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segunda-feira, 12 de maio de 2014

LA REVOLUTION PORTUGAISE par Alain GUILLERM

LA REVOLUTION PORTUGAISE 

Alain GUILLERM

Paru dans la revue Spartacus N°B 64-R1 - Novembre - Décembre 1975

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DE LA GUERRE COLONIALE A LA REVOLUTION


Pour pallier l'hémorragie de cadres, alors que trois guerres s'allumaient en Afrique, fut prise en 1964 la décision d'où de­vait sortir le M.F.A.: l'entrée à l'Académie Militaire fut déclarée gratuite et les études payées. Alors que les fils de bourgeois allè­rent à l'Université et vers les carrières civiles (et aussi vers l'Eglise dans un pays où les curés sont grassement payés), les fils de petits-bourgeois s'engouffraient dans la carrière des armes, seul moyen de promotion sociale. Les petits-bourgeois devenus officiers, souvent les plus intellectuels d'entre eux; parallèle­ment, les fils d'ouvriers et de paysans entrèrent dans le corps des sous-officiers (les sergents, comme on dit là-bas, comme aux U.S.A.), avenir préférable à l'émigration en France ou en Belgique. Cette armée, aux cadres entièrement renouvelés, plé­béiens, allait connaître la défaite : en Guinée. Dès 1968, des ma­quis, menés par Hamilcar Cabral, contrôlaient 80% du territoire. Tout, sauf quelques villes et des franges côtières. C'est chez les «Guinéens» que va naître la contestation de tous bords : Spinola comme Carvalho, y exerceront leur commandement, Tenir la mi­nuscule Guinée n'avait aucun intérêt ni économique, ni mili­taire. Caetano, comme Spinola, auraient bien aimé l'abandonner pour «mettre le paquet» en Angola et au Mozambique. Mais c'é­tait impossible. Une défaite en Guinée aurait entraîné une réac­tion en chaîne. C'est donc là que la situation va pourrir, pour le fascisme. Dès 1972, les troupes de Guinée songent à faire sécession d'avec la métropole et à créer, avec les nationalistes, une République Populaire. C'est qu'ils ont énormément appris de leurs adversaires. En faisant de la «pacification», ils ont vu ce qu'était le marxisme du P.A.I.G.C. (1), non pas le cauchemar moscovite, mais les écoles, les hôpitaux, les fermes auto-gérées, la libération des femmes, une organisation sociale beaucoup plus avancée dans les zones «rebelles» qu'au Portugal.

Ils ont d'abord tenté d'imiter le P.A.I.G.C. pour se gagner les populations. A force de l'imiter, ils ne voient plus tellement la différence entre eux et lui. Mais, entre temps, les choses se précipi­tent : en Angola et au Mozambique où, massivement, les offi­ciers glissent aussi à gauche. L'utopie d'une sécession avec la métropole n'est plus nécessaire; toute l'armée est devenue anti­fasciste. Face à cette situation, le patronat portugais, comme la C.I.A., veulent lâcher Caetano avant que les jeunes officiers pro­gressistes ne le renversent. Et aussi, lâcher la Guinée et le Mo­zambique, pays pauvres, pour garder l'Angola, pays riche où, face à une guérilla de gauche (M.P.L.A.) existe une guérilla fas­ciste, le F.L.N.A., soutenu par les U.S.A., le Zaïre de Mobutu, et... la Chine. L'homme de la C.I.A. et du grand capital est tout trou­vé : c'est Spinola, lié par son nom à l'aristocratie et par sa famille à la haute bourgeoisie, ancien de Belchite (côté Franco) et de Léningrad (côté Hitler), commandant de la G.N.R. (gendarmerie) à Lisbonne, lors des émeutes d'étudiants, durement matées de 1966. Mais, au demeurant, grand homme de guerre et beaucoup de panache, ce qui ne gâte rien pour un putsch militaire. L'adver­saire de Spinola, c'est le Major Otelo de Carvalho, fils d'un petit colon du Mozambique, décidé dès le début à déclencher une ré­volution socialiste. Avant le 25 avril, alors qu'une date est choi­sie pour le soulèvement, le régiment d'élite de Caldas Da Rainha marche sur Lisbonne, sur ordre secret de Spinola pour court-cir­cuiter le M.F.A., en entraînant toute l'armée. Carvalho a cepen­dant éventé le piège et dit à ses troupes de ne pas marcher. L'af­faire échoue. Spinola est limogé par Caetano et le M.F.A. fixe une nouvelle date, le 25 avril 1974.


