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sábado, 21 de março de 2015

DE L'INCERTITUDE A LA FIN DES ILLUSIONS

DE L'INCERTITUDE
A LA FIN DES ILLUSIONS
Notes et documents sur la situation par deux camarades
revenant du PORTUGAL



PRP — Parti Révolutionnaire du Prolétariat MRPP — groupe maoïste 
UDP — Union Démocratique Populaire, front d'or­ganisations marxiste-léniniste, moins orthodoxe que le MRPP 
FUR — Front Uni Révolutionnaire 
SUV — Soldats Unis Vaincront, Front uni de sol­dats. clandestin 
CRTMS — Conseils révolutionnaires de travail­leurs, soldats et marins.


Le Portugal attire actuellement l'attention des spécialistes de la théorie politique. Il y a ceux qui y voient une épreuve pour l'Union de la Gauche, ceux qui y voient la nécessité des Conseils Ouvriers, l'instauration du Contrôle Ouvrier ; d'autres encore n'en finissent pas de s'étonner de ces jeunes officiers, beaux et de gauche... après tout l'Armée peut, peut-être, être différente ; ceux qui reconnaissent l'Ar­mée populaire en formation, instaurant le so­cialisme pour le peuple ; et, pourquoi pas, même ceux qui y trouvent un mouvement autogestionnaire puissant, et même, paraît-il : des casernes en autogestion !

Derrière ce scénario, que se passe-t-il dans cette société, dans les usines, les bureaux, les campagnes, dans les réunions syndicales et des Commissions de Travailleurs ? Comment les Assemblées Générales' sont manipulées par l'officier du COPCON ou par le cadre po­litique, comment fonctionnent, ou ne fonc­tionnent plus, les organisations de base, déchi­rées entre les magouilles des partis et la démo­bilisation de la masse ? Que fait-on dans les quartiers et bidonvilles investis par la misère et le chômage, dans les campagnes où les conditions de vie ont empiré depuis un an chez les petits paysans? Que pensent les mili­tants syndicaux abattus et désespérés après tant de manipulations et d'affrontements par­fois physiques? Qu'elle est l'ambiance dans les grandes usines avec traditions de lutte où les groupes s'affrontent par le biais de ceux qui étaient les meilleurs militants, devant l'é-coeurement de la masse, dans les usines en «autogestion» et dans les coopératives aban­données de tous, dans l'attente d'un crédit mi­raculeux qui leur permettra de survivre en­core quelques mois? 

Que se passe-t-il chez les salariés agricoles qui occupent les propriétés ; avec leurs diffi­cultés, le manque de crédits, enfin réduits à vendre leur bétail pour payer encore un mois de salaire? Et quelle attitude, quelle réaction dans cette masse énorme de travailleurs qui découvrent enfin que le «MFA garant de la ré­volution» n'existe plus, que «le secteur pro­gressiste du MFA» n'est rien, et que, après tant avoir cru aux promesses des autres il va falloir maintenant, qu'eux, payent la facture ! 

Le Portugal représente sans doute une ex­périence importante dans l'histoire des mou­vements sociaux modernes. Un puissant et riche mouvement organisationnel s'y est déve­loppé, avec des hauts et des bas, mais dont les conséquences sont immenses pour les travaileurs portugais et pour l'ensemble du mouve­ment radical moderne. Le moment actuel est plutôt celui du bilan, les luttes ouvrières sont au plus bas, les affrontements entre travail­leurs se font jour dans une situation économi­que critique. Plus que des exagérations opti­mistes qui cachent les difficultés et les limites pour exalter «l'oasis révolutionnaire», c'est une description critique de ce mouvement or­ganisationnel, de ses limites nationales, de ses formes diverses, de ses erreurs, qui intéresse le mouvement ouvrier. Les éléments existent, la volonté aussi, seulement le temps et l'énergie nous limitent dans la réalisation d'une telle tâche. Le texte, les notes et les documents ci-joints ne sont pas une réponse à toutes ces questions, ils se veulent de simples éléments de discussion qui permettront, plus tard, l'éla­boration d'un texte analytique et plus cohé­rent.


