Jornal COMBATE - 2 publicações Vosstanie Editions

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quarta-feira, 27 de agosto de 2014

La nuit du coup d'Etat de Ginette Lavigne.


La Nuit du coup d'État
Lisbonne, avril 1974
Un film de Ginette Lavigne
L'Harmattan et Zarafa films. 

2001 - France, Belgique, Portugal - 57 minutes + 52 mn

Un témoignage bien sûr d'un des protagonistes médiatisé. On lui préfère la seconde partie du DVD constituée d'un très beau documentaire (1998) sur le journal à Republica. Un quotidien "socialiste", occupé par une commission des travailleurs. Cet événement cristallise d'un coup tous les enjeux de la révolution portugaise : la lutte n'est plus entre la droite et la gauche mais entre une "gauche révolutionnaire" et la "gauche" parlementaire....

segunda-feira, 7 de julho de 2014

CHAQUE JOUR LE CAPITALISME D'ETAT AVANCE UN PEU PLUS. Y-A-T-IL UNE SOLUTION ?


CHAQUE JOUR LE CAPITALISME 
D’ÉTAT AVANCE UN PEU PLUS.

Y-A-T-IL UNE SOLUTION ?


Journal portugais Combate N° 34 (29/01/1976)






QUAND les transformations sociales se font petit à petit, on court le risque de ne pas s'en apercevoir facilement. Pour cela il nous semble indispensable de rappeler maintenant dans ses lignes principales l'évolution récente de la lutte de classes au Portugal.

1ère phase : Luttes revendicatives

Le 25 Avril, la secousse des institutions de l'Etat capitaliste a facilité l'expansion des luttes ouvrières et surtout le rythme auquel se sont développés les formes d'organisation égalitaire du prolétariat en lutte. Le régime antérieur ne possédait pas les institutions de masses qui auraient pu demeurer en dépit de sa destruction.

Les syndicats et les multiples partis qui surgirent ou se développèrent après le 25 Avril, n'ayant pas de tradition de partis de masses, furent rapidement et facilement dépassés par les travailleurs. D'un autre coté, l'armée, axe traditionnel de stabilité des institutions capitalistes, fut divisée par le fait que seulement une partie avait pris une part active dans le coup du 25 Avril, de telle manière que les conséquences de cette division durent encore. La machine administrative périclitait et était dépassée à de multiples niveaux. C'est seulement le prestige idéologie que dont jouissait le MFA pour avoir renversé un régime haï, qui a constitué un moyen de liaison et de supériorité relativement aux masses.

Entre les brèches ouvertes par cette crise dans les institutions d'Etat, se sont développés vertigineusement les institutions anti-étatiques et égalitaires du prolétariat en lutte: les commissions de travailleurs. Durant cette période entre le 25 avril et août-septembre 74 - le principal objectif des luttes a été l'augmentation des salaires, ce qui était évidemment le problème le plus urgent.

Les luttes salariales s'insèrent, sous le point de vue de cet objectif limité, dans le régime capitaliste, et ne contestent donc pas la base de l'exploitation capitaliste : le salariat. Mais le fait que ces luttes aient eu lieu en dehors des institutions capitalistes et que à partir d'elles se soient développées des formes sociales égalitaires et anti-répressives, fait que, au-delà de ces objectifs limités, ce mouvement revendicatif a eu un profond retentissement anti-capitaliste. De là se sont développés des formes sociales qui sont les germés de la société communiste.

2ème phase : Lutte pour de nouvelles relations de travail

Les augmentations de salaires obtenues ont fait reculer pour quelques temps les problèmes plus pressants du coût de la vie et les luttes ont surtout commencé à se centrer sur des questions relatives à l'organisation du travail et aux rapports de production. Il est certain que le prolétariat, dans le développement de sa lutte tend à mettre en cause l'aspect fondamental que la société capitaliste assume pour les travailleurs: l'organisation du travail. Mais la contestation massive de ce point de vue et la rapidité avec laquelle elle s'est développée est due en partie au fait que le prolétariat, organisé de façon autonome en commissions démocratiques contrôlées par les masses, a assumé plus rapidement la conscience du complet antagonisme existant entre ces formes égalitaires d'organisation et les formes oppressives du capitalisme.

De Septembre 1974 à Mars 1975, cette réorganisation démocratique et égalitaire des rapports sociaux a eu lieu à l'intérieur de chaque entreprise et il a pu paraitre que le mouvement évoluerait rapidement vers l'unification des différents luttes et vers la fédération dés différentes commissions, de manière que l'appareil d'état centralisé du capitalisme puisse être attaqué de front. Mais cette évolution a été intérrompue par les effets de la réorganisation, faite pas la classe dominante, de son appareil d'Etat.


3ème phase : Les Etatisations

Le 11 Mars 1975, la généralisation des étatisations ("nationalisations") est venue répondre à diverses nécéssités de la classe dominante, que nous avons essayé d'analyser dans les éditoriaux de cette époque et que nous n'allons pas répéter ici. Mais ces étatisations sont venues aussi à la rencontre de problèmes soulevés par les luttes ouvrières, Les revendications salariales d'abord, puis la réorganisation partielle du travail auxquelles les ouvriers ont procédé ont conduit beaucoup de patrons privés à abandonner les entreprises ce qui a soulevé des problèmes pressants de salaires, L'autogestion était seulement possible dans les entreprises productrices de biens de consommation et travaillant surtout pour le marché national, et même alors elle n'a pas pu résoudre de manière durable le problème de la survie. Lès étatisations, assurant le salaire, sont venues répondre aux problèmes immédiats.

Ainsi, dans de multiples cas, s'est aggravée la distinction entre les travailleurs ayant une conscience plus limitée, qui concevaient l'objectif de la lutte comme un moyen d'assurer le salaire et les autres dont la pratique les conduisait à voir plus et qui cherchaient à lutter peur l'abolition du salariat.

Si ceci a conduit les étatisations à titre en général acceptées, cela ne veut pas dire pour autant (1). Dans certains secteurs, elles ont été bureaucratiques, décidées administrativement et fréquemment en opposition aux positions des travailleurs, en leur imposant comme nouveaux patrons les technocrates d’État reconvertis en capitalistes d’État. (voir note à la fin)

Dans d'autres secteurs, les étatisations ont été plus subtiles, pas tant par tactique que par la force des circonstances. Bien que la technocratie au Portugal soit très vaste et qu'il n'y ait pas de manque de cadres pour un capitalisme d'état, l'abscence de préparation et l'extraordinaire incompétence de la presque totalité de ces technocrates les a empêches de contrôler directement toute les unités de production. S’est donc développée une situation mélangée dans laquelle certaines unités de production sont directement contrôlées par les capitalistes d’État ( celles dépendant immédiatement du marché mondial et dans lesquelles donc, la contestation pratique des rapports capitalistes s'est développée plus difficilement) dans d'autres secteurs, ce sont les commissions de travailleurs qui gèrent directement la production de chaque unité particulière et es capitalistes d'Etat ne lès contrôlent qu'au second degré, à travers les emprunts de capital et le marché (ceci s'exprime dans le contrôle qu'ils possèdent sur les fédérations de coopératives, etc,..).

Comment ces commissions de travailleurs ont-elles pu, d'éléments d'organisation égalitaire du prolétariat en lutte, devenir dés instruments du contrôle bureaucratique des capitalistes d’État ?

Dans une société à prédominance capitaliste, le prolétariat ne développe des formes sociales égalitaires et anticapitalistes que dans une lutte pratique contre le capitalisme. C'est seulement dans cette lutte que les institutions égalitaires (germes de la société communiste) se développent.

Les étatisations ont entraîné un recul de la lutte de masses au sens où elles sont venues répondre à certaine revendications immédiates de survie, comme nous l'avons dit. Elles ont donc donné origine à une certaine démobilisation des grandes masses, ce qui a eu comme effet de limiter le contrôle exercé par les travailleurs sur les commissions. La passivité, même temporaire et partielle des masses est le grand facteur de bureaucratisation. Ceci explique que les commissions, qui encore quelques semaines avant, étaient un élément des formes d'organisation égalitaires et anticapitalistes soient converties en agents du contrôle bureaucratique des nouveaux capitalistes d’État.

De l'autre coté, l' intégration directe ou indirecte des commissions dans les appareils planificateurs d'état les a insérées dans le type de gestion capitaliste qui a comme base l'élitisme et la spécialisation. Le contrôle des masses travailleuses sur les commissions est donc devenu impossible parce qu'elles ont se soient fait des illusions cessé d'avoir des fonctions uniquement exécutives pour avoir des.fonctions.qui échappent à la compréhension et. jusqu'à la capacité actuelle de compréhension des travailleurs en général.

Dans cette situation, les travailleurs n'ont pas développé des formes de critique active et massive de la bureaucratisation, en détruisant ces commissions de travailleurs, en en créant de nouvelles, en les unifiant attaquant ainsi de front l'appareil d’État centralisé du capitalisme. Au contraire, toutes les formes de critiques qui se pont alors manifestées ont pris la forme du désintérêt et de la passivité face aux initiatives des commissions de travailleurs bureaucratisées. Ces commissions bureaucratisées n'ont pas réussi à s'attirer les masses prolétariennes, ce qui est un fait très important qui montre l'avance objective du prolétariat contemporain. Mais le prolétariat portugais, au cours de cette période, n'a pas réussi à détruire les commissions bureaucratisées à lutter activement contre elles.

