes, porque foi um administrador de empresa, um ensaísta, um político e um amante da arte, e também por ter sido uma das inteligências mais brilhantes da época. Musil, em O Homem Sem Qualidades, inspirou-se em Rathenau para uma das figuras. Rathenau esteve à frente das tentativas de organização da economia e de planificação central prosseguidas pelo estado-maior alemão durante a primeira guerra mundial. Ora, estas tentativas influenciaram poderosamente as noções de Lenin acerca da organização económica, como se pode ver em muitas das suas obras de 1917 em diante. Assim, o estudo das concepções de Rathenau ajuda também a compreender a situação soviética. 
Além da figura de Rathenau, a vertente tecnocrática na república de Weimar é importante. Encontram-se muitos fios de pesquisa numa excelente antologia: Anton Kaes, Martin Jay e Edward Dimenberg (orgs.) The Weimar Republic Sourcebook, Berkeley, Los Angeles e Londres: University of California Press, 1995. É indispensável estudar as obras de Siegfried Kracauer sobre a tecnocracia e a burocracia. 

Depois, durante o Terceiro Reich, a vertente tecnocrática foi especialmente notória nas figuras do engenheiro Fritz Todt e do arquitecto Albert Speer, ambos muito importantes na hierarquia nazi. É fundamental a leitura das memórias de Speer, traduzidas em várias línguas. 

Um dos aspectos mais interessantes, e pouco estudados, é a aliança estabelecida entre Speer e Jean Bichelonne. Bichelonne era um jovem geniozinho e o mais notável de uma constelação de tecnocratas que se puseram ao serviço do regime fascista de Vichy. Acerca desta tecnocracia durante o regime de Vichy teceram-se as histórias mais delirantes. Dois exemplos: Henry Coston (org.) Les Technocrates et la Synarchie, Paris: Lectures Françaises, 1962; Olivier Dard, La Synarchie ou le Mythe du Complot Permanent, Paris: Perrin, 1998. Num plano de grande seriedade, encontram-se muitas pontas de pesquisa naquela que é, para mim, a melhor obra sobre o regime de Vichy: Robert O. Paxton, La France de Vichy, 1940-1944, Paris: Seuil, 1973 (a edição original é norte-americana: Vichy France. Old Guard and New Order, 1940-1944, 1972). A partir desta obra pode verificar-se um elo de continuidade entre a tecnocracia que em Vichy adoptou o fascismo e a tecnocracia que, juntando-se a De Gaulle, adoptou a democracia. Jean Bichelonne numa ponta e, na outra ponta, Jean Monnet, ambos em nome de um europeísmo tecnocrático. Para compreender estas articulações ideológicas é interessante ler Henri Michel, Les Courants de Pensée de la Résistance, Paris: Presses Universitaires de France, 1962. Vemos aí como as concepções tecnocráticas vigentes em Vichy influenciaram alguns dos meios mais importantes da Resistência. Um dos grandes elos de ligação foi o economista François Perroux, que exerceu uma grande influência sobre a tecnocracia francesa fascista ou fascizante antes de 1944 como, depois, sobre a tecnocracia do Mercado Comum, assim como sobre a tecnocracia das independências africanas, graças aos seus estudos sobre o desenvolvimento económico. 

No fascismo italiano, uma das figuras mais importantes da ala tecnocrática foi Giuseppe Bottai. Vale a pena pesquisar o que ele escreveu, nomeadamente as memórias: Giuseppe Bottai, Vent’Anni e un Giorno, [s. l.]: Garzanti, 1949. Sobre a tecnocracia como elemento de relação entre o fascismo italiano e o New Deal norte-americano é interessante ler: Giuseppe Bottai, «Corporate State and N. R. A.», Foreign Affairs, 1934-1935, XIII, nº 4. 

Aliás, o estudo do New Deal é importante para mostrar que a vertente fascista da tecnocracia e a sua vertente democrática puderam estar amalgamadas. Distinguimo-las porque a história as distinguiu noutros países, mas, se nos limitássemos aos Estados Unidos, só teríamos razão para as juntar numa realidade única. Sobre o New Deal há um monumento da historiografia, a trilogia que Arthur M. Sclesinger Jr dedicou à época de Roosevelt, mas que cobre o período de 1919 até 1936. Encontram-se aí vários elementos de pesquisa muito sólidos sobre o pensamento tecnocrático. Acerca do assunto, um dos autores básicos nos Estados Unidos é Adolf A. Berle Jr, nomeadamente Power without Property. A New Development in American Political Economy, Nova Iorque: Harcourt, Brace & World, 1959; e é um clássico a obra que ele escreveu juntamente com Gardiner. Means, The Modern Corporation and Private Property, Transaction, 1932. 

