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sexta-feira, 9 de maio de 2014

L’autogestion au Portugal (Les luttes au Portugal)

L’autogestion au Portugal

La signification et les conséquences de l’autogestion sont d’une telle importance pour le processus révolutionnaire conduisant à la société sans classes, qu’une analyse plus détaillée de ce mode de lutte s’impose. C’est ce que nous prétendons commencer aujourd’hui en nous appuyant sur des faits concrets et le témoignage de travailleurs en autogestion.

La chute du fascisme laissa intacte la structure de production capitaliste. La crise qui la mine, aggravée par la crise internationale, n’a pas rencontré, de la part du gouvernement provisoire et de l’appareil productif, une quelconque réponse satisfaisante qui empêche de se retrouver dans une situation de crise économique dont les travailleurs feront une fois de plus les frais.

C’est dans ce contexte que surgissent des processus d’autogestion. Dans quels secteurs ? Avec quels objectifs ? Quelle est l’attitude du gouvernement et des autres forces politiques relativement à ce phénomène ?

Nous constatons ceci : c’est surtout dans les secteurs de l’industrie textile, de la confection et parfois de l’industrie du meuble et des produits laitiers qu’apparaissent les occupations d’usine et l’autogestion. Pourquoi ? Entre autre raisons, il faut signaler les suivantes : il s’agit d’industries relativement pauvres, de techniques simples, d’apprentissage facile pour des travailleurs sans formation spécialisée, dont le circuit de production et de commercialisation est court. À ces caractéristiques, surtout celles concernant la main d’œuvre à utiliser, s’en ajoutent d’autres, d’ordre économique et social : en premier lieu, elles suscitent l’intérêt de l’investisseur national et surtout étranger, qui, dans des conditions optima de bénéfice, peut installer des usines et être compétitif sur nos marchés. De plus, cette main d’œuvre bon marché, peu spécialisée, sans possibilité d’instruction, vivant surtout en zone rurale, n’a pas l’expérience de l’association et de la lutte ouvrière.

Comment dès lors, est-ce dans ces secteurs défavorisés qu’apparaît l’autogestion, que nous considérons comme une forme avancée de lutte, un phénomène révolutionnaire ?

Les phénomènes d’autogestion apparaissent presque toujours à un moment de crise de l’entreprise : faillite ou fermeture de l’entreprise. À ce moment le problème est de subsister et subsister veut dire garder l’emploi. Pour cela, on fait un pas radicalement nouveau : les installations sont occupées, les travailleurs, ou une partie d’entre eux, se déclarent en autogestion, l’usine reprend comme elle peut : l’emploi et le salaire correspondant demeurent, assurés dans l’immédiat.

À l’euphorie ou à la terreur du premier moment, succèdent rapidement les difficultés inhérentes au processus, qui dépassent la simple question de maintenir l’emploi. Et c’est à ce moment que l’autogestion commence à révéler toutes ses potentialités de processus nouveau, et ne se présente pas seulement comme un recours plus ou moins heureux pour résoudre de façon transitoire la situation de crise et les risques de perte d’emploi.

Quelle est l’attitude du Gouvernement. provisoire et des forces détentrices du pouvoir politique face à l’autogestion ?

Quand une grosse entreprise est en crise, l’État intervient, nomme une Commission Administrative et maintient l’entreprise. En effet, comment le capitalisme d’État pourrait-il se développer si les grandes entreprises sont totalement contrôlées et gérées par les travailleurs ?

Quand, par contre, une petite ou moyenne entreprise se trouve dans une situation semblable et se met en autogestion, le gouvernement s’en désintéresse, se montre hésitant, ambigu. Pourquoi ? Serait-il intéressé par le contrôle direct ou l’appropriation des moyens de production par les travailleurs ?

Nous y répondrons plus loin.



Difficultés de l'autogestion

La première limite qui apparaît est la fourniture des matières premières, surtout quand elles viennent de l’étranger ; quand elles viennent du Portugal, les travailleurs se heurtent au boycott des capitalistes. Quand les travailleurs ont des stocks, ils peuvent produire pendant un temps plus ou moins long ; quand ces stocks sont épuisés, ils sont obligés de faire appel aux organes de pouvoir pour obtenir un « volant de crédit ». Ceci entraîne la perte de l’autonomie acquise par l’occupation. C’est à travers cette nécessité de « capital » que le gouvernement et les organes de gestion ou de contrôle politique vont se donner les moyens d’encadrer les travailleurs.

Si ces barrières sont dépassées par les travailleurs, l’apprentissage du processus autogestionnaire peut continuer. Mais la lutte est conditionnée par deux questions : la nécessité de l’approvisionnement et l’écoulement du produit fabriqué. Ce sont ces problèmes qui conditionnent et limitent l’avancée des luttes, et qui sont à l’origine des difficultés de contrôle des moyens de production par les travailleurs.

Quand les travailleurs sont occupés par ces problèmes (d’achat et de vente) il leur est difficile de se poser d’autres questions. C’est ainsi que la participation de tous à la production est considérée comme nécessaire par les Commissions de Travailleurs, nécessaire, non comme droit de tous à participer à la gestion, mais comme une nécessité pour augmenter la production, ce qui leur permettra de rivaliser avec le marché capitaliste.

Ces Commissions apparaissent comme l’ensemble des travailleurs les plus capables de gérer l’entreprise ; on ne soulève pas le problème de la formation politique de ces éléments, mais simplement de leur capacité à gérer les affaires. Mais quand les travailleurs s’aperçoivent que ces Commissions résolvent tout, sans que cela découle de la participation réelle de tous les travailleurs, elles sont remises en cause. Dans certaines usines en autogestion, la première Commission de gestion fut remplacée : ce qui permit une meilleure participation de tous les travailleurs au processus productif. Cela, du fait que les travailleurs, continuant à s’occuper de maintenir l’emploi et les salaires, s’apercevaient que la gestion est une préoccupation collective. C’est en se préoccupant de la solution de ces problèmes, que les travailleurs en autogestion ont été amenés à renforcer la solidarité entre diverses entreprises, en autogestion ou pas.

En effet, nous disions que c’était la nécessité d’obtenir du capital qui permettait au gouvernement et au Pouvoir de récupérer les luttes autonomes. Or, les travailleurs, s’ils n’ont pas la solidarité économique des autres travailleurs sont forcés de faire appel au gouvernement, et de passer par l’intermédiaire des syndicats.

Le gouvernement est intéressé à ce que ces modes de lutte existent, car cela évite l’augmentation du chômage, mais l’autonomie de ces luttes ne peut être tolérée. Ces temps-ci, le gouvernement trouve des formes de contrôle de ces luttes autonomes.

On assiste à une tentative des syndicats de transformer les usines autogérées en coopératives de production, plus facile à encadrer et à planifier, et aussi subordonner les travailleurs de ces coopératives aux directives élaborées par les dirigeants politiques.

Les travailleurs en autogestion savent que pour vivre, il faut produire et vendre, d’où leur préoccupation de produire toujours plus. Mais cette action autonome peut les amener à dépasser cette simple question de l’emploi. Ce dépassement fera apparaître le vrai sens de l’autogestion. C’est ainsi qu’une conscience et une pratique nouvelle se forgeront. L’autogestion n’est pas seulement une solution provisoire en temps de crise.

Ce que ces luttes tracent de neuf, c’est la possibilité et la nécessité sentie par les travailleurs de se frayer une voie décisive indépendamment de syndicats et d’organisations politiques. Indépendance, parce que les travailleurs en autogestion sont forcés de faire un pas qui ne peut être contenu dans les limites des organisations politiques et syndicales.

Quand les travailleurs se réunissent et prennent conscience que, en commun, et entre eux, ils abordent la question de la technologie, et d’autres, ils commencent à comprendre que leurs problèmes ne sont pas seulement ceux de leur usine, mais de toutes les usines, et à affirmer publiquement que les syndicats, les partis et l’État ne sont pas nécessaires.