On a vécu ainsi une époque, dont le 25 Novembre a été la dernière des manifestations, pendant laquelle s'est vérifiée une triple lutte sociale. D'un côté, la nouvelle bureaucratie surgie avec l'assimilation des commissions de travailleurs par le capitalisme d'Etat luttait contre la bureaucratie traditionnelle, en trouvant les appuis logistiques et sociaux dans des fractions de l'armée. Les officiers et commandants récemmment promus se sont manifestés en général au coté des commissions bureaucratisées en même temps qu'une bureaucratie nombreuse existante déjà au temps de Salazar et Marcelo Caetano rencontrait l'appui des officiers supérieurs et des généraux d'avant le 25 Avril. Mais bien que leurs intérêts immédiats s'opposent, le capitalisme d'Etat nécéssitait leur conjugaison. La défense politique de cette conjugaison est le rôle historique joué par le groupe bureaucratique-militaire de Melo Antunes, qui projète la combinaison d'une partie de l'appareil d'Etat existant avec les nouvelles commissions bureaucratiques développés surtout avec le 11 Mars. Mais, outre cette lutte entre les bureaucraties, le prolétariat n'a pas cessé durant cette période de poursuivre une lutte pratique dans laquelle se sont développées des formes égalitaires d'organisation. La poursuite de la bureaucratisation des commissions de travailleurs et le contrôle des entreprises par le capitalisme d'Etat a rendu plus difficile le développement des formes d'organisation, autonome dans les unités de production. En même temps, la crise générale d'habitation, le manque de maisons et l'inégalité flagrante dans ce secteur ont fait qu'une grande partie des luttes immédiates s'est centrée plus sur les unités d'habitation (quartiers) que sur les unités de production (usines). Se sont ainsi développées des formes démocratiques d'organisation dans les quartiers les commissions de quartiers. 

Les usines étant le centre fondamental du prolétariat, la bureaucratisation générale de la société a limité les possibilités d'expansion de la lutte dans les quartiers. De l'autre côté, la crise de l'appareil administratif, reflet des mutations générales de l'appareil d.'Etat, a constitué un très bon terrain pour l'attribution aux commissions de quartier d'un rôle administratif inséré dans l'appareil capitaliste. En résumé, dans le camp des commissions de quartier et de la lutte dans les quartiers, on a vu se développer, bien qu'avec un certain retard, une bureaucratisation semblable à celle développée avant les commissions de travailleurs.

Aujourd'hui ce phénomène de bureaucratisation des commissions de quartier a pris des proportions telles que beaucoup ne résultent pas de la dégénérescence des institutions issues des luttes, mais de l'auto-nomination d'un groupe de personnes, sans aucune lutte qui la précède ou l'accompagne. Seulement l'indifférence générale peut permettre que des individus isolés se présentent comme "commission de quartier" ou "groupe dynamisateur".

Le 25 novembre est venu montrer, comme nous l'avons dit alors dans un éditorial, qu'aucun des camps bureaucratiques en lutte n'a été appuyé par les masses prolétaires. L'indifférence que le prolétariat a montré face aux divergences au sein de la classe dominante a été une forme de critique. Mais cette critique ne peut se convertir en construction active de la société communiste que si elle cesse d'être un non-appui passif à aucun des groupes capitalistes d'Etat et devient une attaque active contre tous.

En conclusion de ce bref historique nous pouvons dire que la limitation principale du mouvement autonome du prolétariat a consisté dans le fait que les luttes, étant autonomes au niveau de chaque entreprise, n'ont pas réussi à s'unifier de façon autonome. L'Etat est un appareil centralisé. Le prolétariat ne peut le détruire à travers des organisations qui reproduisent cette centralisation bureaucratique et répressive, comme tous les partis bureaucratisés et militarisés. Ces partis ne détruisent qu'un appareil d'Etat pour en créer un autre. Mais la destruction de l'Etat et du capitalisme ne peut pas non plus être faite de façon parcellaire et isolée. Elle ne peut que résulter de de commission de travailleurs et de quartiers de toutes les formations intégrées dans la lutte autonome du prolétariat. Pas une centralisation répressive mais une unification égalitaire. Et pas de commissions bureaucratisées, mais des commissions entièrement contrôlées par un prolétariat actif et en lutte.

La lutte à la campagne

Une des grandes lacunes de "COMBATE" est le manque d'articles sur les luttes du prolétariat agricole. Mais même sans en avoir une connaissance profonde, il est visible que les institutions capitalistes d'État, nommément l'IRA (Institut de la Réforme Agraire) furent largement dépassées dans les zones de latifundias et que le prolétariat agricole garde aujourd'hui un degré élevé de mobilisation et d'initiative autonome . Plus importants encore sont les différents cas d'unification parcellaire des luttes et des organisations autonomes.

Dans le capitalisme contemporain, la campagne dépend entièrement de l'industrie, tant par les engrais et moyens de productions, que par le contrôle du marché. Pour cela, le capitalisme d'Etat ne peut pas être attaqué efficacement seulement à partir de la campagne.

Il est donc possible que le dynamisme des luttes rurales retarde et rende plus difficile le processus de consolidation de l'Etat, de manière à favoriser l'éventuelle recrudescence postérieure des luttes du prolétariat industriel.

Deux exemples actuels de bureaucratisation

Deux exemples actuels peuvent montrer la signification de la bureaucratisation et le rôle qu'y jouent les partis "de gauche" (en réalité constructeurs du capitalise d'Etat). Le premier est le cas du journal REPUBLICA. Le second concerne certaines commissions de quartier.

La lutte des typographes et de quelques autres travailleurs de REPUBLICA contre la majorité des journalistes a eu une signification hautement révolutionnaire. Il s'agissait d'attaquer le monopole de l'information et de la culture dont les couches intellectuelles ont jusqu'ici disposé sans exception. Mais cet aspect révolutionnaire de la lutte ne pouvait continuer que si REPUBLICA n'avait pas été seulement ouvert au groupe particulier de ses travailleurs, mais à tous les travailleurs. Ce n'est pas ce qui est arrivé, et la bureaucratisation du journal s'est accentuée servant chaque fois, plus de plateforme à certains groupes politiques, spécialement l'UDP et le PRP. Ceci a conduit à son isolement croissant face au prolétariat et à l'attitude passive assumée par lui relativement au journal.

Au moment du 25 novembre, cette situation aurait pu changer si REPUBLICA s'était ouvert à la majorité de la classe prolétarienne, détruisant les schémas du journalisme traditionnel qui reproduit le monopole de la culture par la classe dominante, comme cela avait été proposé à la réunion des commissions de travailleurs et de quartiers réunies à Baixa da Banheira (banlieue industrielle au sud de Lisbonne) le 30 novembre, pendant l'état de siège. Mais cette réunion n'a pas réussi à se développer en mouvement autonome le « secrétariat provisoire" qui s'y était constitué se révelant un appendice de l'UDP, et les masses prolétariennes ont manifesté leur manque d'intérêt en le vouant à l'oubli.

L'UDP révela déjà l'échec, le convertissant de ''secrétariat" provisoire en "groupe dynamisateur" jusqu'à ce qu'il' disparaisse silencieusement dans les coulisses de sa tactique politique. Et, ne pouvant plus controler le mouvement de masses (rêve de tous les partis) l'UDP et le PRP ont préféré en finir en silence avec REPUBLICA au lieu de l'ouvrir aux masses ouvrières. Ils se sont offerts démagogiquement pour des pourparlers avec l'ancien corps rédactionnel, qui n'a plus besoin de REPUBLICA, disposant maintenant de A LUTA. Le fait que REPUBLICA ne pouvait pas survivre économiquement pendant longtemps n'a pas d'intérêt ici. Ce qui est fondamental c'est que pouvait être constitué durant quelques semaines ou méme quelques jours un instrument d'importance révolutionnaire incalculable. Ouvert aux luttes ouvrières, ouvert directement à la collaboration ouvrière, faisant des entreprises ses organes de distribution et de rédaction, le journal pouvait être un élément très important pour l'unification autonome des luttes. Mais le prolétariat n'a pas réussi à le faire, et les partis ont montré leur véritable caractère et leurs véritables fonctions préférant détruire le journal que le laisser contribuer au développement du mouvement autonome, qui comme un raz de marée aurait balayer l'État, les partis et toue les appendices du capitalisme.

Autre exemple flagrant de la bureaucratisation est le système de définition des loyers établi par les commissions de quartier de Setubal (ville industrielle importante) et par la commission de quartier des Cedros (Linda a Velha, près de Lisbonne), pour ne parler que d'elles. Ces systèmes sont très complexes, établissant des équations de multiples facteurs, ce qui montre qu'ils ne peuvent être le résultat de l'initiative des travailleurs. En outre dans le cas de Setubal, L'interférence des techniciens du Cabinet de Planification de la Mairie et du Fond de développement de l'habitation est évidente. De cette façon, les commissions de quartier agissent comme de nouvel les "Juntas de Freguesia" (le plus bas échelon de l'administration, dans l'appareil légal), nouveaux organes locaux de l'appareil de l'Etat. Ainsi, les masses travailleuses sont écartées de l'élaboration de ces systèmes de paiement, leur application aux cas concrets échappe entièrement aux travailleurs, qui restent sous la dépendance des nouveaux spécialistes, comme jusqu'à maintenant ils avaient été soumis aux anciens spécialistes. Les processus légaux compliqués dont la compréhension et l'éxécution échappent au prolétariat intéressent les exploiteurs. La justice prolétarienne est simple et élémentaire, elle se fait par compréhension mutuelle et est anti-formaliste. En établissant ces critères ultra-compliqués la bureaucratie crée déjà les conditions de sa reproduction.


ET MAINTENANT ?

LE 25 novembre a constitué un pas important dans l'unification de la classe dominante, en faisant prévaloir un des divers projets répressifs proposés et en créant les conditions pour l'unification de l'appareil militaire. Bien que l'appareil répressif gouvernemental ne soit pas encore suffisemment structuré pour pouvoir résister à une grande vague de révolte, les partis et les syndicats continuent sans aucune base de masses et les premiers sont même idéologiquement plus isolés qu'il y a quelques temps, le prestige dont le MFA jouissait après le 25 Avril s'est évanoui dans la politique anti-ouvrière et le permanent lavage de linge sale.