Em Espanha, tanto durante a Segunda República como durante o fascismo, foi em torno de Ortega y Gasset que se reuniu a tecnocracia modernizadora, que veio a fornecer o principal eixo de evolução do franquismo. 

Em Portugal, na minha opinião, deve atribuir-se um papel central a Adérito Sedas Nunes e à Análise Social. Foi essa a grande escola de pensamento e de acção da tecnocracia portuguesa. Mas não caíram do céu e tiveram precursores ao longo do fascismo, nomeadamente o engenheiro Araújo Correia. Em geral, foi em algumas secções da Câmara Corporativa e em torno dos Planos de Fomento que se formou a base da tecnocracia poprtuguesa, hoje dominante. Aliás, é curioso que Franco Nogueira considerou, e a meu ver com razão, os governos de Salazar como precursores dos governos tecnocráticos. Escreveu ele: «Salazar abre assim em Portugal a era da tecnocracia» (Franco Nogueira, Salazar, vol. III, Coimbra: Atlântida, pág. 290, sub. orig.). 

No Brasil é interessante verificar que os gestores têm garantido a continuidade económica num país onde a vida política foi atribulada. Se obervarmos as presidências de Getúlio Vargas, depois a de Juscelino Kubitschek, depois o regime militar, depois as duas presidências de Fernando Henrique Cardoso e, por fim, as três presidências do PT, constatamos a solidez de uma camada gestorial subjacente, que tem fornecido à economia um eixo de continuidade e um movimento ascencional quase ininterrupto. Quando eu cheguei ao Brasil os principais teóricos da tecnoburocracia — uma nomenclatura que corresponde exactamente ao que eu denomino gestores — eram Bresser Pereira e Fernando Prestes Motta. O Fernando morreu prematuramente e o Bresser Pereira, uma das grandes inteligências brasileiras, deixou de estar politicamente interessado em prosseguir esse rumo de analise. Ele foi um dos ministros mais importantes de Fernando Henrique Cardoso e agora rompeu com o PSDB para se aproximar a passos mansos do PT e do desenvolvimentismo industrialista. Mas vale a pena ler o que ele escreveu acerca do assunto durante o regime militar: Luiz Carlos Bresser Pereira, A Sociedade Estatal e a Tecnoburocracia, São Paulo: Brasiliense, 1981. Há um estudo interessante: Maria de Lourdes Manzini Covre, A Fala dos Homens. Análise do Pensamento Tecnocrático, 1964-1981, São Paulo: Brasiliense, 1983. Há pouco tempo enviaram-me uma tese já antiga, que ainda não li, mas que pode ser interessante: Roberto Grün, A Revolução dos Gerentes Brasileiros, Campinas: Unicamp, 1990. Enviarei em anexo. 

Finalmente, existe um livro meu que é de certo modo um remake do Para uma Teoria do Modo de Produção Comunista, embora acho que quem se apercebe de que é um remake sou eu e não os leitores: João Bernardo, Economia dos Conflitos Sociais, São Paulo: Cortez, 1991 e São Paulo: Expressão Popular, 2009. A primeira edição na Cortez esgotou-se, essa editora não se mostrou interessada em o reeditar e a segunda edição esgotou-se igualmente, mas entretanto eu tomei várias posições públicas críticas ao MST e a Expressão Popular, que é próxima a esse Movimento, também não se interessou por fazer nova edição. Como o livro é de fácil acesso em bibliotecas e alfarrabistas e como estou farto de editoras, decidi disponibilizar os pdfs e coloquei-os na internet. Para maior facilidade, envio em anexo. A questão dos gestores é tratada sobretudo nas págs. 170-234 da versão em pdf. 

Com estas pistas e com as indicações bibliográficas que se podem encontrar nas notas de rodapé relativas às passagens consideradas mais interessantes, creio que há material suficiente para encetar uma pesquisa. 



 
Publicado em 2019

Era um mundo / João Bernardo Vosstanie Editions