Editorial du journal Combate, n° 23 du 16/5  au 30/5 - 1975




A propos de l’autogestion


La lecture de cet article amène un certain nombre de réflexions sur ce qu’est l’autogestion. Ce mot, à l’heure actuelle, a la fonction quasi magique d’évoquer la « révolution en marche » ou « un processus révolutionnaire irréversible », etc., et cela, spécialement dans la situation portugaise où il est utilisé par les gauchistes comme justification et preuve de la mise en place, par la classe ouvrière, de structures révolutionnaires.

Cela pose à notre avis deux questions : quelle « autogestion » a été mise en place au Portugal, quel est son contenu réel ? Et, plus généralement, qu’entend-on par autogestion ? Suffit-il que les travailleurs d’une entreprise se déclarent en autogestion pour que la lutte des classes trouve là son optimum d’express:on positive et que les embryons de la société future v soient en germe ?

L’autogestion est décrite ici dans le contexte de contraintes et de difficultés économiques auxquelles se heurtent ce genre d’expériences, tant du point de vue des problèmes liés au marché capitaliste que du blocage réalisé par le pouvoir et les syndicats. Cette situation constitue les « limites auxquelles s’affrontent les travailleurs ; face à cette analyse, on assiste à une affirmation, un appel presque incantatoire à la combativité des travailleurs pour dépasser ces limites, « dépassement » qui acquiert une valeur presque mythique dans la mesure où aucun indice concret de ce dépassement n’est évoqué. Une remarque s’impose à ce propos : il s’agit ici d’un schéma traditionnel concernant le rôle de la classe ouvrière qui doit pourfendre les démons du capitalisme, gouvernement, partis et syndicats (les patrons sont éliminés ou absents…) pour montrer ses capacités d’auto-organisation, son autonomie. Mais de quelle autonomie ou auto-organisation s’agit-il, on y reviendra bientôt, celle de bien gérer et écouler la production capitaliste ? En effet, quelles que soient les structures mises en place, l’autogestion est valorisée comme processus d’apprentissage (réussi éventuellement) de la démocratie dans l’usine, processus d’où émerge la conscience de classe… mais pour quoi ? Pour ne plus être exploité par un patron repérable, un ministère, une commission ou un syndicat, un bureaucrate, mais pour toujours être un prolétaire, auto-contrôlant sa vie de producteur dans une entreprise toujours située dans un processus de production capitaliste, soumis à la loi de la productivité ? Qu’y a-t-il de changé ?

En effet, comme il est dit dans l’article, les entreprises occupées qui tentent de fonctionner en autogestion se heurtent au problème de la structuration capitaliste de l’économie (écoulement du produit fini, prix du marché, dispositif technologique) et aux problèmes de survie, c’est-à-dire qu’il faut bien un salaire. Les contraintes exercées sur les travailleurs qui gèrent leur entreprise sont les mêmes (ou sont supérieures), et les impératifs n’ont pas changé : efficacité, productivité. Même si les travailleurs, par leurs luttes, ont réussi à se débarrasser du contrôle du gouvernement ou des syndicats, ils doivent, pour survivre, rendre leur entreprise compétitive sur le marché, respecter les normes qualitatives et quantitatives de production. On a vu ainsi des usines en autogestion réussir à doubler la production (belle application de « la bataille de la production »), élire… démocratiquement des gestionnaires avisés et compétents (la division du travail et la rotation des tâches seront remises à plus tard… ), cela se soldant par un nombre d’heures de travail plus élevé qu’avant, parfois le maintien des différences de salaires (entre hommes et femmes, exécutants et petits chefs, petits chefs et gestionnaires), etc.

Il ne s’agit pas à travers ces critiques de condamner les expériences d’autogestion, de méconnaître l’acquis positif de ces processus de lutte pour la démystification du système, la compréhension des mécanismes d’exploitation, du rôle des syndicats et commissions de tout poil ; il s’agit plutôt de mettre en doute une vision de la révolution par stades ou changements successifs, comme quoi, dans un premier temps, à travers leurs luttes, les travailleurs font leur éducation, dégomment les grands et petits chefs tout en continuant, pour survivre, à se poser les mêmes questions que leurs ex-patrons gestionnaires, à garder les mêmes structures de production ; et ensuite, petit à petit, quand leurs yeux se seront décillés, ils se poseront les vrais problèmes de la société révolutionnaire : quelle production pour quels besoins, avec quelle technologie, quel temps de travail, l’abolition de la division du travail, base de la non reproduction des hiérarchies et du pouvoir. Il nous semble au contraire que si ces problèmes ne sont pas posés d’emblée, l’autogestion ne sera qu’une des modalités que revêt l’exploitation capitaliste, faisant plus illusion (les travailleurs participent, ont le contrôle apparent de leur travail), mais restera une forme de gestion du capital.

L’autogestion est ainsi une bonne solution en cas de crise : pas de problème de chômage, la production continue ; la répression n’a pas besoin de s’exercer directement puisque les objectifs du système sont remplis. L’autogestion, telle qu’on peut la voir au Portugal ou dans les luttes ici, si elle ne s’accompagne pas d’une remise en cause plus radicale du système, n’est qu’une autre forme de soumission au capital.

Ce qui me fait peur dans le mot autogestion, c’est qu’il y a aussi le mot gestion.

Agathe.


La Lanterne Noire n°4 (décembre 1975)

quarta-feira, 26 de fevereiro de 2014

Portugal : les travailleurs portugais sont-ils trop impatients ?

Portugal : les travailleurs portugais sont-ils trop impatients ?


Le régime fasciste est tombé, mais le capitalisme demeure ! Ce changement de régime politique a fait naître un sentiment de libération, de suppression des entraves sociales et policières, qui est principalement ressenti par la classe qui porte. plus que toute autre, le poids de l’exploitation : la classe ouvrière.

Mais la chute du régime ancien s’est fait hors des voies légales ; elle a déclenché un processus nouveau, transférant dans la rue la politique et l’action. Les manifestations et la fraternisation entre soldats et ouvriers, les actions directes et violentes contre l’ancien appareil d’État qui a cessé momentanément de contrôler la vie sociale, tout cela libère des énergies collectives nouvelles et renforce la volonté d’agir et d’aller plus loin. Rapidement, le foyer de cette agitation collective quitte la rue où patrons et ouvriers saluaient côte-à-côte la fin du fascisme, pour les lieux de travail, où ils se retrouvent face-à-face.

La force collective s’impose et impose des changements dans l’appareil de production, où la répression fasciste servait à garantir le maintien des rapports sociaux. C’est pourquoi, dans le mouvement de grève actuel, la question de l’épuration est l’un des points essentiels. Mais les attitudes des directeurs du personnel, surveillants et contremaîtres, que les ouvriers dénoncent comme des attitudes fascistes, existeront toujours tant qu’il y aura du travail salarié. C’est pourquoi les capitalistes résistent à ces mesures d’épuration.

Ce qu’ils ne peuvent pas mettre en jeu, c’est la "discipline" qui est la base de la production, et il est dangereux que les ouvriers s’habituent à vouloir imposer leur volonté sur ce terrain.