Le mouvement social au Portugal après le 25 avril 1974 peut, grosso modo, se diviser en quatre périodes.

Une première, d'avril à décembre 1974, ca­ractérisée par la colonisation de l'ancien appa­reil d'Etat par les forces réformistes, surtout celles du PC, par le déclenchement d'un puis­sant mouvement généralisé de luttes, tendant à changer la répartition du produit social. Jus­qu'à février/ mars 1975, le MFA reste une force où se pèse le compromis entre la droite Spinoliste et ceux qui deviendront par la suite le noyau du MFA-Force politique domi­nante. Pour une analyse développée de cette période et surtout de ce mouvement ouvrier, dont les formes organisationnelles nouvelles sont les Commissions de Travailleurs, on peut se référer au livre PORTUGAL-L'AU­TRE COMBAT, (Collectif, Spartacus, 1975).

De mars à juin/juillet 1975 la société portu­gaise vit une deuxième période, pendant la­quelle commencent déjà à se manifester tous les signes de la crise qui éclatera plus tard. ll y a, tout d'abord, cette colonisation par le PCP de l'appareil administratif, étatique et de l'in­formation. Cette stratégie du PCP déclenche une réaction de la bourgeoisie nationale et in­ternationale, les affrontements entre partis se font jour dans la vie politique aussi bien que sur les lieux de travail. L'abandon et l'attente de la bourgeoisie créent des situations où les travailleurs sont obligés d'occuper et souvent de prendre en charge les usines. Les expé­riences «d'autogestion» se développent alors et très vite on apercevra leurs limites et leurs faiblesses... on y reviendra. Dans les grands secteurs industriels et les services, où l'Etat peut attendre une rentabilisation, des nationa­lisations sont faites. Mais la faiblesse de l'ap­pareil d'Etat devant les affrontements «parti-daires» et un mouvement de base encore fort empêchent toute politique et, surtout, une po­litique économique ! L'effrondrement écono­mique se poursuit, sur le vide laissé par le dérè­glement des anciens mécanismes économi­ques. Peu à peu, chez les travailleurs, commencent à apparaître des attitudes «anti-partidaires». Au PC c'est la période la plus forte, et la phase la plus anti-gauchiste. 

Avec l'échec des tentatives du PCP au sein de l'appareil militaire, s'ouvre la troisième pé­riode, août 1975. S'ajoutant aux réactions anti-PC qui se manifestent dans la bureaucra­tie militaire, le PCP subit alors la réaction po­pulaire dans les régions rurales de petite pro­priété, l'attaque des sièges et militants, au nord du Tage, à Madère et aux Açores. Cette vague, bien qu'utilisée par la droite, la social-démocratie et l'appareil éclésiastique, n'en n'est pas moins le résultat de la dégradation des conditions de vie des populations de ces ré­gions, dont ils rendent responsables ceux qu'ils assimilent au nouveau pouvoir: les communistes. Ce désenchantement vis-à-vis du PCP se manifeste aussi dans les régions ur­baines où leur implantation est en baisse, où les secteurs ouvriers les plus radicaux échap­pent à leur domination, où les forces politi­ques à gauche du PC grandissent. 

Avant de faire revivre les événements quoti­diens de la dernière période, celle qui à partir de septembre voit l'émergence d'une alterna­tive social-démocrate dans l'armée et au ni­veau de la société, il importe de rappeler briè­vement les événements du mois d'août.


AOUT 1975, Le Temps des Incer­titudes !