Sous cet aspect, ce sont les commissions de travailleurs et de quartiers bureaucratisées qui constituent le principalement d'encadrement du prolétariat, de planification économique du système productif et de la force de travail. Les alternatives sont relativement claires : ou un groupe aujourd'hui politiquement dominant (le groupe de Melo Antunes) réussit à poursuivre la réorganisation de l'appareil d'Etat en intégrant les organes traditionnels et les nouvelles commissions bureaucratisées ; ou la vague de révolte, en généralisant à toute la classe prolétaire la lutte pratique, détruit les commission bureaucratiques et. poursuit l'unification autonome en attaquant de front l'appareil de l'Etat. Dans ce dernier cas, la relative désorganisation de la classe dominante lui rendra difficile la répression généralisée, et serait possible une victoire du prolétariat qui développerait une organisation sociale égalitaire et communautaire pendant combien de temps ? A partir d'ici, le rythme de la révolution portugaise dépendra spécialement du rythme de la révolution mondiale. Le capitalisme est un système hautement, intégré, le marché mondial est dominant et c'est impossible de le renverser dans les limites des frontières nationales.

Dans cette situation, la classe dominante évitera une répression généralisée et massive, qui susciterait très probablement une révolte générale de tout le prolétariat, et tentera si nécessaire de recourir aux répressions fortes mais localisées. C'est celle-ci la base de l'alliance actuelle entre le groupe de Melo Antunes et les clans militaires conservateurs de Jaime Neves, Pires Veloso et autres.

C'est aussi sur cet objectif que se restructure l'armée comme corps professionnel et hautement hiérarchisé.

Laquelle de ces deux alternatives va-prévaloir ? Les prochaines semaines sont décisives. Le coût, de la vie augmente, 1a bureaucratisation s'accentue, 1e capitalisme d' Etat apparaît sans magies ni démagogies avec sa véritable face, abjecte, répressive, militarisée. Il ne jouit pas de l'appui des travailleurs, mais la passivité actuelle du prolétariat se transformera-t-elle en vague de révolte ? Si face à l'agravation présente des conditions de vie, cette vague de révolte ne se vérifie pas, ceci signifie que le reflux et la passivité sont plus profonds et durables.

Dans ces circonstances, on doit repenser les modalités d'intervention des ouvriers révolutionnaires et de tous les activistes. Il faudra alors nous préparer, dans toute son amplitude, pour lutter contre le courant.

NOTE - Les secteurs politiques les plus variés parlent, aujourd'hui la plupart avec une démagogie sans honte; de capitalisme d'Etat. Pour nous, le capitalisme d'Etat combine 3 facteurs principaux : la propriété capitaliste des moyens de production est réalisée par l'intermédiaire de l'Etat; l'Etat controle et planifie le mouvement de la force de travail; l'Etat fait fonctionner l'économie. Cela entraîne la hiérarchisation rigide de la société et on essaye de planifier la totalité de ses activités. Il est complexe de définir l'actuelle situation économico-sociale au Portugal. Le premier de ces facteurs existe de façon généralisée depuis le 11 mars; quant au deuxième, chaque fois plus les technocrates d'état réussissent à réaliser la planification; on ne peut pas considérer le troisième facteur comme réalisé et c'est en fait de celui que parle cet éditorial.

Nous avons donc une situation dans la quelle le capitalisme d'Etat est le rêve de la nouvelle classe dominante, qui a déjà réussi à le réaliser dans quelques-uns de ses aspects principaux. le 16 Janvier 1976

(1) A. AJOUTER: que les travailleur se soient fait des illusions sur celles-ci.

Texte traduit par l’ORA (Organisation Révolutionnaire Anarchiste) Documents n°13 Mars 1976 - Tiré du Journal portugais Combate N° 34 (29/01/1976)



Transcription- mise en page ArqOperaria / Vosstanie.org Juillet 2014

sexta-feira, 14 de março de 2014

Interview d’un ouvrier de la Lisnave : Camarades, n°3, Décembre 1976

Luttes au Portugal : Interview d’un ouvrier de la Lisnave

Revue Camarades, n°3, Décembre 1976, p. 41-48.


CAMARADES N°3 - Décembre 1976
Les lignes de présentation qui suivent sont dues au groupe de militants portugais qui ont réalisé l’interview et nous l’ont fait parvenir :

Le texte qu’on lira ci-dessous n’est pas une vulgaire interview de celles que les "spécialistes" et les "théoriciens du mouvement ouvrier" venant s’informer des problèmes des travailleurs ont l’habitude de faire.
Il s’agit là d’une discussion à bâtons rompus entre des militants ouvriers révolutionnaires de diverses origines. Si la parole est préférentiellement donnée au camarade de la LISNAVE, cela tient au fait que nous étions venus ce jour-là pour l’écouter et pour discuter avec lui. Il faut dire que les camarades participant à cette discussion sont, depuis longtemps, liés au mouvement social au Portugal.

A chaque fois, cela s’est fait de façon indépendante des groupes gauchistes traditionnels et des canaux d’information professionnels (Libération par exemple). Pour cela, nous nous sommes donnés à chaque fois les moyens de la faire. Cette fois-ci, "Camarades" a ouvert les pages de sa revue à sa publica­tion, ce qui prouve leur volonté d’accepter les contributions extérieures venant de groupes informels et autonomes.
Les camarades qui s’expriment dans cette interview, nous les connaissons depuis longtemps ; les liens solidaires qui nous unissent datent de bien avant le 25 avril 74. Ils remontent au temps où leur quotidien de salarié et le nôtre étaient loin d’intéresser les professionnels de la politique qui débarquent aujourd’hui à Lisbonne en quête de "contacts ouvriers".

Il serait évidemment erroné de vouloir généraliser les propos ici exprimés par les camarades portugais qui ne représentent qu’eux - mêmes..Cela va de soi. Cependant leurs positions sont à rapprocher de celles d’une forte tendance gauchiste existant au sein des prolétaires portugais. Mais, même parmi les travailleurs de la Lisnave, ces positions ne sont pas majoritaires et on sent bien à travers la discussion que le poids des groupes politiques traditionnels y est encore très fort. Il sera même d’autant plus fort que le recul actuel des luttes se confirmera ! L’intérêt de textes de ce genre est de montrer de façon vivante com­ment les ouvriers portugais sentent et subissent les problèmes actuels de la lutte.

Il faut rappeler que la LISNAVE constitue la plus grande concentration ouvrière de la rive gauche du Tage, environ 8000 ouvriers. Depuis la création de ce chantier, fin des années 60, des grèves eurent lieu et furent durement réprimées par la police fasciste. Depuis le 25 avril 74, les ouvriers de la LISNAVE ont toujours été à la pointe du mouvement social, leur force collective s’est à plusieurs reprises manifestée dans les rue de Lisbonne ; à chaque fois , passant outre les aboiements des partis réformistes et les inter­dictions des autorités. En majorité très qualifiés, les ouvriers de la LISNAVE ont, ces deux ans durant, acquis une conscience politique vraiment très impressionnante, d’autant plus qu’elle est le fruit d’une agi­tation constante, de l’intervention suivie de tous les groupes politiques existant sur la place publique. De tous les ouvriers du secteur moderne du capitalisme portugais, les ouvriers de la LISNAVE sont parmi ceux qui ont eu une forte conscience des intérêts généraux de la classe, c’est à dire ceux qui dépassent les intérêts spécifiques de chaque corporation ouvrière.Ils sont sortis dans la rue pour manifester collectivement cette conscience : dans la manifestation du 7 février 75 "contre le chômage et le capitalisme" dans les manifestations d’appui à Rádio Renascença et pour "une information révolutionnaire indépendante", dans les barricades et la mobilisation de masse qui ont abouti à la libération des soldats emprisonnés à Trafaria en Août 75, dans la manif du 17 juin pour la "dissolution de l’Assemblée Constituante" et où on a crié "Dehors la canaille, le pouvoir à ceux qui travaillent". Enfin, le 25 novembre 1975, ils comprirent et le montrèrent par leur capacité d’initiative autonome, que derrière les luttes entre les clans militaires se jouait la répression du mouvement ouvrier. Le camarade qui parle dans ce texte a été présent dans toutes ces actions. Au début militant du PCP, il se considère aujourd’hui , après une attirance passagère pour l’UDP, comme un révolutionnaire "apartidaire", ce qui, dans le nouveau langage politique du Portugal, ne signifie nullement un refus de la politique, mais des pratiques des organisations - partis.

Si l’ambiance, au sein des travailleurs de la LISNAVE a jusqu’à présent traduit "l’état d’âme" des prolétaires portugais les plus radicaux, il faut croire alors que la frustration, la démobilisation et la di­vision qui s’y manifestent aujourd’hui sont elles aussi des signes importants pour comprendre l’ensemble de la situation de classe au Portugal.

Ont participé à la discussion :
A - ouvrier à la LISNAVE
B - ouvrier immigré en France
C - ouvrier du bâtiment à Lisbonne
D - ancien ouvrier immigré en France.

La traduction et la présentation ont été faites avec l’aide d’un camarade français. Un dernier mot : la femme du camarade de la LISNAVE qui a beaucoup à dire sur toutes ces questions et qui est une mili­tante active sur son lieu de travail n’a pratiquement pas participé à la discussion, car elle a été continuel­lement prise par son travail ménager …

Paris, Septembre 76


Quelques livres :
- TAP, une lutte exemplaire, les ouvriers face au PC et à l’"Armée Démocratique" - Octobre 74 "Mise au Point" (épuisé)
- La question de l’organisation révolutionnaire - Paris Juin 75 (épuisé)
- Portugal : lutte et répression : la démocratie de la gauche et des patrons - Mise au point - Paris Février 75 (épuisé)
- Portugal, l’autre combat - Ed Spartacus - Juin 75
- La conception putschiste de la révolution sociale , le 25 Novembre - Spartacus Mai 76

B - Que s’est-il passé à la LISNAVE lors du 25 No­vembre ?

A - Le 25 Novembre, beaucoup de gens sont sor­tis dans la rue, quelques uns à l’appel des partis ; moi, je suis sorti avec un camion chargé de blocs de ciment dans le but d’interdire l’accès au fort d’Almada (1) car on pensait que les commandos l’attaqueraient et on voulait s’y opposer. Le PC a démobilisé les ouvriers en leur disant qu’il ne fallait pas sortir ; de fait, quelques uns de leurs militants ne sont pas sortis. Nous, on leur disait que ce n’était pas en restant à l’intérieur du chan­tier que l’on pouvait se battre et qu’il était donc nécessaire de sortir.