Mais derrière la chute du fascisme se profilent déjà d’autres formes du pouvoir capitaliste. Les actions ouvrières, les manifestations de force collective rencontrent chaque fois une plus grande résistance. En un sens, la Junte apparaît comme l’intermédiaire ayant pour fonction de faire accepter aux travailleurs les intérêts des capitalistes. Réclamer l’intervention de la Junte, lui faire confiance cela revient à refuser de décider et d’agir directement face aux patrons, c’est abdiquer sa force collective. C’est ce qui s’est passé par ex, à la TIMEX, où les ouvriers unis et décidés ont été demander l’intervention de la Junte, celle-ci leur faisant finalement accepter une proposition que ne sert que la Direction. Ailleurs, c’est le souci de légalité qui a bloqué toute action. Avant même de savoir ce qui sera légal ou non, les gens prennent d’avance position contre l’illégalité. C’est ce qu’on peut lire dans la déclaration du personnel de l’Institut de Physique-Mathématique adressée à la Junte, où il est dit que l’on "condamne toutes les initiatives prises en dehors de la légalité démocratique qui est en cours d’élaboration". D’autres, comme certaines directions des syndicats et des partis, ne cessent d’agiter la menace du chaos économique. Cela revient à adopter la position des capitalistes, selon qui on ne peut accorder quoi que ce soit aux ouvriers que si la productivité et les bénéfices (donc l’exploitation) s’élèvent eux aussi. À considérer la formation du gouvernement provisoire, la tendance est très nettement dans ce sens. Il s’agit de convaincre les travailleurs que "l’heure est venue de sacrifices pour tous les Portugais" (travailleurs des assurances "La Sociale"). On a déjà entendu ça quelque part ! Comme si tous les Portugais avaient des intérêts identiques ! Si les capitalistes ont un souci du salut de la société, pourquoi serait-ce toujours aux travailleurs de faire des sacrifices ?

Des communiqués de ce genre, il en apparaît de tous côtés, exprimant souvent l’opinion des travailleurs eux-mêmes : J. Pimenta, Firestone, etc. D’ores et déjà, cette attitude a pour résultat de faire renaître la peur qui avait disparu, détruisant ainsi la détermination de lutter. En affirmant qu’il "est impossible de céder à ces revendications", on oublie que cette réponse a toujours été celle des patrons, même avant le 25 avril. Tout dépend finalement de la force de la classe ouvrière. Ce qui est possible, c’est ce qu’elle aura la force d’imposer.

Tout cela ne suffisant pas, on commence à parler aussi de "provocateurs", des "impatients", des "aventuristes". La Junte a publié un communiqué mettant en garde contre l’existence de provocateurs dans le bâtiment ; le même jour, 14 mai, les patrons de J. Pimenta distribuent ce même communiqué en réponse aux revendications des travailleurs ! Comme disait l’autre, "dis mois qui sera la Junte, je te dirai qui la Junte sert". Aux chantiers de la Lisnave, la commission des travailleurs déclare "défendre les siens de l’entreprise et de l’administration", pendant qu’à la TAP, les syndicats s’en prennent aux ouvriers qui se comportent avec "la liberté qui leur a été offerte comme des enfants à qui on donne un jouet et qui n’ont pas de répit avant de l’avoir cassé". Chose intéressante, les partis et les organisations politiques qui, sous le fascisme, étaient tout excités par les grèves ouvrières, se mettent tout d’un coup à recommander le calme et font tout pour mettre fin aux conflits. A. Cunhal dit aux journalistes que "l’impatience pose des problèmes", comme on peut le lire à côté du communiqué des Forces Armées donnant le nom des jeunes morts à la guerre. Beau résultat de la patience ! Le PCP n’hésite pas du reste à dire que seuls les réactionnaires "ont intérêt à ce que la tension se développe". Bientôt, les travailleurs qui veulent faire grève se verront accusés d’être des agents de l’ex-PIDE ! Aux mines de Panasquetra, les messieurs du Comité d’Entreprise de Covilha s’efforcent inlassablement d’étouffer le conflit, mais les ouvriers rejettent leurs propositions. Au point que les luttes ouvrières apparaissent maintenant comme une menace pour les sièges qu’ils occupent ou pensent occuper bientôt…

Une fois le fascisme abattu, les travailleurs ne doivent pas désarmer. Ce qui a été obtenu par la force est la meilleure garantie pour le futur. C’est maintenant qu’il faut avancer des revendications, au moment où les anciennes institutions sont à terre et où les nouvelles ne sont pas encore consolidées. C’est maintenant que nous sommes forts ! La menace de retour du fascisme ne sert qu’à entraver la lutte ouvrière et le développement de la conscience de classe des travailleurs.

Tout le problème actuel du capitalisme, c’est de passer d’une forme arriérée et rigide de domination - le fascisme - à un encadrement démocratique, avec cogestion et participation des travailleurs à leur propre exploitation. En leur donnant l’illusion d’être maîtres de leur propre destin.

Tant qu’existent le capitalisme et l’État, fondés sur le salariat, les travailleurs ne peuvent rien contrôler du tout. Il n’y a pas d’étapes de pouvoir intermédiaire. Ou bien le pouvoir est entre nos mains, reposant sur des organisations démocratiques de base qui gèrent l’ensemble de la vie sociale, ou bien il est dans celle de l’État capitaliste. Et en attendant, la seule chose que nous puissions contrôler et gérer, ce sont nos propres luttes : en préservant le pouvoir de décision des assemblées générales, en utilisant comme moyen de pression l’action directe, en récusant les délégations permanentes de pouvoir, qui font surgir des "sauveurs professionnels", auxquels nous devrons, une fois de plus, faire confiance. De même, le ralentissement des cadences (Convex), la réduction de l’échelle des salaires (Compagnie Aérienne, Bâtiments), les augmentations égales pour tous, le refus de percevoir les titres de transports (Soc. Estoril, Belos), enfin le refus des compromis et des négociations en fixant des dates limites de réponse aux directions voilà des exemples de développement des luttes ouvrières. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons faire face aux groupes politiques, grands ou petits, qui ne voient dans la lutte de classe qu’un moyen pour renforcer leurs organisations.

C’est de la capacité de contrôler les luttes d'aujourd’hui, en réfléchissant sur nos actions collectives et sur leurs conséquences, que naîtra la force et la volonté qui nous permettra d’en finir une bonne fois avec l’exploitation du travail (le salariat), avec cette société de merde et toutes ses institutions, ses postes, ses bonzes, ses sauveurs professionnels, etc.

Travailleurs, soyons impatients !

Comptons sur nos propres forces !

Groupe lutte de classe (Tract distribué à Lisbonne)


Extrait de La Lanterne Noire, n°1, Juillet-Août 1974

sábado, 8 de fevereiro de 2014

LA LUTTE AUTONOME DES TRAVAILLEURS

LA LUTTE AUTONOME DES TRAVAILLEURS

Le texte suivant est traduit du journal COMBATE, n°15, 17 janvier 1975 *

Ce journal, apparu après le 25 avril, était à l'origine le résultat d'un compromis entre militants de diverses tendances (voir Manifesto de Combate, n° 1, 26-6-74), issus en majorité de groupes d'orientation léni­niste. Depuis lors, confrontées à des dis­cussions internes et surtout au mouvement social et de luttes ouvrières, les positions du journal ont nettement évolué vers une critique des conceptions léninistes de l'action politique et du mouvement ouvrier. Il prend position pour l'organisation indé­pendante des travailleurs contre les syn­dicats, les partis et l'Etat, pour la liaison internationale des travailleurs. Combate, qui sort deux fois par mois, et qui est assez largement diffusé en milieu ouvrier (3000 exemplaires), accorde une place importante aux informations sur les luttes dans les quartiers, et sur les mouvements d'occupa­tions ; on y trouve, de plus, des discussions ou des table-rondes entre des travailleurs en lutte, des informations internationales et des analyses théoriques (l'éditorial). Il s'affirme comme : « une tribune libre ouverte à la libre expression de tous les travailleurs en lutte. Il est aussi un moyen par lequel les travailleurs peuvent échanger leurs expériences et renforcer ainsi leur organisation autonome dans le combat contre le capitalisme. (...) Combate s'ap­puie seulement sur les travailleurs, il n'est l'organe d'aucun parti ou groupe politique.»