Fin juillet la situation est tendue dans le ré­giment des Commandos, près de Lisbonne. Des officiers, des fascistes, sont explusés de l'unité par un groupe de soldats et d'officiers. Ils seront remis en fonction quelques jours plus tard par Othelo. Apparente manoeuvre du PCP pour prendre le contrôle de cette unité d'élite, spécialisée dans les massacres de la guerre coloniale, fer de lance de l'actuel pouvoir militaire. Tout cela annonce de sé­rieux changements dans l'équilibre du MFA... Le 2 et le 3, au 2e Congrès des Conseils Révolutionnaires (CRTMS), ce qui était un doute devient une certitude ! (I) Ces organisations sont créées de toute pièce par le PRP-BR, sans correspondre à aucune implan­tation réelle. Comme dira le MRPP: «les CRT veulent être les organisations de base du COPCON !». On sait l'influence dont jouit le PRP chez quelques officiers du COPCON. C'est d'ailleurs ce projet des CRT qui est re­pris dans le document du COPCON, publié le 13, en réponse au document .des Neuf», an­noncé le 8. Rédigé par des officiers proches du PRP-BR et de l'UDP, il défend «l'indépen­dance Nationale» (?) et critique la pratique passée du PCP, responsable de la situation ac­tuelle. (2) Ce même PCP dont l'implantation dans la société est fortement mise en question par les révoltes des populations. Dans le nord des sièges sont brûlés jour après jour, le Parti y est pratiquement obligé de passer à la clan­destinité, malgré ses appels aux «droits démo­cratiques» et aux Forces Armées, dont la pas­sivité va souvent jusqu'à la participation aux attaques ! Encore un nouveau signe des chan­gements qui vont se produire au sein du MFA... Aux Açores, où règne toujours la droite traditionnelle et le pouvoir de la bour­geoisie foncière, ce sont les officiers eux-mêmes qui font embarquer vers le continent, le 18, les militants du PCP. L'alliance Peuple-MFA commence à lui coûter cher !

Devant tout cela le PC change sa tactique, abandonne son anti-gauchisme ! Le 16, des contacts sont pris avec le PRP-BR, «pour dis­cuter de la situation politique». Le recul du PCP se confirme en milieu ouvrier, fruit de ses tactiques passées et du rôle repressif qu'il y a joué depuis avril 1974. Le 19, l'Intersyndi­cale, d'obédience communiste, appelle à la grève nationale, «protestant contre la vio­lence fasciste et réclamant une autorité démo­cratique et révolutionnaire.» C'est le bide ! Dénoncée par toutes les forces à gauche du PC, par les Commissions de Travailleurs les plus combatives, la grève est très peu suivie. Comme il l'avait déjà fait à Porto, le PCP de­mande, pour la première fois à Lisbonne, à ses militants de joindre la manifestation d'ap­pui au document du COPCON, le 20. Ce do­cument devient ainsi la base d'un front entre le PCP et les groupes gauchistes. Seuls les maos de l'UDP sont gênés. Comme l'exprime le journal Republica, ce texte aurait dû consti­tuer «un appui sans équivoque à l'aile révolu­tionnaire du MFA, (...) dénonçant comme fausse alternative «les Neuf» et Gonçalves (tendance PCP)». Les tensions se font vives au sein de l'Armée. Le groupe «des Neuf» sou­ligne la nécessité de refuser l'assimilation en­tre les Forces Armées, le MFA et le PCP. Ils ont l'appui des régions militaires du Centre, du Sud et du Nord. De chaque côté on com­mence à compter ses fusils !

...Les rapports de force entre militaires rem­placent les beaux rêves de révolution sociale. Le 25, pour la première fois depuis mars 1975, des forces militaires sont envoyées contre un autre secteur militaire : la 5e division, suspen­due et ensuite occupée par les troupes des «commandos». Signe du manque de confiance dans les soldats de la région de Lis­bonne, c'est un régiment débarqué d'Angola qui réalise l'opération ! La 5e division jouait un rôle important dans les desseins du «sec­teur progressiste» du M FA. Aux mains des of­ficiers proches du PCP, la 5e division contrô­lait toute l'information et la propagande au sein de l'Armée, ainsi que les informations of­ficielles aux radio, TV et journaux. Elle était aussi responsable des campagnes paterna­listes de «Dynamisation Culturelle» et, tout dernièrement, elle s'occupait de la formation de cadres (officiers, sergents et soldats) du MFA, dans une perspective PC. Compte tenu dú recul du PC, la 5e division flirtait aussi, vers la fin, avec les forces gauchistes. Elle avait même ouvert à Lisbonne un bureau d'in­formation pour les gauchistes de passage au mois d'août, sorte de Syndicat d'Initiative du MFA, ou l'on pouvait écouter des officiers de gauche raconter l'histoire des luttes de classe au Portugal...