La veille du 25 novembre, on est allés à la base navale demander des armes. Les officiers nous ont reçus en disant qu’on devait se calmer, qu’il ne se passait rien de particulier, qu’ils étaient en train de prendre les mesures nécessaires…En­fin, qu’on devait retourner à nos postes de travail !

C’est à partir de cette nuit que s’est amor­cée la démobilisation ; nous, on est allés se réunir à la LISNAVE, d’autres sont allés aux Sièges de leurs partis. Ceux-ci ne donnaient aucune information, et les gens qui demandaient aux dirigeants des armes se voyaient répondre : "des armes, pourquoi faire ?" …

Tous les partis disaient qu’il ne se passait rien, que tout était très sûr… Beaucoup de mecs voulaient agir, même des militants du PC, ou vou­laient construire une organisation capable de faire avancer les choses. A ce moment-là, nous consta­tions que nous étions tous ensemble, mais sans aucune organisation ! Le lendemain commen­çait la démobilisation. Des amis m’ont dit que les fusiliers marins étaient prêts à aller à Lisbonne pour intervenir au moment où la police militaire a été attaquée par les commandos.
Des officiers voulaient que les fusiliers sor­tent ; d’autres, non. Ils attendaient l’autorisation

B - Et les mecs du PRP (3) qui disaient avoir des armes pour tout le monde ?

A - Tout ça a été un échec complet… un échec complet. Les partis étaient bien implantés dans le fort d’Almada ; il y avait des mecs de diffé­rentes idéologies. Il y avait même des types du PRP, le genre de mecs qui peuvent être très partidaires mais qui, dans ces moments-là pren­nent des positions révolutionnaires. Soit ils se lancent dans la lutte soit ils ne font rien. Quand ils voient que la seule voie est de s’engager dans la lutte, le parti n’a plus d’importance. C’est la lutte ou rien !

B - A ce moment - là, il apparaissait évident que vous étiez dépendants des militaires et surtout des officiers qui décidaient seuls de vous donner des armes ou non…

A - Je suis resté au fort d’Almada jusqu’à la fin, jusqu’au moment où les avions l’ont survolé. On était près de l’officier commandant ; il était prêt à se rendre. Nous, on disait qu’il n’en était pas question.. Les soldats et les officiers ont décidé une assemblée avant qu’une décision quelconque ne soit prise. La veille, un délégué de la commis­sion des soldats s’était rendu à la LISNAVE pour savoir de quel côté étaient les ouvriers car l’offi­cier commandant avait reçu l’ordre de se rendre. Nous, on a dit : il faut aller au fort.
A ce moment - là, on était en grève et tout le monde était réuni dans la cantine, pleine à cra­quer… Il y avait là aussi un officier de la marine , un grand fils de pute, le shériff du coin, qui vou­lait nous baratiner. Le soldat du fort est arrivé, nous, on a dit : on veut écouter le soldat et non l’officier ; on a voté sur qui devait parler : c’est le soldat qui parla ! On s’est bien rendu compte que l’opinion de la majorité était que l’on devait sortir pour aller au fort ; on disait qu’on ne sorti­rait pas d’ici quoiqu’il arrive et on faisait pression pour avoir des armes. Eux refusaient. Nous, on insistait… Certains avaient même sorti leurs li­vrets militaires comme preuve de leur savoir - faire militaire ! Un de mes copains a commencé à mani­puler une mitraillette anti-aérienne mais elle ne fonctionnait pas …
La majorité du matériel militaire avait été retirée avant le 25 novembre, ce qui prouve que cela avait été bien préparé ! C’était foutu !

LES DISCUSSIONS APRES LES EVENEMENTS

B - Après le 25 novembre, y-a-t-il eu des discus­sions à la LISNAVE sur ces événements ? Par exemple dans la C.T. (Commission des Travail­leurs) ?

A - Oui, mais pas beaucoup. Tu sais, la C.T. est contrôlée par le PC et eux, au lieu d’agiter les mecs, de les pousser à la lutte, ont essayé de nous calmer et de nous convaincre que tout devait se passer en conservant les bonnes manières et non pas en se servant de l’agitation, qu’il fallait y aller doucement, sinon, c’était du gauchisme…"Il faut y aller légalement"… Tu parles, faire la révolution légalement !.."Le gauchisme va tout casser, il faut y aller en douceur" disaient-ils. Tout ce baratin et voilà le résultat !
    Je suis sûr que si on était sorti dans la rue, le 25 novembre se serait passé différemment. Ce qui se passe aujourd’hui ne se serait pas passé. Si on n’était pas sorti dans la rue pendant le 25 avril peut-être que les gens de la Pide (4) eux-mêmes ne seraient pas allés en tôle. C’est très possible, on le vérifie aujourd’hui.
    Il y a aussi le fait que beaucoup d’usines ont été démobolisées à cause de l’appartenance de la C.T. à un parti déterminé, le P.C.P. On en a le cas de la Parisson, à côté de la Lisnave ; le 25 novem­bre, on est tous sorti dans la rue, ceux des Parisson aussi, mais parce que le P.C. leur a dit qu’il ne se passait rien, ils ont réintégré leur usine et se sont remis au boulot ! On est resté seuls dans la rue, les gens qui passaient en autobus se demandaient ce qu’il pouvait bien se passer… à la fin, on est resté comme des cons.

B - Vous étiez isolés !

A - Oui, c’est vrai, on était seuls. Il y a eu aussi les mecs de la Setenave (5) à Sétubal qui ont agi un peu comme nous à la Lisnave. C’était chacun de son côté, très séparés, au lieu d’agir tous ensemble et d’aller à Lisbonne. Nous aurions dû aller tous en­semble à Lisbonne dans les endroits importants, par ex. le palais de Bélem (palais présidentiel) où ils étaient tous et exiger…exiger qu’ils prennent des mesures… Ce qu’il fallait, c’est leur faire voir qu’ils ne pouvaient pas nous tromper.
C’était pas un coup de gauche mais un coup de droite. Des maos disaient que c’était un coup du K.G.B. !? (5) Tout cela est ridicule ! Tout a été préparé par la droite et ils y sont arrivés.

LA COMMISSION DES TRAVAILLEURS

B - Pour changer de sujet, peux-tu expliquer ce qu’était la C.T. à la Lisnave ?

A - Le Conseil des Travailleurs est un peu lié au P.C. Nous votons au niveau de l’atelier sur des listes parmi lesquelles nous choisissons des noms. Il y a eu des listes "noires" (7) et évidemment tous les mecs sectaires qui suivent aveuglément les partis votaient pour ces listes. Je pense que c’est une er­reur.

B - Ça veut dire que la plupart des délégués sont du P.C. ?

A - Il y a eu quelques mecs de l’U.D.P. (8) aussi mais ils ont démissionné. La plupart des délégués sont du P.C.

LES A.G. ET LE CAHIER REVENDICATIF

B - Quels sont les relations du conseil avec le reste des mecs, ils font des A. G. ?

A - Oui, quand nous exigeons la tenue d’une A.G. ils la font ; c’est d’ailleurs prévu par le statut du Conseil Général des Travailleurs (C.G.T.) disant que le conseil est tenu d’appeler à une A.G. si 50 ouvriers au moins le demandent.

B - A ce propos la Gazetta da Semana (9) a fait paraître un article qui disait que le P.C. était très fort à la Lisnave sans qu’il arrive pour cela à mani­puler les ouvriers ; c’est à dire que le Parti était bien implanté mais qu’il était obligé, en ce qui concerne les décisions à prendre, de se soumettre à la majorité qui se dégageait des A.G. qu’il avait du mal à les manipuler.

A - Les A.G. jusqu’à présent, c’est de la grosse rigolade. Voilà comment ça se passe. On n’arrive jamais à une conclusion ! Les mecs de l’U.D.P. se mettent d’un côté de la salle, les mecs du P.C. d’un autre. C’est comme un match de foot ; quand les uns sont d’accord, les autres non et vice versa. C’est arrivé à un tel point qu’on en a marre ! La salle, d’habitude pleine au début, se vide peu à peu. On n’arrivait jamais à aucune conclusion ; aujour­d’hui c’est un peu moins vrai, mais c’est encore à peu près le même topo.
     On finissait par partir et à ce moment là il leur était facile de faire approuver leurs motions ; ça prend la forme d’un chantage aussi bien de la part de L’U.D.P. que du P.C.
      On a maintenant le cas de la discussion sur le cahier revendicatif qui doit être présenté à l’administration. Même là, des changements propo­sés par des ouvriers n’ont pas été retenus.

B - Qui a fait ce cahier ?

A - Ce cahier a pratiquement été fait par le P.C. ; même s’il n’est pas trop mauvais, ce n’est pas celui qu’on voulait.

B - Pourquoi les transformations proposées par des ouvriers ont été refusées ?

A - Ça se comprend, parce qu’au cours des 3 ou 4 A.G. qu’on a faites, rien a été décidé ! Les mecs de l’U.D.P. voulaient que la discussion se fasse par sections. C’est ce qu’on a fait et ensuite on en a discuté en A.G. ; rien n’en est sorti. Après on a exigé que cela soit discuté point par point. Or, comme - c’est un gros cahier, on y serait encore. A la 3ème fois, les mecs du P.C. ont exigé que le cahier soit approuvé en bloc. A prendre ou à laisser… Le cahier a été fait en collaboration avec la commis­sion de la Setenave et il a été approuvé. Les mecs de la C.T. ont déclaré que soit le cahier était ap­prouvé soit qu’ils démissionnaient ! Voilà le chanta­ge !
      Des bruits couraient comme quoi le cahier avait été fait en accord avec l’administration. Il est très mauvais mais je ne pense pas qu’ils en soient arrivé à ce point là.
     D’ailleurs, ce qui est demandé dans ce cahier n’a rien d’extraordinaire et une bonne partie des revendications a déjà été obtenue dans d’autres usines.

SALAIRES ET CONDITIONS DE TRAVAIL

B - Combien gagnez-vous maintenant ?

A - Un P3 gagne 8500 escudos par mois (environ 1300 francs). Le grand problème avec l’administra­tion n’est pas celui des salaires, car pour ça elle signe, mais celui des avantages sociaux où là, elle refuse. Pour nous, c’est le plus important ; les mecs demandent toujours plus d’argent mais, à la longue, on se fait avoir car ils augmentent les prix.