Ces positions, cette évolution sont le produit de l'intensité des luttes qui ébran­lent la société portugaise, luttes qui sou­lèvent des problèmes nouveaux pour les travailleurs et les militants révolutionnaires. L'importance du texte réside dans le fait qu'il traduit les questions réelles que se posent actuellement, au Portugal, les mili­tants ouvriers les plus radicaux. Il exprime les « découvertes » et les changements de conscience de beaucoup de travailleurs consécutifs à leurs actions et aux difficultés et obstacles qu'ils y rencontrent. Il n'est pas le simple fruit d'une réflexion académique, mais plutôt celui d'une situation réelle com­plexe. Il montre que, au Portugal comme ail­leurs, la question fondamentale du nouveau mouvement ouvrier est celle de l'organisation autonome, qui permettra aux travailleurs de dominer consciemment leur force et de l'appliquer en vue des buts radicaux. Même si nous ne sommes pas d'accord sur toutes les positions et les pratiques des camarades de Combate, nous sommes solidaires d'une pratique militante qui a pour centre d'orientation cette question de l'autonomie ouvrière.

Sur le texte lui-même, quelques réflexions critiques nous semblent nécessaires. Tout d'abord la description des tendances plani­ficatrices (le rôle de l'Etat) au sein du capitalisme moderne, ainsi que du rôle qu'y joue le syndicat, nous semblent très simpli­fiés dans le texte. De même l'analyse du rôle intégrateur des syndicats modernes paraît très limitée. En effet, celui-ci n'est pas le produit des seuls « monopoles » comme le montre l'expérience des syndicats sociaux-démocrates allemands ou des syn­dicats de métier aux U.S.A. au XIX° siècle.


Il est donc faux de prétendre que tous les syndicats, « organisations de résistance des travailleurs », ont été éliminés par le capitalisme monopoliste. Au contraire, tant qu'ils sont restés des organisations de résistance (et ils le sont toujours sinon comment comprendre leur survie), ils n'ont pas été contradictoires avec la concentra­tion et l'accumulation du capital. A cet égard ils ont toujours été des organes inté­grateurs de la classe ouvrière. C'est pourquoi seules les organisations qui avaient opté pour une ligne d'action syndicaliste-révolu­tionnaire, comme ce fut le cas de la C.G.T. portugaise jusqu'aux années 30„ prenant une position d'attaque, et non de défense par rapport au capitalisme, ont été, elles, écrasées par la bourgeoisie. Aujourd'hui, comme toujours, seul le dépassement de ces organisations de défense, et des pratiques qui y sont liées — négociation avec le capi­tal, délégation de pouvoir —, peuvent ouvrir la voie à l'action émancipatrice des tra­vailleurs.

Paris, mars 1975.




LE DEVELOPPEMENT
DE L'ORGANISATION AUTONOME
DES TRAVAILLEURS
APRES SIX MOIS DE LUTTE


1. La signification actuelle des syndicats

Tous les camarades, auxquels l'histoire du mouvement ouvrier n'est pas totalement inconnue, ont sûrement remarqué que, jusqu'au développement des grands monopoles, au début du siècle, les syndicats étaient de véritables organisations de travailleurs, des armes dans leur lutte contre le capital. Au Portugal, où le grand capital monopoliste n'a commencé à dominer complètement la vie économique qu'avec le régime salazariste, la C.G.T. (Confédération Générale du Travail) a été, jusqu'à son élimination par le fascisme, un défenseur intransigeant de l'émancipation des travailleurs. Dans les pays industrialisés, ceux où on a vu, des décennies avant le Portugal, l'économie dominée par les monopoles, l'élimination des vieux syndicats ouvriers s'est accomplie beaucoup plus tôt.

De façon rapide et violente, comme ce fut le cas au Portugal, ou bien à travers une transition plus lente et pacifique, comme ce fut par exemple le cas en France, les syndicats ont cessé d'être l'instrument de lutte des travailleurs dans les lieux de production et se sont transformés en orga­nisation dont les planificateurs économi­ques des grands monopoles se servent pour organiser les travailleurs en fonction des intérêts des grands secteurs de la produc­tion capitaliste. Le syndicat n'est plus l'organisation des travailleurs dans leur résistance contre le capitalisme. Dans le cas du fascisme portugais, on l'a dit, l'élimi­nation du syndicat en tant qu'organisation de masse, va de pair avec la création d'or­ganismes liés aux syndicats, tel l'Institut National du Travail (1), éléments essentiels dans la planification de la force de travail. Des raisons technologiques, écono­miques et sociales font que le capitalisme est entré, avec les monopoles, dans une phase de planification. De la même façon que les capitalistes ont leurs organisations particulières pour la planification des di­vers aspects de la production et de la circulation des produits, de même ils ont des organisations qui planifient la distribution de la force de travail et de la masse sala­riale. Ces organisations sont les syndicats modernes. Le dirigeant syndical d'aujour­d'hui est le technocrate de la planification du travail.

C'est ce qui se passait chez nous sous le régime fasciste, c'est ce qui continue à se passer après le 25 avril. Au temps de Salazar et de Caetano, les syndicats et leurs structures annexes étaient, tout le monde le savait, des organes de gouvernement bourgeois fasciste. Aujourd'hui, les syndicats sont un organe du gouvernement bourgeois pro-parlementaire. Dans les deux cas ils restent des rouages de l'appareil d'Etat. En aucun cas, ils ne sont l'instrument de la lutte prolétarienne. Parmi les camarades qui nous lisent combien d'entre eux n'ont-ils pas été déjà intégrés au ministère du Tra­vail dans les commissions de travailleurs? (2) Là-bas, à côté du ministre, — le représen­tant officieux de l'ensemble des patrons en tant que classe — on trouve son bras droit, celui qui lui souffle à l'oreille les bons conseils, le délégué de l'Inter-Syndicale (3).

Sa fonction n'est pas de défendre les intérêts des travailleurs. Au contraire, elle est de conseiller et d'informer, dans les couloirs de la place de Londres (4), le ministre et le patronat sur les moyens les plus souples de tromper les travailleurs.

Ce rôle du syndicat, en tant qu'organisme de planification capitaliste du travail, ne résulte pas du fait que les dirigeants des syndicats et de l'Inter-Syndicale soient des réactionnaires, comme veulent nous le faire croire la majorité des petits groupes poli­ tiques actuels. Le mal n'est pas seulement dans le fait que la demi-douzaine de per­sonnes qui dirigent les syndicats sont réactionnaires ; il est dans la structure même des syndicats. C'est pourquoi, même dans les rares cas où les syndicats ont à leur tête des travailleurs révolution­naires, leurs possibilités d'action restent très limitées.

Le caractère réactionnaire des syndicats est essentiellement dû au fait qu'ils essaient de conduire les luttes ouvrières de façon extérieure aux masses travailleuses qui y sont engagées. Il y a d'autres raisons, mais elles sont subordonnées à celle-ci, et moins éclairantes dans le moment actuel de la lutte de classe dans notre pays ; c'est pourquoi, et pour être brefs, nous allons seulement considérer cet aspect fondamental.

Les dirigeants syndicaux pensent qu'ils peuvent conduire les luttes, indépendam­ment de l'opinion des travailleurs, sans même les informer, car — disent-ils — les travailleurs leur ont délégué leur pouvoir. Sans rester prisonniers des mots, nous pouvons remarquer que cette idée de « délégation de pouvoir » ne tient pas debout ! C'est la bourgeoisie qui justifie ses struc­tures d'État par cette idéologie, surtout la bourgeoisie parlementaire. Mais en fait, le pouvoir, qu'est-ce que c'est ? Le pouvoir, ou bien on l'a ou bien on l'a pas, et lorsqu'on le délègue, on ne l'a plus ! Lorsque les masses tra­vailleuses d'une entreprise luttent et déci­ dent collectivement de cette lutte, alors c'est qu'elles conservent entre leurs mains ce pouvoir de décision C'est ainsi qu'elles développent leur cohésion et leur capacité d'organisation. Lorsque l'action des masses travailleuses est constante, cela leur permet d'augmenter leur compréhension de la réalité des formes d'organisation collective et communautaire se déveleloppent, à l'intérieur desquelles germe la société commu­ niste. Mais si le pouvoir de décision et d'action est retiré aux masses, par le mythe de la « délégation » ou autrement, elles tombent dans la passivité et devien­nent alors incapables de développer des formes sociales antagoniques à la société bourgeoise. Retirer aux masses prolétaires leur capacité d'action et d'initiative constitue toujours, une façon de perpétuer la société bourgeoise.