En effet, c'est aussi à l'initiative des offi­ciers de la 5e division suspendue, que, le 26, se constitue le FUR (Front uni Révolution­naire), groupant toutes les organisations gau­chistes non-maoïstes, le PCP, et le parti-frère en décadence, le MDP. Le 27 a lieu la pre­mière manifestation du FUR à Lisbonne. Les groupes de gauche, aveuglés par ce rêve enfin réalisé d'un front uni avec le PC, se mettent à la remorque de l'appareil du Parti et de ses mots d'ordre. Cette manif «apartidaire» (c'est la mode !) se termine avec des vivats à Gon-calves et devant le regard confus et écoeuré de beaucoup de militants présents. Des groupes gauchistes abandonnent la manif en cours de route... Ce n'est vraiment pas le succès !

La démobilisation et la frustation gagnent un nombre chaque fois plus grand de mili­tants ouvriers qui, lassés des magouilles PC-PS découvrent maintenant celles entre le PC et l'extrême gauche. L'absence de luttes dans la production, l'augmentation du chômage et l'inflation provoquent une passivité crois­sante des masses, l'écart s'élargit entre les Commissions de Travailleurs et les travail­leurs. C'est dans ce cadre que les divers groupes de gauche, et le PC lui-même, se lan­cent à la conquête de ces organisations, dont beaucoup sont maintenant vidées de tous re­présentativité et pouvoir. (3) Beaucoup de mi­litants ouvriers, des services et des employés sont ainsi recrutés par les groupes de gauche, surtout par les maoïstes. L'UDP et surtout le MRPP gagnent ainsi une réelle implantation dans les lieux de travail ce qui va avoir beau­coup d'importance par la suite, compte tenu de leur attitude vis-à-vis du nouveau rapport de forces politique, des nouvelles alliances. Les deux groupes maos importants, MRPP et UDP, restent extérieurs au Front Uni. Pri­sonniers de leurs thèses anti-révisionnistes ou anti-social-fascistes, ils se refusent à toute al­liance avec le PCP. Mais ici aussi la confusion règne ! Alors que l'UDP, qui avait appuyé le document du COPCON contre le PCP et «les Neuf», reste isolée une fois que le PCP a «adopté» ce même document, le MRPP, qui y voyait dès le début une manoeuvre social-fas­ciste, appuie, non en paroles mais de fait, le groupe «des Neufs>, où l'on peut trouver, pa­rait-il (!), «des officiers patriotes et démo­crates» prêts à servir le Parti et le Peuple»... Autant de subtilités tactiques qui ne peuvent que dérouter les travailleurs les plus décidés.



SEPTEMBRE 1975, La Fin des Illusions !


a) LES MILITAIRES CHANGENT DE CAP...

Le mois de septembre marque la fin du pou­voir du PCP au sein des Forces Armées, un changement d'attitude des officiers du MFA vis-à-vis du Parti. L'incapacité du PC à assu­mer la crise sociale, à lui donner des solutions viables, l'impossibilité d'y appliquer un mo­dèle capitaliste d'Etat sont de plus en plus évi­dentes. En même temps la crise économique et sociale s'approfondit : ce sont les difficultés de la réforme agraire, faiblement appliquée,' les nationalisations désordonnées, une infla­tion de 18 % par an, plus de 10 % de la population active au chômage, une baisse de 24% du P.N.B. C'est à cette lumière qu'il faut chercher à comprendre ce qui va se passer, dans les usines, les campagnes et chez les militaires. Peu à peu, quotidiennement, on va, pendant ce mois de septembre, sentir que l'instabilité débouche sur une nouvelle ligne politique au sein de la classe dirigeante, des militaires. Combien ridicules paraissent alors les prévisions de transformation du MFA en «mouvement de libération». Tout à coup le mouvement ouvrier, les organisations à gauche du PC vont se trouver sans perspec­tive politique, acculées à la défensive, pour avoir tant cru, et fait croire, au MFA !