B - Où en êtes-vous dans les conditions de travail ? Les cadences par ex. ?

A - Bien… Il y a très peu de production de faite. Avant le 25 nov., nous on travaillait avec plus de volonté que maintenant… On réparait même des voitures de l’armée ! Elles s’entassent maintenant depuis des mois, ils viennent de les reprendre. Après le 25 nov. on ne touchait plus à rien. Ils venaient, demandaient : Alors, t’as pas encore tou­ché aux voitures ? "Vous n’avez qu’à bosser" je leur répondais ; il y en a marre de travailler pour les autres !

B - Quels sont vos rapports avec les contre-maîtres maintenant ? Est-ce qu’ils sont dans des groupes politiques ?

A - Quelques-uns, qui sont de grands fils de putes, appartiennent à des organisations qui se veulent progressistes. En fait, c’est cacher un mouton par une peau d’ours. Jusqu’au 25 nov., ils étaient comme des petits moutons, maintenant ils sortent leurs griffes à nouveau.

B - Est-ce que ça veut dire que la situation empire ?

A - Oui, mais on ne s’occupe pas d’eux. On ne prend pas en compte les ordres qu’ils donnent. Le patron essaie de diviser. Il dit d’un côté que la situation économique est catastrophique, et d’un autre côté on apprend que les cadres et les contre-maîtres viennent d’être augmentés ! On dit, dans l’usine, qu’ils l’ont obtenue grâce aux syndicats, je ne sais pas si c’est vrai ou faux. Ce qui est vrai c’est que la séparation entre chefs et ouvriers a augmenté. De toutes façons il ne peut y avoir de bons rapport entre la maîtrise et les ouvriers car ils ont des fonctions différentes. Les chefs sont créés pour être toujours d’accord avec le patron.
       Un autre point, il semblerait que la direction boycotte les navires venant des pays de l’est et qu’el­le soit plus intéressée par les marchés venant des pays capitalistes.
     Là-dessus, on apprend que la direction prévoit le licenciement de 2 à 3000 personnes du secteur construction à cause de l’annulation d’une grosse commande de la Suède. L’entreprise suédoise a préféré indemniser et laisser tomber le contrat. Bientôt les mecs du secteur construction vont se retrouver au chômage. Les travailleurs ne sont pas responsables de tout ça ; c’est la direction qui est responsable de la gestion. Nous, on ne peut pas rester à pleurer, les prix augmentent tous les jours.
      Une chose que je voulais souligner, c’est au sujet des liens qu’on a avec les coopératives agri­coles. Nous avons offert trois ou quatre tracteurs aux coopératives de l’Alentejo ; ça était aussi bénéfi­que pour nous car on a pu avoir de l’huile à vendre à travers la C.T. L’administration a un peu boycotté ce processus mais on a réussi à approvisionner la cantine avec les produits des coopératives. Il y a eu un moment où on était très motivé et quelques uns d’entre nous sont allés aider les coopératives. Tout se passait indépendamment des cellules des partis. Après le 25 nov., tout cela s’est arrêté… les mecs maintenant sont démoralisés.

RÔLE DES PARTIS

B - Sur le plan général, y-a-t-il des copains qui parlent du rôle de division des partis ? Est-ce qu on se rend compte que la conséquence des luttes partidaires est la division ?

A - Il y a une grande démobilisation, même si certains d’entre nous ont conscience de ce rôle des partis et du rôle général des partis à l’intérieur de toute société. Beaucoup comprennent qu’ils ont agi dans le sens de la démobilisation tout au long du processus, et je dirais que l’apparition des GDUP’S (9) a aidé à ce que les mecs se libèrent de l’influence des partis, en laissant de côté le sectarisme partidaire. Je vois même des copains qui étaient très "malades", très sectaires, et qui le sont maintenant beaucoup moins…

C - Je peux te dire que dans le bâtiment le parti n’a maintenant de rôle que dans la direction syndi­cale. Au niveau des entreprises, il n’y a pas de partidarisme, il y a plus de solidarité entre les mecs alors qu’après le 25 avril il y avait, mélangé, des membres du P.C., du P.S., du P.P.D., etc… Mais maintenant, tout ça c’est fini. Ce qui continue à exister, c’est le contrôle des directions syndicales par les directions des partis. Mais on se rend compte que c’est un tas d’ordures à nettoyer… Disons que c’est un édifice à nettoyer !

D - Finalement, il y a une question que je considère importante c’est de savoir ce que le 25 avril a changé dans la vie des travailleurs. Parlons au-delà des C.T., des partis, des GDUP’S, d’Otelo et du res­te… Est- ce que à la fin de ces deux ans vous avez senti un changement dans votre vie ?

C - Les rapports entre les gens ont changé !

A - En ce qui concerne les rapports avec les gens il y a plus d’union entre les travailleurs. Avant les gens étaient un peu éloignés de la politique. Quant au niveau de vie, ça n’a pas changé. Ils nous ont donné plus de fric mais ça ne correspond pas à l’aug­mentation des prix. Pour moi, j’achetais plus de choses avec 4000 escudos (environ 600 francs) avant le 25 avril qu’avec 8000 escudos maintenant. Là-dessus, pas de doutes. Mais il n’y a pas que ça, nous on a changé !

LES C.T., OPPORTUNISME ET INDIVIDUALISME OUVRIER

D - Autre chose. Prenons l’exemple des travailleurs de la production qui sont rentrés dans les C.T. ; dans beaucoup de cas, ils se sont séparés de la pro­duction, des autres ouvriers, pour devenir les nou­veaux patrons.

C - D’accord, ils ont été manipulés par les partis, mais ils n’ont jamais été du côté des patrons ; c’est pas la même chose.

A - Oui, mais j’ai les preuves de mecs entrés dans les C.T. pour se trouver des planques, des emplois de bureau. Je peux donner l’exemple de la Lisnave où les travailleurs de la C.T. ont fait embaucher leurs propres femmes en premier alors que d’autres femmes attendaient sur la liste d’attente. Ce n’est pas juste ; une partie de la C.T. a d’ailleurs réagi à ça. Ces mecs opportunistes faisaient embaucher la femme, la cousine, enfin toute la famille, en se foutant des autres. C’étaient des individualistes.

B - Si on prend le cas des membres de la C.T. de la Lisnave, est-ce que les mecs continuent à avoir le même nombre a heures de travail ou travail­lent-ils moins ?

C - Non, ils ne travaillent plus du tout.

A - Si je prends le cas d’un des types de la C.T. qui est délégué P.C., garçon très activiste que j’admire beaucoup, un de ceux d’ailleurs que j’ai choisi pour la C.T., il venait souvent travailler dur et prenait son bleu de travail. Maintenant qu’il est député P.C. de la région de Sétubal…

C - Voilà, celui-ci a trouvé une planque…

A - Oui, mais regarde ils ont pris quelques jours de vacances au parlement et lui est revenu à la Lisnave et s’est remis au boulot ; les autres mecs de la C.T. qui restent assis dans leurs bureaux à rien foutre se sont sentis obligés d’aller travailler…

C - C’est très marrant parce que ce type, député P.C. vient travailler ses jours de repos alors que d’autres, permanents P.C. de la C.T., ne se mettent au boulot que lorsque leur shériff y va !

A - Tout ça, c’est le résultat de l’opportunisme créé par la société où nous vivons, qui se manifeste dans la C.T. mais aussi parmi les ouvriers. Beaucoup ont une mentalité individualiste. Je dois dire que moi-même ne travaille que la moitié de ce que je travaillais avant.

B - Oui, mais pour toi, ce n’est pas un privilège alors que les autres travaillent moins en accord avec la direction qui a reconnu cet état de fait ; c’est un privilège attaché à leur pouvoir.

A - Oui, leur privilège c’est de ne rien foutre.
Encore, s’ils résolvaient les problèmes des travailleurs, on pourrait dire qu’ils font un certain travail ! Seulement ça n’arrive pas la plupart du temps. On va dans les A.G. et rien n’en sort.

C - En tous cas, on peut dire que leurs problèmes personnels ont été résolus ; à partir du moment où ils sont dans la C.T., leurs problèmes n’existent plus ; ils veulent bien résoudre ceux des autres mais sans avoir à toucher à leur situation.

A - Tout ça a tendance à se terminer car la plupart des ouvriers commencent à ouvrir les yeux et à les attaquer. Le problème, c’est qu’on est tout le temps obligé de leur demander de résoudre ce qui ne va pas. Ils n’ont rien à décider de leur propre autorité ; ils doivent être nos porte-paroles et ne faire que ce que les travailleurs décident.

B - La C.T. a-t-elle déjà été élue plusieurs fois ?

A - Tous les ans il y a une élection. Il y en aura une bientôt.

B - Tu penses que les mêmes mecs seront réélus ?

A - Non, non, non, je pense qu’il y en a qui seront remplacés. Ces listes noires qui ont été établies ne doivent pas exister ; beaucoup de gens ont parlé de cette manipulation, et nous ne pensons pas que ce genre d’initiatives résolve quoi que ce soit. Je pen­se qu’il y aura de nouveaux choix dans ces élections ; il est possible que certains élus soient pires que ceux d’aujourd’hui, j’en sais rien…
        Dans cette société, la plupart des gens élus cherchent à se promouvoir, c’est ça le problème. D’un autre côté, les gens pensent que celui qui arri­ve à aligner deux mots, à sortir quelques vannes défendra les travailleurs alors que souvent c’est le contraire ; c’est pas la peine qu’un mec parle bien, dise de jolies phrases, l’important c’est qu’on sache ce qu’il veut, qu’il ait l’intention de défendre la classe à laquelle il appartient… La défendre et pas faire le jeu du patron, comme c’est souvent le cas.



LES GREVES APRES LE 25 NOVEMBRE, LA DIVISION

B - Depuis le 25 nov., il y a eu une lutte à la Lis­nave dont tu as parlé tout à l’heure, celle de TENI (Secteur électrique de l’usine). Tu peux raconter rapidement ce qu’il s’est passé dans cette lutte ?