Au Portugal, la grande majorité des travailleurs a vu clairement, à travers leur expérience de lutte, que les syndicats gar­daient, après le 25 avril, la même fonction d'organes dépendants de l'Etat qui les caractérisait pendant le fascisme. Cette compréhension a été favorisée par le fait que ces syndicats ont été « conquis » à partir du sommet, par un processus purement bureaucratique, gardant, dans la majorité des cas, la même structure organi­sationnelle (5).

2. Le dépassement des syndicats par les Commissions de Travailleurs

Considérant ce décalage total des Syndicats par rapport aux masses, les travailleurs ont créé et développé un autre type d'organisation : les Commissions de Travailleurs (C.T.). C'est ainsi qu'en très peu de temps les C.T. sont apparues dans la presque totalité des entreprises en lutte, dans un rapide et puissant mouvement. Ce développement des C.T. est l'expression la plus évidente du manque de confiance des travailleurs dans les syndicats. Mais pour­ra-t-on dire, comme un observateur superficiel serait tenté de le faire, que c'est la démocratie qui règne parmi nous, dans la gestion des luttes ouvrières et que ce sont les masses travailleuses elles-mêmes qui gardent entre leurs mains l'initiative et le pouvoir dans le combat contre le capital ? On est bien loin d'une telle situation !

3. Les limites des Commissions de Travailleurs existantes.

On en est bien loin car cette démocratie formelle est presque toujours contredite lorsqu'on analyse la réalité des faits. En beaucoup de cas, la C.T. se limite à être l'intermédiaire entre le syndicat et les travailleurs. Si cela montre l'extériorité du syndicat vis-à-vis du prolétariat, cela montre aussi que, dans ces cas, c'est le syndicat qui continue à diriger toutes les négociations avec le patronat ; la C.T. se borne à dire au syndicat ce que les travailleurs aimeraient qu'il fasse et à transmettre aux travailleurs ce que le syndicat a décidé de faire (c'est ce qui se passe par exemple chez Abel A. de Figueredo (6). Dans ces cas, bien que le syndicat n'ait aucune implantation parmi les travailleurs, c'est la C.T. qui va mettre les travailleurs à la remorque de la direction du Syndicat.

Dans d'autres cas, c'est la C.T., élue, qui va jouer elle-même un rôle réactionnaire, ceci dû au fait que ses membres constituent une couche privilégiée, qui n'est par­ fois même pas constituée par des ouvriers. C'est souvent qu'on voit des ingénieurs, des cadres techniques de formation universi­ taire, d'ex-dirigeants des associations étudiantes ou activistes dans les divers groupes étudiants qui, non sans humour, s'intitulent eux-mêmes « parti des travailleurs ceci » ou « parti des travailleurs cela », et qui se font élire aux C.T. en les utilisant comme lieu de manoeuvre de leurs positions sectaires. C'est ainsi qu'on peut analyser le cas d'une C.T. réactionnaire qui était constituée par le personnel de bureau d'une usine. Les ouvrières de chez Charminha (7) qui se trouvaient en auto-gestion — donc dans une forme de lutte bien avancée —sont restées longtemps sous la domination d'une Commission constituée par du personnel de bureaux qui gagnait le double ou le triple des ouvrières. Il s'agissait, en fait, de nouveaux exploiteurs. Mais avec le développement de la lutte, et à travers le contact avec la lutte de la Sogantal (8), les travailleuses de Charminha ont compris le caractère réactionnaire de cette Commission et l'ont remplacée par une autre constituée par des ouvrières.

Parfois, tout en étant formée par des travailleurs non-privilégiés, la C.T. reproduit complètement le système de fonctionnement des syndicats réactionnaires. C'est le cas chez Propam (9), où la C.T. n'informait pas les travailleurs du résultat des négociations qu'elle entretenait au ministère du Travail. Encore plus extraordinaire est le fait que les travailleurs eux-mêmes étaient d'accord avec de tels procédés, d'accord pour ne pas être informés ! On trouve ici un cas extrême d'abandon, de la part des ouvriers, de leur rôle de contrôle sur la lutte. Bien entendu, c'est ainsi qu'on reproduit les rapports de domination existants dans la société capitaliste et qu'on renforce les hiérarchies créées par la bourgeoisie.

Dans d'autres cas encore, et ils constituent peut-être les plus fréquents ce qui rend tout exemple inutile, la C.T.. même si elle tient les masses ouvrières informées de toutes ses actions et si elle les consulte avant toute initiative, et bien qu'elle soit constituée par des travailleurs non-privilégiés et de vrais révolutionnaires, bien qu'elle comprenne le contenu réactionnaire des syndicats, et qu'elle ne subordonne pas la lutte aux bureaucrates syndicaux —finit par s'isoler des travailleurs. Elle s'isole non parce qu'elle est devenue réactionnaire, mais parce que les travailleurs sont retom­bés dans la passivité. A quoi est-elle due, cette passivité ?

Répondre à cette question c'est toucher le cœur du problème, c'est expliquer pourquoi ces C.T. Ne sont pas si démocratiques qu'elles semblent à première vue  .

Elire une C.T. exprime un degré élevé d'activité des masses travailleuses. Dans les premiers temps, cette activité de masse se manifeste dans le contrôle de la C.T. par tous les travailleurs. Au début, ce sont effectivement les masses qui décident ce que la C.T. exécute. Mais, petit à petit, la distinction entre les masses et les exécutants commence à réapparaître. Ce sont toujours les mêmes — les membres des C.T. — qui ont le pouvoir d'exécution, et, sans s'en apercevoir, alors que les masses travailleuses délaissent toute initiative, la C.T. se l'approprie. C'est à ce moment que la C.T. s'isole des masses. C'est alors que le patronat, profitant de cette séparation et de cet isolement, attaque la C.T., licencie les ouvriers les plus révolutionnaires, exerce enfin son activité répressive.. Pourquoi ? Parce que les travailleurs avaient été éloi­nés de tout travail pratique direct, et étaient ainsi retombés dans la passivité.

A partir de là, il est possible de comprendre une autre des limites les plus communes des C.T. pendant cette même période ; la grande difficulté dans l'unification des diverses C.T., dans la publication d'un organe de presse propre aux inter-commissions, etc. Parmi les diverses tentatives faites pour mettre en rapport les C.T., le résultat le plus important a été la grande manifestation prolétaire de septembre 1974 (10). Mais, par la suite, cette tâche de mettre les luttes en rapport n'a pas été assumée, l'inter-commissions est morte et d'autres organismes qui essaient de mettre sur pied un travail de liaison des luttes ouvrières ne réussissent pas à garder une existence réelle. Ce qui se passe dans la réalité c'est que ce sont des individus, appartenant à quelque C.T. qui se réunissent, et non les masses travailleuses des diverses entreprises. Ceci signifie que ces réunions reposent, dès le départ, sur le maintien des masses ouvrières dans un certain état de passivité et si d'un côté elles peuvent momentanément contribuer à la liaison des luttes, d'un autre côté elles contribuent aussi à aggraver la scission entre ces C.T. et les masses travailleuses.