LE PORTUGAL APRES LE 25 AVRIL 

L'affaire réussit sans un coup de feu (sauf contre la P.I.D.E., seul appui qui reste au régime) et un gouvernement de compro­mis s'installe, compromis entre l'extrême droite ayant lâché le fascisme (Spinola) et l'extrême gauche. Spinola est Président de la République mais Otelo est chef du Copcon qui regroupe toutes les unités d'élite de la métropole et a pouvoir de police. D'un cô­té, le pouvoir légal, de l'autre côté, le pouvoir réel. Le nouveau gouvernement reflète cette coalition contre nature; un Premier Ministre: Palma Carlos, vieux débris du fascisme, par ailleurs, les partis de gauche (Soares et Cunhal) et les libéraux du P.P.D. (l'équivalent des Giscardiens). Cette coalition allait vite éclater; devant la vague de grèves ouvrières, Palma Carlos démission­nait, de mèche avec Spinola, exigeant le retrait du P.C. et du P.S. du gouvernement. A la grande surprise de commentateurs, on vit alors que Spinola ne commandait rien du tout. Non seule­ment les partis de gauche restaient au pouvoir, mais l'extrême droite en était évincée. Dès le 16 juillet 1974, l'entrée de cinq membres du M.F.A. au gouvernement pour remplacer la droite démissionnaire, les futurs protagonistes des luttes actuelles : Melo Antunes, Vasco Gonçalvès (Carvalho restant «en réserve de la République»), plutôt que la formation d'un gouvernement P.C.-P.S.-P.P.D., montre que la révolution ne sera pas l'affaire des partis mais de l'armée, du M.F.A. et du peuple. Tant que l'al­liance peuple-M.F.A., sur la base très vague du socialisme et de l'indépendance nationale fut maintenue la révolution poursuivit son cours en allant de victoire en victoire. Victoire du 28 septem­bre 1974 qui vit la démission de Spinola, victoire du 11 mars 1975 où la tentative de revanche des Spinolistes fut brisée dans l'oeuf. Mais l'hypothèque spinoliste écartée, les vrais problèmes allaient se poser: quel «socialisme»: celui de Brandt, celui de Brejnev, ou l'autogestion ? Quelle indépendance, celle de l'Eu­rope américanisée, celle de Moscou ou l'indépendance réelle, comme certains pays du Tiers Monde ? C'est là que les conflits al­laient naître, non plus contre les débris du fascisme mais au sein du peuple, comme au sein du M.F.A., c'est là que se situe la vraie crise, la crise actuelle. Dans cette crise, les communistes» furent les premiers à prendre l'offensive. Sachant le goût de l'or­dre qui est général chez les militaires et leur mépris, justifié, pour la foire électorale, ils tentèrent de dévier ces sentiments dans un sens totalitaire. D'abord, ils imposèrent une loi sur le Syndicat Unique - cette Intersyndicale bidon, dont les membres sont nommés par le parti contre les comités élus de travailleurs - ensuite ils refusèrent la tenue d'élections municipales, puis­qu'ils s'étaient emparés de toutes les mairies dès après le 25 avril. Enfin, ils s'empressèrent de noyauter l'appareil administra­tif mais aussi et surtout la radio, la télévision et la presse. Ce ne fut qu'un demi-succès, la presse restant libre en grande partie, contrairement à ce que l'on affirme (2), mais, impressioné par cette offensive communiste, le M.F.A. décida d'organiser des élections, sachant très bien ce qu'était réellement le P.C. dans le pays : peu de choses. 

Contrairement à ce qui était à craindre, les élections furent un très grand succès de la gauche. La droite, fascistes du C.D.S. et «giscardiens» du P.P.D., n'eut que 29 % des voix. Le P.C. et son al­lié, le M.D.P.: 18 %. Le P.S. par contre; eut presque 45 % des voix et ce, très bien réparties sur le pays ; il a mordu tant dans les endroits considérés comme fiefs communistes que dans les en­droits présumés fiefs réactionnaires. 

Malheureusement, au lieu de profiter de la dynamique de gauche pour imposer un gouvernement P.S.-P.C.-M.F.A., le P.S. va, selon sa vocation naturelle, au nom de l'anti-communisme, s'employer à casser l'unité populaire. Dès le 1er mai, une gigan­tesque manifestation regroupe 500.000 personnes à Lisbonne et 100.000 à Porto, soit la quasi totalité de la population, adulte et valide. Le P.S. sous le prétexte, justifié, que la manifestation est colonisée par l'Intersyndicale communiste, va s'employer à casser l'élan populaire. A Lisbonne, Soares tente de perturber le meeting qui termine la manifestation. Dès le 2 mai, il déclenche une contre-manifestation socialiste sous prétexte que le P.C. accaparait la tribune. Bien sûr, presque tous les griefs du P.S. contre le P.C. sont justes; il est évident que le P.C. veut tout monopoliser. Mais la riposte socialiste ne se fait sur aucune base de classe, sur aucune proposition concrète, il ne s'agit ja­mais pour le P.S. de mobiliser les masses contre les apprentis-dictateurs staliniens pour organiser l'autogestion socialiste mais uniquement pour établir un régime parlementaire à l'occiden­tale». Le résultat de cela, c'est que les masses archaïques du nord, encadrées par le clergé le plus à droite d'Europe, s'engouf­frent derrière les revendications socialiste: L'agitation socia­liste n'est pas grave, elle pourrait même servir à mobiliser les masses pour le M.F.A. et la révolution contre le noyautage du P.C. Mais ce n'est pas ce que veut Soares; il mobilisera les masses contre le M.F.A., donc contre la révolution qu'il assi­mile très abusivement au P.C. 