Pour la plupart des membres du MFA, il ne fallait pas que l'échec du PC puisse paraî­tre leur propre échec, et, pour sauver leur peau et leurs galons, il fallait changer de cap, et d'idéologie... La crise du MFA va se pour­suivre à deux niveaux, d'un côté dans sa res­tructuration au sommet, d'un autre côté par une agitation grandissante chez les soldats, es­sentiellement dans les régions urbaines. C'est ainsi que, le le; des soldats refusent d'embar­quer pour l'Angola où la guerre se poursuit. Les cadres militaires sentent chaque fois da­vantage la nécessité de rétablir la discipline. Les 3 et 4 ont lieu les Assemblées de Délégués de l'Armée, de l'Aviation et de la Marine. De tout cela ressort l'éviction de Gonçalves, le projet de restructuration du Conseil de la Ré­volution donnant plus de poids à l'armée de terre, le tout signifiant le renforcement de la tendance modérée, autour du groupe «des Neuf» ; les «progressistes» montrant alors leur faiblesse et leur manque de contrôle sur l'appareil militaire. Fait significatif, le com­mandant de la région du centre amène ses pro­pres troupes pour protéger les lieux où se dé­roule l'Assemblée... Les grandes manoeuvres ne font que commencer !

En réponse à cette reprise en main de l'appa­reil militaire, les groupes politiques liés au FUR créent le SUV (Soldats Unis Vain­cront), dernière tentative d'organiser une op­position à la normalisation dans les casernes. Proposant la création d'organisations de base clandestines liées aux Commissions de Tra­vailleurs, le SUV pratique une stratégie défen­sive et reconnaît, pour la première fois, qu'il n'y a plus rien à attendre du MFA d'un point de vue révolutionnaire, et qu'il faut s'organi­ser sur la base des soldats. Il est peut-être un peu trop tard, car on voit mal comment on pourra, dans la clandestinité, pallier les fautes et erreurs du passé... Le SUV organise, le 10 une première manifestation à Porto et le 22 une autre à Lisbonne. La réaction de la bu­reaucratie militaire est vive, des soldats sont emprisonnés au Nord et à Lisbonne, suite à une distribution de tracts. A Lisbonne des sol­dats sont libérés après une contre manifesta­tion. Cependant le SUV semble avoir des diffi­cultés d'implantation. La normalisation se fait lentement mais sûrement : remplace­ment, le 12, du commandant militaire de la ré­gion nord, considéré comme progressiste, création d'une nouvelle unité de répression, tendant à remplacer le COPCON infiltré par la gauche, dissolution de régiments peu sûrs, isolement et limogeage des officiers progres­sistes. 11 est d'ailleurs significatif qu'un offi­cier du COPCON lié au PRP passe à la clan­destinité le 22, après avoir «dévié» plusieurs centaines de fusils afin «d'armer le peuple !»... c'est-à-dire sa propre organisation !

La reprise en main des soldats, surtout dans la région de Lisbonne, va être difficile l'agitation politique y étant très forte. Mais l'i­nitiative a sans doute changé de camp: aux protestations, manifs et communiqués du SUV s'oppose la détermination de l'appareil militaire, le MFA, décidé à aller de l'avant s'il le faut, manoeuvrant les unités que lui sont fi­dèles, celles des régions militaires de l'inté­rieur, les spécialistes de la guerre et des massa­cres.

b) IMPASSE ET FRUSTRATION CHEZ LES TRAVAILLEURS

Quelle est actuellement la situation réelle des organisations de base au Portugal, quelle sont leur implantation effective, leurs pou­voirs et leurs rapports avec la masse des tra­vailleurs? Dans quelle mesure ne sont-elles pas devenues, faute de lutte de masse, des lieux d'affrontement entre les groupes politi­ques ?

Les Commissions de Quartiers sont nées après le 25 avril dans tous les grands centres urbains. Au début, elles mobilisaient des masses importantes, surtout dans les quar­tiers pauvres, et elles cherchaient à répondre aux nécessités des habitants. Peu à peu elles se sont transformées en petites structures bu­reaucratiques, souvent avec des directions qui poursuivaient des buts «partidaires», si­non personnels. Voyons quelques exemples.