A - Tout d’abord il faut dire qu’ils ont mené une lutte isolée. Les revendications des ouvriers por­taient sur les cadres payés à la fois par la Lisnave et par Efacec (10) et dont ils exigeaient le départ ; ils voulaient vicier ces mecs là. Ils avaient aussi des revendications d’ordre social et pécuniaire. Comme la lutte s’est faite de façon isolée, ils n’ont pres­que rien obtenu.

B - Tu as dit tout à l’heure que la division entre les travailleurs en était arrivée au point où d’autres ouvriers de la Lisnave ont menacé d’aller casser la gueule aux grévistes.

A - En effet… L’administration profite de tout pour nous diviser. Moi, je pars du principe que des ouvriers qui font grève ont toujours raison. Mais le fait est qu’ils ont mené une lutte isolée et à partir de ce moment-là, les navires ont commencé à man­quer ; le patronat, l’administration ont fait diffuser des communiqués - toujours la même histoire - comme quoi ils avaient été obligés d’avertir plu­sieurs armateurs de l’arrêt du secteur électrique ; comme en plus se posait le problème des chambres frigorifiques arrêtées par les grévistes et dont le contenu pourrissait, la tension montait parmi les mecs qui disaient que la grève contribuait à la baisse du travail. La-dessus, l’administration en rajoutait en disant que la grève pouvait causer la fermeture du chantier. Tout ça en est arrivé au point où quelques ouvriers sont allés menacer avec des barres de fer les piquets de grève en disant "soit vous arrêtez, soit on vous vide pour en mettre d’autres à votre place , il y a beaucoup de gens qui cherchent du travail". Je ne dis pas que tous ces gens étaient du P.C., je pense qu’il y en avait même de l’U.D.P. Ce qu’il serait intéressant de voir, c’est que ces mecs munis de barres de fer sont maintenant les mêmes à faire aujourd’hui une grève très isolée.
        Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond.

B - Ça montre une incompréhension totale des intérêts collectifs…

A - Comment comprendre que ceux-là mêmes qui se sont opposés à la lutte isolée de l’Eni sont en train de refaire la même chose. C’est bizarre…

B - Tu as dit tout à l’heure que, dans cette 2ème grève qui se développe maintenant, beaucoup d’ouvriers sont proches de l’U.D.P. ne crois-tu pas que c’est l’accusation typique du P.C. pour les taxer de gauchisme ?

A - Oui, c’est aussi ce que je pense. Il faut dire que les délégués, parce qu’ils en ont, du secteur du net­toyage des coques ont présenté leurs revendica­tions au conseil général des travailleurs. Et c’est lui qui a commencé à dire que leur lutte était isolée, que leurs revendications seraient satisfaites après la signature du cahier revendicatif par l’administra­tion.

B - Est-ce que la grève a commencé après que la C.T. a été contactée, ou a-t-elle été après son déclenchement ?

B - Pourquoi la grève est-elle isolée ? Le consta­ter revient à dire que le reste des gens se désin­téressent de cette lutte, qu’ils ne s’en sentent pas solidaires ; et c’est là le problème.

A - Non seulement ils ne s’y intéressent pas mais ils sont presque contre !


C - Parce que ça gêne les autres travailleurs.

B - Mais une victoire, même dans ce secteur ap­porterait des avantages à tous les travailleurs !

A - L’essentiel est que l’administration joue avec cette grève pour essayer de nous diviser, tu com­prends ; il faut dire qu’une partie des ouvriers de la LISNAVE sont des nouveaux tout juste débarqués de la province et encore inconscients.

C - Ils ressemblent aux ouvriers immigrés qui rap­portent des vacances une bouteille de "Porto" pour le patron… C’est le genre de mecs à qui tu expliques "c’est comme ça" et qui te diront oui, et qui seront d’accord avec un autre mec qui leur expliquera "c’est comme-ci".

B - C’est bien dans ces moments-là qu’on voit que le rôle de la C.T. devrait être d’unifier la lutte et d’agiter les ouvriers pour qu’ils agissent collectivement.

A - Ça ne peut pas se faire, l’unité, car les types en grève sont décidés à aller jusqu’au bout. Un ad­ministrateur est déjà allé les voir, sans résultat. Et la grève a démarré. Alors qu’il y avait un tra­vail de nettoyage de cale qui se fait nulle part en Europe. C’est un travail qui détruit la santé, qui se fait sans ventilation ; ils exigent de bonnes conditions de travail.

B - C’est donc tout à fait juste !

A - En fait, ça fait des mois que je dis qu’ils ont raison de se battre.

B - Ce qui est significatif, c’est que la C.T. au lieu de se retourner contre l’administration, divise les ouvriers en s’opposant à ceux qui se battent. L’attitude de la C.T : renforce la division.

A - Oui, mais tout ça parce que la C.T. voulait attendre 15 jours la signature du cahier reven­dicatif par l’administration. Voilà !

LES GDUP’s

D - Et si on parlait un peu des GDUP’S ? Com­ment sont-ils apparus ? A quoi cela correspon­dait après tant de mois de lutte ? Comment les gens ont été amenés à s’y retrouver ?

C - Les GDUP’S, tout le monde le sait, c’est le résultat du divisionnisme des partis. Les gens se sont lassés des partis et se sont réunis dans les GDUP’S, quelques uns des plus conscients des partis et d’autres, apartidaires. Les GDUP’S ne sont pas des partis, même s’il en est qui les soutiennent ; ils sont apartidaires.

A - Après les élections pour la présidence de la république, je me suis éloigné un peu du PCP parce qu’il ne faisait que tout bloquer . Quand ils ont présenté la candidature d’OTELO, je me suis dit : "Mais, qui fait la division ?". Il y avait déjà deux ou trois candidats de la droite ; OTELO était le premier à poser sa candidature et à la der­nière minute, le P.C. présente son candidat ! Ça, ça va pas !
A ce moment-là, il s’est tenu une réunion près de chez moi ; j’y suis allé avec ma femme, il y avait beaucoup de monde … Peu à peu, on s’est exprimés ; fallait-il ou non créer un GDUP’S ? On en a alors créé un.

B - Alors que la foire électorale est maintenant terminée, les GDUP’S ont - ils encore un rôle à jouer ?

A - Il y a beaucoup de choses à faire ; il faut agi­ter, organiser des manifestations contre tout ce qui se fait contre les travailleurs. Il faut organi­ser des réunions pour mobiliser les gens contre les expulsions de logements occupés, il y a pas mal d’activités là - dessus et les GDUP’S ont déjà pris position à SETUBAL et à ALMADA. Il faut qu’on se réunisse à chaque fois qu’il y a un pro­blème ; les GDUP’S ont été créés pour remplir ce rôle, pour défendre les occupations et mobiliser les gens sur un plan général (12).

B - A la LISNAVE, il y a beaucoup d’ouvriers au GDUP’S ?

A - Oui, beaucoup. Bien sûr, il y a des secteurs comme pour les mecs du P.S. et du P.C., pour qui les GDUP’S sont un obstacle. Ils font tout ce qu’ils peuvent pour que ça coule. Moi, je dirais plus les partis de battent les uns contre les autres, plus les GDUP’S auront de la force.

C - Si on prend ici le cas de la commune, bien que le P.C. soit très implanté, ils ont gagné les élections législatives ; les GDUP’S le sont aussi.

B - Y a-t-il un noyau P.S. à la LISNAVE ?

A - Non, le P.S. a très peu de sympathisants ; on a même eu des C.D.S., mais déguisés. L’autre jour, une fille est venue vendre des livres du CDS,
elle a même eu le culot de s’amener avec un badge ;, on l’a tout de suite vidée. Les mecs du C.D.S. sont surtout dans les bureaux ; les ouvriers les plus à droite sont du P.S.

B - Que pensais-tu que les G.D.U.P’S devaient être ?

A - Les GDUP’S doivent être l’expression des inté­rêts des travailleurs. Ils devraient pouvoir regrou­per le plus grand nombre de personnes ; notre force dépendra du nombre. Il est possible qu’après le congrès, encore plus de gens s’y intéressent. (12)

B - Il me semble que les GDUP’S ne pourront chan­ger que s’ils deviennent des organisations de base à activités indépendantes, que s’ils restent autono­mes par rapport aux projets et tactiques des or­ganisations existantes.

A - Il se pose ici une autre question sur le partidarisme ; des groupes politiques comme l’UDP ou le PRP cherchent à avoir le monopole des GDUP’S et se présentent comme en étant les propriétaires. Il faut combattre cette attitude, il faut qu’on en discute ; c’est d’ailleurs ce que je fais à longueur de journée - pour qu’ils compren­nent que les GDUP’S doivent être indépendants.

C - Ces mecs-là veulent en être les grands chefs. Mais notre action doit être de combattre ces ten­dances naissantes. Il faut arriver à éloigner ceux qui s’y raccrochent absolument.

A - Dernièrement, il y a eu beaucoup de divergen­ces entre UDP et PRP sur cette question. Leurs journaux en font beaucoup état. Ce qui permet au journal du PD "O Diario" de dire : "Vous voyez ce qu’on vous avait dit : les GDUP’S ne sont rien, ça se terminera dans une lutte entre groupes gauchistes : ça ne peut mener à rien".

SOLIDARITE INTERNATIONALE

B - Si on regarde les chantiers navals français, il y a beaucoup de problème s. Exemple : à Saint-Nazaire où on licencie. Avez-vous des informa­tions sur les chantiers européens ? Ne pensez-vous pas qu’il est important de faire le lien ?

A - Nous n’avons aucun contact ! Ça serait très important. Mais, regarde, rien qu’au niveau natio­nal, on n’en a déjà pas ! Dans nos chantiers, on fait les boulots que les Français et les Espagnols refusent de faire : ex. le nettoyage des transpor­teurs de naphta.

B - C’est parce que les travailleurs de ces pays ont la capacité d’exiger un salaire plus élevé pour faire ce genre de travail. Les capitalistes préfèrent alors venir ici.

A - Oui, mais ça commence à changer aussi chez nous ; on commence par refuser ces travaux. C’est pour ça qu’il serait important d’avoir des contacts avec les chantiers européens.