4. Développement des Commissions dans un sens révolutionnaire

Si on regarde l'expérience de lutte ouvrière dans d'autres pays où ces mêmes questions se posent, nous pouvons voir de quelle façon on essaye de les résoudre. Dans plusieurs luttes, devenues célèbres par la combativité, la cohésion et l'activité des masses travailleuses, les ouvriers n'ont pas élu des commissions définitives chargées de tout le travail exécutif. Ils ont élu diverses commissions, chargées chacune d'une tâche particulière, toujours avec un caractère provisoire. Ainsi on empêche la création d'un groupe d'ouvriers qui dé­ tient tout le pouvoir politique, considérant que ce pouvoir exécutif se trouve réparti dans diverses commissions ; on ne crée pas non plus une séparation entre les masses et l'activité exécutive directe, car le caractère provisoire des commissions fait que la grande majorité des travailleurs assume, à tour de rôle, les fonctions exécutives pendant quelque temps (11). Ainsi, non seulement les commissions ne s'isolent pas des masses, mais les travailleurs ne perdent pas non plus l'esprit combatif et d'activisme , révolutionnaire. Il s'agit de diriger la lutte, ce qui contient en soi des éléments de la société communiste.
La bourgeoisie essaie de séparer le mouvement ouvrier par pays et d'empêcher que les travailleurs portugais connaissent l'expérience de lutte des travailleurs d'autres régions. La pratique de lutte du prolétariat contre les exploiteurs mène celui-ci, dans toutes les sociétés, à développer des formes sociales d'organisation fondamentalement identiques — des formes sociales communistes. Assimiler l'expérience du prolétariat des autres pays, voilà ce qui permettra aux travailleurs portugais un développement plus rapide des formes autonomes d'organisation ouvrière.

Le dépassement des syndicats et la création des C.T., voilà ce qui nous semble être le bilan positif des six derniers mois de lutte.

Le développement de la démocratie à l'intérieur des C.T., la fin de la séparation entre les masses ouvrières et l'exécution directe des tâches pratiques, voilà le chemin à suivre dans l'organisation autonome des travailleurs.

La libération des travailleurs ne pourra venir de personne d'autre que des travail­ leurs eux mêmes organisés de façon autonome.


Combate, Lisbonne, 17 janvier 1975





Annexe

Sur l’évolution de la Commission Inter-Entreprises et autres formes nouvelles d’organisation

Sur la Commission Inter-Entreprises (CIE) quelques informations et réflexions aideront à la compréhension de son développement et de son impact actuel.

Les premières réunions de la CIE ont eu lieu en septembre 1974, elles ont abouti à la manifestation dont il est parlé dans le texte de Combate. Elle était alors composée par des éléments des CT des usines ou entreprises les plus combatives et elle se réunissait de façon plus ou moins informelle. Dès son origine la CIE se constitue sur une base nettement anti action syndicale traditionnelle et anti-PC. Vers le début de 1975 la CIE prend une forme plus organisée, un secrétariat est élu par les diverses CT, un bulletin de liaisons inter-entreprises, avec des informations de lutte, est publié par le secrétariat. Des assemblées générales, ouvertes à tous les travailleurs, ont lieu à Lisbonne. La CIE regroupe surtout des CT des grandes entreprises modernes de la région industrielle de Lisbonne : électronique (EFACEC ― Westinghouse), métallurgie, transports (TAP), chantiers navals (LISNAVE), textile, etc.

La manifestation du 7 février 1975, contre le chômage, qui regroupe plus de 20 000 personnes dont une majorité d’ouvriers en bleu de travail, donne la mesure de sa force et de son implantation. Dans cette manif les groupes politiques ne sont pas admis en tant que tels, ni avec leurs banderoles, sigles ou mots d’ordre. Pour la CIE « il s’agit d’une manifestation ouvrière ». Seuls les mots d’ordre des diverses CT sont présents : « Non au chômage », « Non aux heures supplémentaires », « À bas le capitalisme », « Salaire minimum, salaire de faim ». Le 20 mars la CIE organise à nouveau une manifestation qui regroupe plusieurs milliers de métallurgistes contre le contrôle du PC sur la direction du Syndicat des métallurgistes. Le siège syndical est occupé, l’armée intervient afin de faire évacuer les locaux.

La CIE prétend lutter pour un « syndicalisme de base », non bureaucratique. Derrière cet objectif inaccessible, on trouve dans la CIE la forme d’organisation ouvrière la plus avancée issue du mouvement social au Portugal ; un désir de lutte très radical, un refus des méthodes d’action syndicale traditionnelle, et une critique bien exprimée de l’action et du rôle du PC. Il est vrai, comme le dit l’article de Combate, qu’elle ne contribue pas à éliminer la coupure existant souvent entre les masses ouvrières et les CT. Mais la permanence de l’agitation ouvrière dans les grandes concentrations (Lisnave, Tap), le recours constant aux assemblées générales — au contraire de ce qui se passe dans les CT contrôlées par le P.C. (12) — tout cela maintient un rapport réel, bien qu’ambigu, entre les masses ouvrières, les CT et la CIE. Autrement, comment expliquer la participation massive et enthousiaste des ouvriers aux manifs et aux actions organisées par la CIE ?

Le contenu anti-réformiste de ses actions, l’opposition frontale au PC et même aux groupes maoïstes orthodoxes — le MRPP (13) considère ses actions comme relevant du « syndicalisme révolutionnaire » ! — la mise en avant de mots d’ordre ouvriers et d’action directe et démocratique, le combat ouvert contre le pouvoir bourgeois, tout cela fait de l’existence de la CIE et de sa capacité de mobiliser des masses importantes d’ouvriers radicaux, un élément très important dans la situation sociale portugaise. Pour le nouveau pouvoir et pour la bourgeoisie elle exprime l’existence réelle d’un courant gauchiste organisé, au sein de la classe ouvrière. Ce qui n’est pas, après tout, chose très courante dans le mouvement ouvrier à l’échelle mondiale !

Il est vrai aussi que l’activisme d’ouvriers appartenant à des organisations gauchistes est, dès le début, très important au sein de la CIE. Mais cela est une donnée de tout mouvement radical qui naît et s’organise aujourd’hui sur, et contre, les remparts du vieux mouvement ouvrier. Comment pourrait-il en être autrement ? Néanmoins, tant que l’agitation sociale persiste et que les masses ouvrières ne tombent pas dans une passivité totale, aucun groupe politique ne peut prétendre avoir le contrôle permanent de la CIE, leur influence changeant d’ailleurs selon les modifications des luttes. Il est par contre important de voir comment quelques-uns de ces groupes, influences, eux, par les expériences et les questions soulevées par leurs propres militants ouvriers, évoluent et s’ouvrent à une critique de l’action politique traditionnelle (14).