Le 4 septembre les habitants d'un quartier de Lisbonne, S. Joâo de Brito, se réunissent en assemblée générale et font démissionner la Commission du Quartier, laquelle était accu­sée d'occuper des maisons pour ses propres membres. Le même jour, dans une banlieue de Lisbonne, peuplée de plus de 15.000 habitants, les membres de la Commission du Quar­tier font une réunion dans laquelle ils consta­tent le manque de mobilisation. «Les Commis­sions de Travailleurs ne peuvent fonctionner que dans une liaison étroite avec la popula­tion. Ce n'est pas notre cas. Si nous avions eu besoin de mobiliser des personnes contre une quelconque action des forces contre-révolu­tionnaires, notre commission aurait eu beau­coup de difficulté à le faire. Il faut que les per­sonnes participent à la solution de leurs pro­pres problèmes et à la défense de la Révolu­tion. Actuellement notre commission regroupe 10 ou 15 personnes, qui travaillent d'une façon désorganisée.» Dans beaucoup de cas cette passivité s'explique par la perma­nence de l'idéologie bourgeoise du droit de propriété. Les gens refusent d'occuper «ce qui ne leur appartient pas» ! Ainsi les Commis­sions de Quartiers réduisent le plus souvent leurs actions à des activités de portée limitée (nettoyage, égouts, crèches, activités spor­tives, etc.) Elles restent très légalistes dans les actes, en collaboration étroite avec les autori­tés et la bureaucratie administrative. Avec l'accroissement du chômage et la peur qu'il provoque, les divisions entre les travailleurs augmentent et l'opposition aux occupations sauvages grandît, même en milieu ouvrier.

Le 12, des affrontements violents ont lieu entre des ouvriers du bâtiment et des habi­tants d'un bidonville de Lisbonne qui occu­paient un immeuble vide. Situation misérable puisque les habitants du bidonville, manipu­lés par la Commission de Quartier, se trou­vent face à des ouvriers que la peur du chô­mage pousse à défendre les intérêts de leur patron. C'est la première fois qu'un tel cas se pro­duit depuis le 25 avril ! Ce respect de la propriété privée est, du reste, un des éléments de la pensée bourgeoise qui domine la menta­lité de beaucoup de travailleurs portugais. A ce propos, dans le film Viva Portugal, qui passe actuellement sur les écrans français, on peut observer le poids d'une telle attitude dans la réaction de la population lors de l'oc­cupation d'une riche villa, destinée à fonction­ner comme crèche.

Pour les pieds-noirs qui reviennent d'An­gola, le problème se pose différemment. Privi­légiés par leur situation de colons, une fois re­tournés au Portugal, ils acceptent difficilement une situation de pauvreté. Pour eux, il ne s'agit pas de prendre «ce qui ne leur appartient pas», mais de reprendre ce qu'ils considèrent comme un droit. C'est ainsi que, le 5 septembre, ils occupent à Porto un quar­tier destiné aux gens des bidonvilles ! La fai­blesse de la Commission du Quartier, le man­que de mobilisation des habitants rendent im­possible toute opposition...

En ce qui concerne les Commissions des Travailleurs et les syndicats, le mois de sep­tembre montre, d'un côté, le déclin de l'in­fluence du PC en faveur des groupes de gauche maoïstes et du PS, et, d'un autre côté, le développement de leur bureaucratisation. Aujourd'hui, on peut dire que chaque groupe politique a ses propres Commissions des Tra­vailleurs, et que chaque syndicat dépend du groupe politique qui a gagné ses corps diri­geants. Cette lutte pour le pouvoir dans ces or­ganisations provoque un éloignement et une démobilisation des ouvriers. Regardons de près quelques exemples.