Avec ces manoeuvres, Soares va donc réussir là ou Spinola avait échoué, à casser le M.FA Melo Antunes. Victor Alves et leurs compagnons, le «groupe des Neuf», ceux qui étaient, en juil­let 1974, le fer de lance du M.F.A. vont ainsi prendre la tête de l'opposition dite modérée dans l'armée. Alors que le schéma ini­tial de la révolution portugaise était une alliance peuple-M.F.A. contre les partis, d'où le mot «apartidaire» traduit du portugais pour désigner le mouvement autonome des masses, le M.F.A. va perdre son rôle d'avant-garde politique, se diviser entre pro-com­munistes, pro-socialistes, etc. ; tandis que vont émerger, parallè­lement, le mouvement apartidaire, et d'autre part, le Copcon, d'Otelo de Carvalho. (3) 

Le mouvement apartidaire consiste à construire le socialisme «par le bas». A partir des conseils de travailleurs, des comités de locataires (de «moradores») pour les fédérer à l'échelle nationale (4) dans une République des Conseils qu'ont rêvée Rosa Luxem­bourg en Allemagne comme James Connolly en Irlande. C'est le contraire de la conception social-démocrate et léniniste qui consiste comme le disait Kautsky (père du P.S.) et Lénine (père du P.C.) à construire le socialisme «par le haut-, le Parti et l'Etat se chargeant de «l'introduire dans les masses de l'extérieur» pour reprendre cette expression plaisante des deux frères ennemis précités. La puissance de ce mouvement conseilliste et apartidaire est stupéfiante à Lisbonne et dans son district comme dans toutes les régions au sud du Tage : autogestion des usines, coopératives agricoles, comités de quartier se multiplient liés aussi à l'auto-armement du peuple dans certains cas. La viabili­té de cette expérience autogestionnaire se trouve renforcée par le fait même que l'autogestion est introduite au sein même de certains des régiments du Copcon.

NORD ET SUD 

La révolution, on le voit, semble victorieuse à Lisbonne, dans tout son district et dans toutes les provinces au sud du Tage. Au nord d'une ligne qui suit le Tage puis la Serra de Sintra, il en va tout autrement. Deux tiers du territoire et de la population sem­blent entraînés dans un vaste mouvement dit catholique et anti­communiste, qui évoque la situation qu'à connue la Vendée en 1789-1792, avant le soulèvement royaliste. Je dis bien la Ven­dée et non la Chouannerie bretonne, car, comme en Vendée, le nord portugais ne présente aucune différence ethnique d'avec le reste du pays. (Le Portugal est une nation homogène, l'ethnie portugaise tendant plutôt à déborder ses frontières vers l'Etat Es­pagnol, en Galice qui, celtisée à la même époque que la Bre­tagne, est de langue portugaise). La différence Nord-Sud est ail­leurs : petites propriétés au nord, latifundia avec un prolétariat agricole au sud, poids écrasant d'une église fasciste au nord, la­ïcisme et tolérance au sud, résultat de la très longue occupation arabe. Le clergé, la seule force fasciste organisée dans le pays, (qui n'a donc rien à voir avec l'Eglise d'Espagne ou de France) prêche la croisade et les pogroms anti-communistes, mais, à tra­vers le P.C., il vise le M.F.A. Il est certain que les paysans du nord, écrasés par la misère, n'ont rien à craindre de la révolution qui ne veut attenter ni à la petite propriété, ni à la liberté religieuse. Par contre, ils savent très bien qu'ils ont tout à craindre du P.C. tout le monde connaissant la haine qu'ont les pays dits «communistes» de la petite propriété paysanne, gage de liberté — liberté bornée mais liberté quand même — et de la foi reli­gieuse, crainte d'une idéologie moins oppressante que la foi marxiste-léniniste d'Etat. Qu'importe. Il s'agit — pour l'Eglise — de transformer ces sentiments légitimes en haine non seule­ment du «communisme» stalinien, mais de la révolution et du so­cialisme. 