Aujourd’hui les formes d’organisations ouvrières indépendantes, CT et CIE, ne sont plus isolées au Portugal. La poursuite et la radicalisation du mouvement social, l’instabilité et l’immobilisme du nouveau pouvoir, font apparaître d’autres formes d’organisation et d’action directe, au niveau social. Les occupations de maisons en zones ouvrières, la création de cliniques, crèches et écoles « populaires » se généralisent, affolent la bourgeoisie qui à juste titre y voit une atteinte à la propriété privée, et permettent à un nombre chaque fois plus grand de prolétaires d’agir directement sur le changement de leur propre vie. La prolifération de ces organisations et leurs liens avec celles de la production, ouvrant des perspectives nouvelles au mouvement de transformation radicale de la société. Ce sont ces tendances que les camarades portugais semblent déceler, eux aussi, dans la phase actuelle du mouvement social au Portugal. « En ce moment, l’orientation qui semble être prise par les travailleurs révolutionnaires est la suivante : formation de noyaux de travailleurs, sur les lieux de travail, d’habitation, etc., préjugeant les idées d’auto-organisation collective ; fédération de ces noyaux, tout en leur conservant leur autonomie, de façon à permettre l’organisation de manifestations de rue et surtout de mouvements de masse dépassant les murs de chaque entreprise. Ces noyaux doivent agir en s’appuyant sur les CT réellement autonomes qui existent et en dénonçant la bureaucratisation et les manipulations des partis dont les autres sont victimes. Sur les lieux d’habitation, ou de travail, où des CT n’existent pas encore, ces noyaux révolutionnaires doivent aussi se former et agir dans le sens de la création de Commissions de délégués (sur les lieux de travail) et de formes coopératives sur les lieux d’habitation (crèches avec des responsables rotatifs, création de centres de discussion, journaux de quartier, etc). » (15)

Paris, mars 1975



Post-scriptum



19 avril 75 : Ouverture du Congrès National Pro-Conseils Révolutionnaires. Il réunit plusieurs centaines de travailleurs liés à l’organisation des Commissions Inter-entreprises, qui sont à l’origine de la manifestation contre le chômage du 7 février 75. Y assistent donc des travailleurs de diverses entreprises dans tout le pays, ainsi que des militaires de diverses unités. Ont été invités tous les partis qui se trouvent à la gauche du PS, ainsi que des organisations de travailleurs comme l’Intersyndicale et la BASE — Front Unitaire des travailleurs, des représentants du COPCON et du Conseil de la Révolution, et des organisations étrangères comme Lotta Continua d’Italie.

Il s’agit pour ces travailleurs de faire avancer qualitativement les luttes sur les lieux de travail, ainsi que de développer leur capacité d’intervention politique, et d’apprécier les propositions de création immédiate de conseils révolutionnaires. D’après le manifeste distribué, « ces organes, expression du pouvoir de la classe, seront son avant-garde et sa sentinelle dans la situation politique actuelle, où s’approche le coup décisif, ultime recours de la bourgeoisie. (…) Ces conseils révolutionnaires devront avoir des moyens défensifs et offensifs, y compris des armes, afin de pouvoir répondre efficacement aux attaques de la bourgeoisie et consolider le pouvoir du prolétariat. »

L’initiative de ce congrès pour la création de conseils révolutionnaires est née du fait que « la classe ouvrière se trouve divisée par suite de l’action électoraliste des partis politiques », et de la nécessité de s’organiser dans les entreprises, les casernes, les immeubles d’habitation.

Dans la plate-forme issue du Congrès, les taches énoncées sont l’élection immédiate de conseils révolutionnaires dans tout le pays et l’établissement de relations étroites entre militaires et travailleurs révolutionnaires ; il est affirmé que « l’affrontement avec l’impérialisme est inévitable à court terme, et que la défaite de celui-ci n’est pas possible avez l’armée qui existe actuellement ni avec les directions des partis politiques, mais qu’elle nécessite « l’organisation de la classe en armes ». Les conseils révolutionnaires « ne s’opposent ni ne se substituent aux commissions de travailleurs, mais ils considèrent que celles-ci jouent un rôle revendicatif et que les conseils révolutionnaires sont une forme plus avancée, directement politique, pour la prise du pouvoir ».

Ils se donnent ainsi comme objectif : « Organiser et armer la classe de toute urgence pour écraser le coup d’État réactionnaire probable, à l’intérieur comme à l’extérieur, et s’organiser pour la prise et l’exercice du pouvoir par la classe ; formation d’une véritable armée révolutionnaire du prolétariat. (…) Les CRT pourront devenir l’embryon du véritable parti révolutionnaire qui sera l’avant-garde de la classe dans la construction du socialisme ; s’emparer, progressivement, du contrôle de l’administration, de la gestion et de la direction dans les entreprises, les champs et les casernes. Chaque conseil révolutionnaire doit définir en chaque lieu des objectifs concrets et immédiats. (…) Les CRT au pouvoir auront pour tâche : la planification socialiste de l’économie, qui s’oppose à l’autogestion dans la libre concurrence et au capitalisme d’État. La révolution culturelle et tout un plan social de profonde modification des structures économiques, sociales et politiques, pour la construction d’une société communiste par la dictature du prolétariat ». (A Capital, 19 et 20 avril 75.)

Ces Conseils révolutionnaires de travailleurs, Soldats et Marins (CRTSM) se sont réunis une nouvelle fois le 11 mai 75 à Porto, pour analyser la situation, discuter leurs objectifs et élire un secrétariat. Le document final réaffirme que les CRTSM doivent être élus en assemblée générale (d’entreprise, d’unité, ou de section, ou de compagnie) ; être contrôlés par ces assemblées générales dont ils doivent exécuter les résolutions et auxquelles ils doivent rendre des comptes.

Remarques à propos du texte de « Combate »

« Développement des Commissions dans un sens Révolutionnaire »

S’il est vrai que « la bourgeoisie essaie de séparer le mouvement ouvrier par pays et d’empêcher que les travailleurs portugais connaissent l’expérience de lutte des travailleurs d’autres régions », il me paraît cependant que les camarades s’illusionnent un peu sur ces autres expériences concernant les commissions de travailleurs.

Les ouvriers ont souvent fait éclater le pouvoir en de multiples commissions ; dire que ces commissions n’étaient pas définitives et pas chargées de tout le travail exécutif est peut-être abusif.

Je crois que les camarades pensent particulièrement à la France et à l’Italie.

En Italie, les « commissions particulières » (p. ex. chez Alfa-Roméo ou à la Siemens) se sont formées sur des aspects bien définis de la lutte : commission « cadences », commission « sécurité », commission « hygiène » ; elles permettent, certes, une participation active d’un plus grand nombre d’ouvriers, mais surtout pour fournir des informations à un organisme plus permanent, plus central, que sont les commissions internes ou les conseils d’usine ; le plus souvent elles ne pèsent pas d’un poids réel sur la lutte sinon au tout début du conflit ; elles interviennent parfois directement avec les ouvriers concernés, mais plus pour « contrôler » ou faire apparaître un nouveau problème (ce qui est déjà beaucoup !) que pour se situer au niveau de la stratégie d’ensemble concernant l’entreprise ou la branche d’industrie. Ce sont finalement des institutions périphériques, témoignant d’une passivité moins grande, peut-être d’une démocratie plus réelle, mais qui ne diminuent que fort peu la distance qui existe entre l’ensemble des ouvriers en lutte et les instances de négociations où s’élabore la stratégie. Elles servent aussi de lieu de « recrutement » des éléments les plus actifs, pour alimenter en militants moins coupés de la base lesdites institutions centrales. Le problème est que, comme le remarquent les camarades de « Combate », ils se coupent très vite à partir de ce moment-là.

L’exemple français (Lip, ORTF, 22 mars…) montre que ces « commissions », même si elles sont ouvertes, sont constituées d’un noyau fixe de gens qui lui, ne varie guère. Ils deviennent vite des spécialistes (relations extérieures, ravitaillement, animation, etc.) qui mettent en place des mécanismes de fonctionnement qu’il est difficile de remettre en cause au nom de l’efficacité (on ne peut « perdre de temps à mettre sur pied un autre fonctionnement »), et sans porter atteinte à « l’intégrité », à la bonne foi des camarades qui ont assumé la fonction. Souvent, les mécanismes de gestion de ces commissions sont inconsciemment faits pour que personne ne puisse y pénétrer ; et c’est « bien normal » tant le rapport de proximité que ressent celui qui le met en place, tranche avec « l’irresponsabilité » et « l’éloignement » habituel dans le travail. Bref, le problème est très compliqué, mais je pense que dans ce domaine aussi, les travailleurs doivent s’en tenir à leur propre expérience plutôt que de chercher ailleurs des solutions (à des problèmes réels) qui n’ont peut-être pas été trouvées.