B - Mais jamais personne n’a posé ce problème à la C:T : pendant les A.G. ?

A - Tu as raison ; il a été posé de nombreuses fois. Ils nous répondent toujours qu’on a effectivement besoin de contacts mais on ne voit jamais où ça en est. On a déjà des contacts mais toujours par l’in­termédiaire de l’administration. La C.T. fait trop confiance à l’administration. Ce qu’il faudrait, c’est des contacts directs avec les autres chantiers, mais peut - être n’ont - ils pas le fric pour aller en France ou en Angleterre.

B - S’ils avaient voulu, ils auraient pu le faire.

A - Oui, c’est vrai mais il est vrai aussi qu’il faut du fric. Ça n’est pas l’administration qui va en don­ner, ça ne l’intéresse pas. Des gens qui travaillent en Suède ont visité le chantier mais rien de concret n’a été fait. Tout passe par les directions.

LES FEMMES

B - Y-a-t-il eu des changements dans les condi­tions de travail des femmes à la LISNAVE ?

Réponse de la femme de A - Avant, on ne pou­vait pas être syndiquées. Maintenant, oui. Avant, on payait pour le syndicat, mais sans être syndiquées. Nous avons lutté avec les ouvriers mais ils pensaient qu.on ne devait pas être payées autant qu’eux (13).

B - Alors, les ouvriers si révolutionnaires de la LISNAVE avaient cette position-là : ils trou­vaient que les femmes devaient gagner moins que les hommes ?

A - Réponse de la femme de A - Mais maintenant, on a presque atteint le niveau de salaire des hommes ….



Fin Août 1976

COVA de PIEDADE (ALMADA)



Notes

(1). Fort d’ALMADA : caserne située dans la ville d’ALMADA, juste en face de LISBONNE en traversant le fleuve "Tage". PARISSON : vieux chantier naval situé à côté de la LISNAVE. L’implantation du PCP y est traditionnel­lement très forte depuis la guerre. Croquis a) Parisson b) Lisnave c) Base navale d) Fort d'Almada.

(2) PARISSON vieux chantier naval situé à coté de la LISNAVE. L'implantation du PCP y est traditionellement très forte depuis la guerre (voir son emplacement sur la carte).

(3). P.R.P. - Parti Révolutionnaire du Prolétariat, groupe léniniste putschiste, auteur d’attentats avant le 25 avril, proche de Révolution ! en France, et très lié à OTELO et au COPCON. Avant le 25 novembre, le P.R.P. se dé­clarait prêt à résister militairement à un coup de la droite. Son bras armé, les Brigades Révolutionnaires, étant prê­tes à "encadrer et armer le prolétariat" ! Tout cela s’est révélé être du bluff !
Pour une critique plus détaillée de ces pratiques, voir la brochure "L’expérience portugaise. La concep­tion putschiste de la Révolution Sociale" - Spartacus, Paris, Mai 76.

(4) PIDE : Police d’information et de Défense de l’Etat, police politique de l’époque fasciste.

(5) SETENAVE : chantier naval de SETUBAL (au sud de Lisbonne). Plus récent que celui de la LISNAVE, em­ploie environ 4.000 ouvriers. L’implantation des grou­pes gauchistes parmi les travailleurs y est forte, celle du P.C.P. s’y est re-développée après le 25 novembre 75 et c’est lui qui contrôle actuellement la C.T.

(6). On sait que pour les deux groupes maos orthodoxes, le MRPP et l’AOC (Alliance Ouvrière Paysanne), le putsch du 25 novembre a été l’oeuvre des "social-fas­cistes" ! Si on peut encore discuter sur le rôle et les pro­jets putschistes du P.C.P. dans le déclenchement des évé­nements, surtout dans la "révolte des paras", présenter le 25 novembre comme un coup monté par le KGB (po­lice secrète soviétique) est une simplification grossière ! Sans entrer dans l’analyse de l’évolution droitière du maoïsme portugais (ne serait-ce pas plutôt une évolution du mouvement maoïste en général ?) il faut néanmoins souligner que leur action se réduit à une pratique anti-parti communiste. Quant à la stratégie de ces grou­pes, après s’être appuyés sur une alliance avec la social- démocratie, ils en viennent aujourd’hui à s’allier ouvertement à la droite bourgeoise. Le MRPP a appuyé la cam­pagne "patriotique" du général EANES alors que l’AOC saluait le retour de SPINOLA !

(7)  Pour les élections dans chaque atelier la C.T. fait circuler une liste sur laquelle se sont inscrits tous les ouvriers candidats aux fonctions de délégués. Parallè­lement le Parti Communiste établissait pour chaque atelier sa liste, "la liste noire" des noms des ouvriers ayant sa confiance et pour lesquels il était bon de voter.

(8).U.D.P. : Union Démocratique Populaire, groupe mao. L’U.D.P. est l’organisation frontiste du P.C.-P.R. (re­construit !) avec une direction très staliniste, ce groupe a une réelle implantation ouvrière. On trouve à sa base des ouvriers très combattifs et décidés et généralement pas trop empreints de sectarisme.

(9). Gazeta da semana : journal hebdomadaire sorti de la décomposition d’une partie du mouvement mao et lié à des politiciens à la gauche du P.C.P., ayant eu des responsabilités dans l’appareil d’Etat jusqu’à la chute du gouvernement Gonçalves. Ce journal est très lié au mouvement des GDUP’S, desquels il cherche à être l’or­gane coordinateur , et a appuyé la candidature OTELO. Malgré son électoralisme, son nationalisme, son confusionisme, on y trouve des textes assez intéressants et des discussions qui expriment l’état contradictoire du mou­vement gauchiste portugais après le 25 novembre.

(10). G.D.U.P.’S : groupes dynamisateurs de l’Union Po­pulaire lancés pour appuyer la campagne électoraliste de OTÈLO et dont la survie est liée è un projet de cré­ation d’un mouvement d’Unité Populaire. Créés sur une base purement électoraliste, les GDUP’S ont une exis­tence réelle et ont survécu aux élections parce qu’ils correspondaient aussi à un besoin des secteurs gauchistes du mouvement social en milieu ouvrier : à savoir l’expres­sion du ras le bol des pratiques des organisations parti- daires et un désir de développer des actions è la base et indépendantes des stratégies des partis. Actuellement, les GDUP’S se retrouvent face à des problèmes fonda­mentaux pour leur survie. D’un côté, ils sont colonisés par les groupes gauchistes dont l’UDP en particulier, qui essaient d’y prendre le pouvoir en en prenant la direction politique. D’un autre coté, la direction politique actuelle constituée par des bureaucrates de la gauche indépendante essaient d’utiliser le sentiment "anti-parti" pour garder le pouvoir. Bien que ces deux tendances tentent de ré­duire la crise des GDUP’S à l’absence de direction poli­tique, le vrai problème semble être celui de la décompo­sition du mouvement à la base, divisée par les luttes inter-­organisations, base écrasée et impuissante devant la faible réaction ouvrière à la répression capitaliste. La faiblesse des GDUP’S réside dans l’absence de perspectives réelles, leur force dans le fait qu’il n’y ait pas encore de bureau­cratie. Malgré tout de nombreux GDUP’S et, en parti­culier ceux des régions industrielles de Lisbonne et Setubal regroupent des travailleurs révolutionnaires ayant une réelle capacité d’initiative.

(11) EFACEC : entreprise de constructions électriques appartenant au groupe Westinghouse. Un fort mouvement d’agitation gauchiste s’y est développé depuis le 25 avril. Ce mouvement s’est décomposé progressivement à cause de l’existence de luttes inter-groupes politiques qui se sont surtout manifestés au sein de la Commission des Travailleurs. L’EFACEC travaille pour la LISNAVE comme sous-traitant.

(12). Après la constitution du gouvernement SOARES, une des premières mesures répressives de l’Etat a été d’ex­pulser les travailleurs qui occupaient des maisons antérieurement vides. On sait que ce mouvement avait pris un assez grand essor dans les régions urbaines pendant l’année 1975. Ces expulsions ont commencé à se faire pratiquement sans opposition, les Comités de Quartier étant actuellement en décomposition. Le P.C., de son côté, a toujours été opposé,par principe, à ces actions illégales d’occupations ! Seules les GDUP’S de la région de Lisbonne ont organisé début septembre une mani­festation contre les expulsions. La participation des oc­cupants eux-mêmes y a été très faible. On a là un exem­ple concret de la faiblesse actuelle du "mouvement" "populaire" qui ne peut pas s’expliquer par l’absence d’une "direction politique". On voit aussi que le désir exprimé par le camarade de la LISNAVE que les GDUP’s aient un rôle de réponse à la répression, a du mal à se concrétiser dans une phase de démobilisation des tra­vailleurs ; on peut aussi rapprocher cela des faibles réactions des salariés agricoles eux-mêmes à leur expulsion par la police des terres qu’ils avaient "illégalement" oc­cupées.

(13). Le Congrès des GDUP’S doit élire justement cette fameuse direction politique si attendue ! A cause des conflits opposant l’UDP è la tendance gauchiste indé­pendante, ce congrès a déjà été reporté une première fois….

(14). A la LISNAVE,les femmes travaillent dans les bu­reaux et surtout dans les services sociaux (cantine, crè­che, etc..) La femme interviewée travaille actuellement à la crèche du chantier.



terça-feira, 18 de fevereiro de 2014

PORTUGAL : Quels conseils ouvriers ?

PORTUGAL : Quels conseils ouvriers ?