Pendant tout le mois de septembre, plu­sieurs directions syndicales pro-PC tombent aux mains de l'opposition. C'est le cas du syn­dicat des employés de bureau, des banques, des journalistes, des employés de commerce. Dans tous ces secteurs de la classe moyenne le PC perd au profit d'une union entre les maoïstes du MRPP et les forces social-démo­crates. Sans pouvoir ici développer cette ques­tion, il nous faut souligner ce fait important qui est l'alliance entre la social-démocratie et le gauchisme de racine maoïste. Elément nou­veau, très important dans l'évolution de la si­tuation portugaise, il pose pas mal de ques­tions aux stratégies traditionnelles du PC.

Ailleurs, les affrontements physiques entre travailleurs deviennent quotidiens. Là où le PC peut manipuler les assemblées, ce sont des épurations à gauche qui ont lieu. Au début du mois, un délégué syndical gauchiste d'une en­treprise de transport de Lisbonne (Eduardo Jorge) est licencié ! Devant la passivité de la masse. des travailleurs, seul le recours à l'auto­rité militaire permet sa réintégration. Plus grave encore : dans des usines de la région in­dustrielle du nord, près de Porto, les ouvriers se mobilisent pour exiger la réintégration des anciens patrons, qui se trouvent en prison, ac­cusés de collaboration avec le régime fasciste. C'est le cas chez MOLOFLEX, et chez M. GONCALVES. Chez FACAR, les manifes­tants s'attaquent à la Commission Syndicale, dont la pratique suit la ligne du PC, et finis­sent même par organiser un repas d'accueil au patron réintégré ! Ces événements montrent très bien les limites des expériences «autoges­tionnaires». Isolés, sans crédit, incapables de survivre matériellement, les travailleurs en viennent à se dire : «au moins, tant qu'il y avait des patrons, il y avait du travail !»

Dans les régions agricoles du sud, ALEN­TEJO, où les occupations de terres ont lieu, la fatigue et la division entre les travailleurs com­mencent aussi à apparaitre. Déjà, le 10, les grands latifundiaires peuvent manifester ouvertement à Evora, allant jusqu'à s'atta­quer aux syndicats des travailleurs agricoles. Plus tard, le 14, un événement très significatif a lieu dans cette même région. Des travail­leurs agricoles d'une propriété occupée (Cu-jancas) essaient de vendre du bétail dans une foire et se font tabasser par une meute consti­tuée par des commerçants, d'autres travail­leurs agricoles et le gros de la population. Ce qui est mis en évidence parce cas, ce sont les difficultés actuelles des fermes occupées. Les premiers mois, tant que le coffre d'Etat avait encore de l'argent, les travailleurs ont reçu leur salaire. Maintenant, à partir de juillet, plus de salaire, plus de crédit agricole. Les co­opératives survivent misérablement, en beau­coup de cas les travailleurs sont obligés de ven­dre leur bétail pour pouvoir se rétribuer. Ajoutons à cela que les manipulations du syn­dicat des travailleurs agricoles, d'orientation PC, ne font qu'augmenter l'agressivité des po­pulations environnantes envers les occupants des terres, qui, dans la plupart des cas, se trou­vent très isolés dans leurs actions. 


De la Révolution à la Répression


c) LA CRISE D'AUTORITE DE L'APPA­REIL D'ETAT LE SIXIEME GOUVERNE­MENT 

Quand le nouveau premier ministre est venu à la télévision annoncer le programme du gouvernement, celui-ci pouvait se résumer en trois phrases: rétablissement de l'ordre et de la discipline, respect de l'Etat et de la pro­priété, nécessité de travailler ! En effet la situa­tion est chaotique. Le chômage augmente cha­que jour ainsi que l'inflation, et les journaux annoncent que plusieurs émigrés illégaux se trouvent en danger de rapatriement à la fron­tière française. La crise d'autorité de l'appa­reil d'Etat est évidente. Lisbonne devient une plaque tournante de trafiquants de drogue et d'armes, les attaques de banques se succèdent chaque jour, la police est absente, et toute la petite bourgeoisie commence à s'affoler de­vant une telle absence d'autorité. Les pieds-noirs d'Angola sont déjà une centaine de mil­liers, on en attend encore le double, ce qui vient aggraver le chômage. Interviewés par les journaux, ils n'hésitent pas à affirmer : «Ou on nous donne du travail, ou alors c'est la mitraillettç». Devant une telle déchéance, l'alternative Sòcial-Démocrate est comme re­valorisée. (Pas la Social-Démocratie au sens parlementaire, mais au sens d'un compromis avec la bourgeoisie nationale et internatio­nale). Le PS a posé ses conditions au sixième gouvernement : reprise du contrôle sur l'infor­mation et sur les administrations locales, ren­forcement de l'ordre et de la discipline mili­taire, remise en fonctionnement des struc­tures policières et désarmement des milices populaires, qui ont été créées par le COP-CON en collaboration avec divers groupes gauchistes. C'est un tournant à droite en termes idéologiques, c'est aussi une répres­sion croissante dans la société, la tentative de remettre en marche une économie mori­bonde.