La note 8 du texte de « Combate » nous apprend qu’à la Sogantal, les commissions ont réellement « tourné ».

C’est le seul exemple, si cela est vrai, que je connaisse. La Sogantal, c’est au Portugal ! Il y a eu certainement d’autres cas semblables ailleurs, et il serait intéressant de les connaître, de savoir « comment ça a fonctionné réellement » et d’ouvrir un dossier là-dessus.

Martin


(1) Institut National du Travail : orga­nisme de l'Etat Salazariste s'occupant de toutes les questions concernant la « formation », « les loisirs » et « l'étude des problèmes » concernant la force de travail.

(2) Le Ministère du Travail est, depuis le 25 avril, aux mains des cadres et technocrates du P.C., dont beaucoup ont acquis une expé­rience de bureaucrates syndicaux pendant le régime fasciste. Aucun changement structurel n'a été introduit dans le ministère qui fonctionne comme au bon vieux temps !

(3) Inter-Syndicale : le germe d'une nou­velle Confédération Nationale du Travail, cons­tituée par les représentants des directions syndicales dont la majorité sont aux mains du P.C. C'est déjà un appareil assez puissant qui mobilise des masses importantes de travailleurs.

(4) Place de Londres : emplacement du Ministère du Travail.

(5) Cette « conquête » fait référence à la façon dont les forces réformistes parlent de la prise de pouvoir des directions syndicales après le 25 avril, expulsent les dirigeants fascistes.

(6) Abel A. de Figueiredo : usine textile à Saint-Tirso (près de Porto), 500 ouvriers, production en baisse depuis 9 ans. Première grève et reprise sous la pression syndicale ; en décembre, deuxième grève pour la revendication de salaire minimum. C.T. élue par l'en­ semble des ouvriers ; le personnel des bureaux appuie le patron. Le patron se refuse à négo­cier avec la C.T. Négociation entre le syn­dicat et le patron.

(7)  Charminha : usine de vêtements, Lis­bonne. Le patron est un ancien officier nazi. 200 licenciements dans les deux dernières années. Grève pour l'augmentation salariale et contre les licenciements, le patron quitte le pays sans payer les salaires. Les travailleurs commencent a produire et à vendre directe­ ment. Le Ministère du Travail refuse une aide pour la constitution d'une coopérative de pro­duction ouvrière. Le personnel des bureaux contrôle la C.T. et garde des salaires très élevés. Après discussion avec les ouvrières d'une autre usine (Sogantal), les ouvrières élisent une nou­velle C.T.constituée par des ouvrières et éloi­gnent les employés des bureaux du contrôle de la lutte.

(8) Sogantal: usine de vêtements, Montijo (sud de Lisbonne), capital français. Une des luttes les plus riches dans la vague de grèves après le 25 Avril. 50 ouvrières en grève pour des augmentations salariales. l'usine est occu­pée, on produit et on vend. Les salaires sont égalisés et les diverses tâches (production, comptabilité, vente) sont effectuées par toutes les ouvrières, à tour de rôle. Le patron quitte le pays revenant plus tard avec un commando qui occupe l'usine pendant la nuit avec le consentement du gouvernement portugais, la population de la région donne l'assaut à l'usi­ne ; intervention de l'armée qui dégage le com­mando patronal et le protège, jusqu'à sa sortie du pays. Grand mouvement national de soli­darité, lutte très ouverte vers l'extérieur, contacts avec d'autres usines.

(9).Propam : industrie du pain, Setubal, 150 ouvriers. Lutte avec occupation pour des aug­mentations salariales, contre les licenciements et épuration de l'Administration. Une CT est élue, composée par le personnel des bureaux  ?

(10). Il s'agit d'une manifestation contre la répression dans la grève de la TAP et contre les licenciements. Pour ce qui est des développements plus récents de la Commission Inter-Entreprise voir Annexe.

(11). Comme c'était le cas dans la lutte chez. Sogantal.

(12). Exemple : la Commission de Travailleurs de Alfeite (chantiers navals de la marine nationale) où les assemblées générales « sont peu fréquentes afin d’éviter les manipulations faciles vu la très faible politisation de la base » — Le Monde, 30 et 31 mars 1975.

(13). MRPP, Mouvement pour la Reconstruction du Parti du Prolétariat ; groupe maoïste implanté surtout en milieu étudiant et dans quelques usines (à côté d’autres groupes maos, comme l’UDP, assez fort parmi les jeunes ouvriers). Le MRPP s’était préparé à participer aux élections d’avril 1975, mais il en avait été exclu (en même temps que l’AOC, autre groupe maoïste très minoritaire s’étant placé à la remorque du PS, et que le PDC de droite) avant d’être finalement interdit. Menant de vives attaques non seulement contre le PCP, mais aussi contre le MFA lui-même, le MRPP, après ses interventions contre des « suspects », a été accusé de faire œuvre de division au sein du MFA, et fin mai entre 3 et 400 de ses militants ont été arrêtés par le COPCON.

(14). La critique de l’action parlementaire a été développée par deux groupes d’inspiration léniniste marquée : la LUAR et le PRP-BR. La LUAR (qui publie le journal « Fronteira ») est un groupe activiste qui luttait depuis 1967 contre le régime fasciste, par actions armées, attentats, détournements d’avions, etc. Partisan d’un processus de socialisation allant plus loin que les simples nationalisations et que les objectifs de simple développement de la production, la LUAR soutient les luttes autonomes des travailleurs à travers leurs organismes de base, conseils de travailleurs et de paysans, commissions de quartier et d’habitants, etc., organismes d’autogestion constituant les éléments du pouvoir futur de la classe ouvrière : elle prône également un syndicalisme de base, sous contrôle des travailleurs eux-mêmes et non des directions syndicales ; elle appuie les luttes anti-colonialistes et anti-impérialistes, et critique les ambiguïtés du MFA. La LUAR a pris l’initiative d’un mouvement d’occupation d’immeubles et de maisons vides, à usage d’habitation, de crèches ou d’hôpitaux populaires, mouvement qui s’est largement étendu et a reçu ensuite le soutien d’autres groupes. La LUAR s’est tenue entièrement à l’écart du processus électoral.
C’est aussi le cas du PRP-BR (Parti Révolutionnaire du prolétariat — Brigades révolutionnaires), issu des Brigades Révolutionnaires actives dès 1972 : attentats contre des casernes et du matériel militaire, contre des bases de l’OTAN, etc. Au slogan électoraliste « O voto è a arma do povo », le PRP oppose « A arma è o voto do povo » (l’arme est le vote du peuple) — « Non aux élections de la bourgeoisie ». Dans la ligne de sa critique des partis (et des syndicats), le PRP soutient lui aussi les formes de pouvoir autonome de la classe ouvrière, les commissions de travailleurs, élues et révocables, organes de la dictature du prolétariat. Ce parti, refusant le rôle de direction des luttes ou d’avant-garde dirigiste, se donne pour tâche l’analyse politique de la situation, et la propagation par ses militants des perspectives révolutionnaires dans les organisations autonomes de lutte. Son journal « Revoluçao » donne (comme « Fronteira » de la LUAR) de nombreuses informations sur les luttes autonomes qui se déroulent dans les entreprises. Ces deux groupes ont appuyé et aidé à faire connaître les plus avancées de ces luttes, comme celle de la TAP, des CTT, de la LISNAVE, etc. Ils sont actuellement en discussion sur le rôle du parti par rapport aux organisations de type conseils.

(15). Combate, Éditorial, n° 19, 14 mars 1975.

A télécharger prochainement.

* Article paru dans la Lanterne noire revue anarchiste première année – 3 * / Cette traduction et sa présentation nous ont été transmises par un camarade qui n'ap­partient pas au collectif de La Lanterne noire. (note d'époque) - ( Les notes sont du traducteur).