(Editorial du journal portugais «Combate» N° 27 du 17 au 31 juillet 1975)


Le mouvement ouvrier avant et après le 25 avril

Jusqu'au 25 avril, on peut affirmer catégo­riquement que les classes laborieuses au Por­tugal eurent peu de possibilités, dans les luttes qu'elles engagèrent contre le capita­lisme (pendant toute la période fasciste), de connaître et d'affronter les structures de type parti ou syndicat qui s'intitulent représen­tants et défenseurs de la classe ouvrière.
Cet aspect est assez significatif, dans la me­sure où il aide à comprendre la cause de l'es­sor de grèves radicales et autonomes que la classe ouvrière déchaîna après le 25 avril. Ce fut justement parce qu'il n'y avait pas de structures organisatrices de type partis et syn­dicats qui canalisent les luttes ouvrières pour la «stabilité de l'économie nationale», comme c'est le cas le plus flagrant de l'action de l'intersyndicale et du P.C.P. après le 25 avril, que la radicalisation de l'action auto­nome des travailleurs put atteindre des pro­portions jamais imaginées.
L'irruption des revendications, qui es­sayaient de réduire avant tout la situation de misère dans laquelle se trouvaient les travail­leurs portugais, dépassa très vite ce stade re­vendicatif pour se transformer en une atta­que frontale contre les structures de base du capitalisme.
Aux objectifs d'apparence révolution­naire , comme la lutte des travailleurs pour la diminution de l'éventail des salaires, s'ajou­tèrent des formes d'organisation directe et dé­mocratique : les Assemblées générales de tra­vailleurs.
Comme il importait surtout à l'intersyndicale et au P.C.P. de canaliser ce mouvement vers des objectifs réformistes, la rupture surgit. Ainsi naquit un mouvement autonome et spontané, qui était en même temps l'expression d'une nécessité révolution­naire contre l'exploitation capitaliste et si­multanément contre les organisations qui em­pêchaient ces objectifs.
Les Assemblées générales représentèrent un pas assez important vers l'émancipation des travailleurs car elles étaient l'émanation directe des nécessités de tous les travailleurs.
Les Commissions de travailleurs, élues dans les luttes, reflètent l'apparition du noyau le plus radical d'ouvriers. Alors que les travailleurs élus pour les Commissions de travailleurs étaient l'expression des nécessi­tés des luttes sur les lieux de travail, un autre mouvement s'étendit et se radicalisa, don­nant naissance aux Commissions inter-entre-prises.

Les Commissions inter-entreprises

Par les perspectives qu'il englobait, ce mou­vement aux bases profondément anticapita­listes, sentit la nécessité de s'étendre. La grève de la TAP fut l'apogée de cette nécessité. Quand l'occupation militaire de la TAP eut lieu. les ouvriers en grève sentirent que leurs nécessités révolutionnaires devaient s'étendre et être résolues par la classe ouvrière toute en­tière. Comme à la TAP, la plupart des grèves qui se déroulaient : Lisnave, Efacec, Timex, CTT, Sogantal représentaient une nécessité révolutionnaire qui ne pouvait se limiter à la défense de l'économie nationale. Le cadre de la lutte dut passer d'une unité de production à un ensemble d'unités de production. Les Com­missions inter-entreprises, à leur naissance, correspondaient effectivement à ces aspira­tions. Mais à partir du moment où plusieurs groupes gauchistes s'y infiltrèrent, surgirent les manipulations, pratique courante de ces organisations, et ce fut le début de la défaite des Commissions inter-entreprises. De plus, la retombée des luttes dans ces entreprises, sans objectifs concrets d'union entre elles,et la démobilisation de la base facilitèrent l'action de contrôle de ces organisations.
Les camarades des Commissions de tra­vailleurs qui dans les luttes d'usine étaient l'expression radicale de la situation du mouvement ouvrier, commencèrent à être dans celles des inter-entreprises les mandataires et les recruteurs des nécessités des partis gau­chistes auxquels ils appartenaient.

Apartidaire (néologisme): «sans-parti».
P.C.P. = Parti Communiste Portu­gais.
PRP—BR = Parti Révolution­naire du Prolétariat—Brigades Ré­volutionnaires
U DP = Union Démocratique Populaire.
MRPP = Mouvement pour la Ré­organisation du Parti du Proléta­riat.

Leur action de militants révolutionnaires, à partir de ce moment se mit au service des chapelles qui les dirigeaient, et fut contraire aux intérêts des masses laborieuses, se bu­reaucratisant et s'en éloignant chaque fois da­vantage, soit en se plaçant complètement au service des idéologies «partidaires» aux­quelles ils appartenaient, soit en se transfor­mant, ce qui est encore plus grave, en nou­veaux patrons, à travers les Commissions de travailleurs qui gèrent actuellement presque toutes les usines dites en autogestion.
Les options «partidaires» dans l'inter-en­treprises commencèrent à être sa vie fonda­mentale. Parce qu'elles ne reflétaient en rien les intérêts des travailleurs, une situation de frustration et d'impasse commença à naître.
Le PRP se rend compte de cette situation et essaye de l'exploiter en sa faveur, avec la création des Conseils révolutionnaires des travailleurs, soldats et marins (CRTSM).


L'impasse de la lutte de classe ouvrière et le sens de l'apparition des CRTSM.

La frustration créée par les luttes «partidaires» entraîna une grande partie des masses laborieuses vers un certain marasme. Marasme qui ne se reflète pas seulement dans le refus d'adhésion à tel ou tel parti; la classe ouvrière comprend que le «socialisme à la portugaise» n'invoque que des sacrifices.
Le capitalisme portugais ne peut sortir de la crise qu'il traverse actuellement que si les travailleurs sont prêts à payer de leur sueur la reconversion de l'économie nationale. En termes idéologiques populistes, le MFA et ses acolytes appellent cela la bataille de la production.
Le MFA, tous les partis et syndicats non seulement s'introduisent dans les Commis­sions de travailleurs et de locataires, pour es­sayer de récupérer toute l'énergie spontanée qui était à la base de leur création, mais ils sont également d'accord avec l'apparition de structures radicales, pour plus tard aussi essayer de les récupérer. L'exemple des CRTSM est assez significatif de ce que peut être la manipulation par un parti ou par un secteur considéré comme progressiste dans le MFA.
Ce ne fut pas un hasard si le PRP et le secteur «progressiste du MFA» durent activer la structuration des CRTSM, comme tremplin pour une manipulation future.
D'ailleurs le PRP, en tant que parti, ne peut vivre sans recruter des ouvriers dans le but de conquérir l'appareil d'État pour deve­nir par la suite les nouveaux dirigeants et ex­ploiteurs — de là nais la nécessité de créer les CRTSM, comme structure parallèle pour at­teindre ces objectifs.
Le secteur «progressiste» du MFA se sert de ces mêmes conseils, car il pense qu'ils peu­vent représenter la stimulation productive de la force de travail, dans le but de sortir de la crise actuelle que le capitalisme traverse.
Et pourquoi cela ? Parce que ce secteur du MFA a compris que l'intersyndicale et les partis existants n'ont plus la force suffisante pour mobiliser les masses laborieuses pour la bataille de la production, c'est pourquoi ils se servent de ces nouvelles formes d'organisa­tions capables d'une représentativité plus grande et d'un impact sur les travailleurs. Mais les CRTSM ont-ils actuellement un im­pact sur la classe ouvrière ?

L'impasse des luttes autonomes et l'alternative révolutionnaire

Face aux forces en présence dans la lutte de classe actuelle au Portugal, les travail­leurs doivent choisir la voie la plus identique à leurs intérêts révolutionnaires.
C'est que les travailleurs ont déjà compris qu'au fond, les partis et les syndicats ne cana­lisent les luttes qu'en fonction de leurs que­relles «partidaires» et manipulent les intérêts autonomes de la classe ouvrière.
Les manifestations du 17 juin et du 6 juil­let sont des exemples significatifs. La mani­festation du 17 juin fut entièrement orches­trée par le PRP, alors que les deux autres qui eurent lieu le 4 juillet, l'une appelée par la Si­dérurgie, orchestrée par l'UDP,et l'autre, ap­pelée par la TAP, TLP Métro, etc., par le MRPP. Leurs objectifs étaient les mêmes : mobiliser les travailleurs au nom d'objectifs dits «apartidaires» pour pouvoir développer leurs intérêts «partidaires». Ce qu'il faut sou­ligner, c'est que ces partis ont déjà besoin du titre «d'apartidarisme» pour mobiliser les tra­vailleurs. Ils les mobilisent effectivement, mais c'est pour s'accroître en tant que par­tis !

Le PRP se démarque par la subtilité des formes organisatrices qu'il a créées. Il n'appela pas qu'à des manifestations dites « apartidaires » mais il commença par créer une structure dite « apartidaire » - les CRTSM. C'est sous ce nom qu'il développa par la suite sa pratique politique.
Les CRTSM ne sont pas des organisme nés directement des nécessités senties dans la pratique par les travailleurs en lutte. Mais ils apparaissent au moment ou les travailleurs commencent à sentir le besoin de créer de nouvelles formes d'organisation, qui dépassent les structures syndicales et « partidaires » et qui se joignent aux différentes luttes de manières plus significative. C'est dans cette période non seulement d'impasse du développement des luttes autonomes des travailleurs, et de saturation de l'action des partis, mais aussi, quand les formes d'organisations auto­nomes, qui développent l'union entre les dif­férentes luttes, ne sont pas encore trouvées par les travailleurs, qu'apparaît une marge pour des interventions opportunistes. La né­cessité des travailleurs de s'organiser de fa­çon autonome, sans être manipulés par des bureaucraties «partidaires» ou syndicales, subsiste.

Les Assemblées générales de base dans les usines, les quartiers, les hôpitaux, les champs, soit à un niveau local, soit régional ou national, ont besoin de s'étendre et de dé­velopper ce qu'au début les Commissions in­ter-entreprises présentèrent comme l'émancipation de tous les travailleurs. Elles devront être élues démocratiquement et révocables à tout instant, ayant comme fonction la réalisa­tion pratique de ces nécessités actuelles, et comme but futur la destruction de l'appareil d'Etat.

Les travailleurs devront lutter contre tout et contre tous ceux qui personnifient la per­pétuation de cette société. C'est tout un monde d'exploitation à abattre qui com­mence dans les usines, les hôpitaux, les trans­ports, le commerce et finit par l'Etat. C'est pour cela que les travailleurs ne peuvent compter que sur leurs propres forces sans dé­léguer la réalisation de leurs intérêts révolu­tionnaires aux différents dieux de la place portugaise.

Texte paru dans la revue Spartacus Socialisme et liberté N°64 - Novembre-Décembre 1975