Pendant tout le mois de septembre on sen­tait, petit à petit. cette tendance s'affirmer. Face à cela. rextr*me gauche était impuis­sante. Manifestation après manifestation, meeting après meeting, de moins en moins de gens mobilisés, on ressort les slogans défen­sifs: «Il ne faut pas reculer d'un pas», «il faut organiser l'auto-défense», etc. Les Commis­sions de Travailleurs et de Quartiers, le SUV, ne sont plus que de petites minorités de mili­tants réunies par des liens bureaucratiques, de plus en plus séparées de la grande masse de travailleurs et de soldats, qui vivent une situa­tion de frustration et d'impasse, dans la crainte du chômage et de l'inflation, divisés par l'action «partidaire». 

«Republica» et «Radio Renascença», les deux seuls organes d'information indépen­dants de l'Etat et des forces politiques majori­taires, sont en difficulté. Le gouvernement fait taire le deuxième et refuse, fin septembre, l'aval à un crédit pour le premier, dont les ventes sont en baisse, boycottées par le PS et la droite. Il faut dire que, malgré quelques bons programmes et articles, une réelle ouver­ture aux informations de boîtes, «Républica» et «Renascença» suivent une ligne politique instable et confuse, sans perspectives, misant sur «le secteur progressiste du M FA» un jour, sur «le pouvoir de base» le jour suivant»... La ligne dominante y semble être celle de l'UDP. 

L'alternative révolutionnaire de la classe ouvrière ne pourra se développer dans ce ca­dre décomposé. Cette alternative révolution­naire ne peut renaître que des luttes auto­nomes dans les usines, dans les bureaux, dans les campagnes, où les objectifs et les formes d'organisations peuvent prendre une perspec­tive nouvelle. Les limites et l'impasse d'une perspective révolutionnaire aujourd'hui au Portugal ont leur origine dans l'incapacité à détruire l'échelle des salaires et la division du travail, dans l'incapacité que les travailleurs ont manifestée à distribuer sous forme équita­ble et élargie les produits créés dans les usines et dans les campagnes, en détruisant les méca­nismes du marché. Enfin dans l'incapacité de développer les formes d'organisation comme les Comités de Travailleurs et l'inter-entre­prise, tels qu'ils fonctionnaient au début, après les grandes luttes de la TAP, LIS-NAVE, TIMEX, CTT, SOGANTAL. 

C'est en partant de la compréhension de cette réalité que le mouvement ouvrier peut as­similer l'expérience portugaise. Les erreurs et les défaites sont également importantes, à condition qu'on en comprenne les raisons. Toute exaltation d'un pseudo-pouvoir popu­laire au Portugal, ignorant ces difficultés et cette séparation entre les masses et les organi­sations, ne peut qu'empêcher la compréhension de la vraie situation.


7 octobre 1975 J.M. et C.V.


I. Pour une critique des CRTMS. voir la brochure Portugal. la question de l'organisation révolutionnaire.. Escartin. B.P. N° 41, 12190 Meudon) Paris, juin 1975.

2 Pour une critique des documents du COPCON. voir texte en annexe.

3. Voir texte de «Combate» publié ci-joint. 




Texte publié dans la revue Spartacus 
Socialisme et liberté N°B-64-R1 - Novembre décembre 1975

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