EPILOGUE PROVISOIRE 

Pour l'instant, le nord n'en est qu'à la révolte larvée ; l'attitude du M.F.A. évitant toute répression, se démarquant par-là du P.C., a empêché le pire : la guerre civile, qui prendrait la forme d'une guerre de sécession nord-sud. Le limogeage du premier Ministre pro-P.C. Vasco Gonçalves est un pas dans ce sens de l'apaisement ; le cadeau empoisonné qui lui fut fait : être chef d'Etat Major d'une armée qui n'en veut pas, ne pouvait qu'entraî­ner sa chute définitive et par-là, celle du P.C. 

Le coup de maître, c'est que la chute de Vasco, c'est le M.F.A. lui-même qui l'aura réalisée et non le P.S. Dans cette perspec­tive on pouvait espérer qu'il ne s'agissait pas de liquider le P.C. pour le remplacer par le P.S., sans compter les «modérés», mais de réaliser un gouvernement M.F.A.+ civils apartidaires appuyé sur des comités d'autogestion comme le prône la plate-forme po­litique du Copcon. Le premier Ministre appartenant à la Marine, arme d'extrême-gauche et non communiste, pouvait réussir cette opération. Cela eut consisté à refaire à la fois à la base et au sommet l'unité du M.F.A. Malheureusement il semble que c'est vers autre chose que l'on s'oriente. Vasco parti, «les neufs» veulent leur revanche et pour ce rétablir l'ordre en faisant taire l'armée d'abord, en la faisant ensuite rentrer dans ses casernes comme le demande explicitement la droite (P,P.D.). Mais il est dif­ficile de faire taire des gens qui ont pris la parole. Le petit groupe d'officiers pro-staliniens, groupés autour de Vasco Gonçalves, li­quidés, le corps des officiers apparaît en bloc (sauf pour le Copcon et la Marine) comme ce qu'il est : un corps conservateur lié au P.S., donc à la droite et au capital. Mais l'équipée temporaire des officiers vers la gauche n'a pas été inutile. Elle a ouvert des vannes qu'ils peuvent difficilement refermer. La masse des sol­dats, présentée hier par les officiers comme moins avancée parce que rurale, et des sergents, d'origine urbaine et souvent ouvrière, s'est radicalisée en profitant du relâchement de la disci­pline. Rétablir la discipline dans l'armée puis dans le pays, tel fut hier le slogan du P.C. maintenant remercié parce qu'il a échoué, aujourd'hui celui du P.S. et de la droite. Mais actuelle­ment cette tâche se heurte à l'immense masse des soldats et des sergents. La scission au sein des Forces Armées n'est donc plus entre officiers progressistes et officiers conservateurs mais entre soldats contre la majorité du corps des officiers. C'est donc là, le 9 septembre 1975 que la révolution portugaise entre dans sa troisième phase, décisive, que l'histoire retrouve ses droits. L'armée est maintenant divisée non plus en opinions poli­tiques mais en classes sociales. C'est la première armée au monde depuis plus de 50 ans à connaître une telle cassure. 

Parallèment, la «société civile» (à tous les sens du terme !) connaît cette cassure après s'être elle aussi débarrassée du P.C. 

On avait pu dire par boutade que s'il n'y a plus un seul commu­niste au nord du Tage, il n'y en a plus non plus au sud, devant l'immense vague d'auto-organisation populaire et d'occupations qui a ébranlé l'Alentejo et l'Algarve. Mais cela est même devenu vrai de Lisbonne, dernier bastion (5) du P.C.P.

Or, «la crise a bouleversé le visage de Lisbonne. Et le refus, le rejet, la haine même du P.C.P. sont partout». «Le Portugal est peut-être le seul pays du monde, avec l'Albanie ou la Chine, où l'expression «social-fasciste» désignant le P.C.P. soit passée dans le langage commun». (S. July, Libération). Avec la diffé­rence fondamentale que cette injure n'est pas exprimée par une clique stalinienne rivale au pouvoir mais par les masses tout en­tières. L'hypothèque stalinienne éliminée, après l'hypothèque «Spinoliste», les semaines à venir vont donc donner l'image d'un choc, frontal ou voilé, entre les prolétaires et les patrons, le corps des troupes et le corps des officiers. Ils n'est pas besoin, comme le font les habituels réveurs-donneurs de leçons, d'exhorter les officiers qui veulent «faire la révolution» de laisser là leur uniforme galloné pour mettre un bleu de travail et aller à l'u­sine. Au contraire la majorité des officiers vont rejoindre leurs unités et s'occuper de leurs intérêts de classe—bourgeois. De même la majorité du prolétariat va devoir quitter le terrain — bourgeois — de l'usine, pour, avec les soldats et la minorité d'officiers révolutionnaires, s'occuper de la société. Ce proces­sus, s'il allait jusqu'au bout, pourrait substituer à la cassure contre-révolutionnaire nord-sud du pays, sa cassure réelle prolé­tariat contre capital. La seule possibilité d'une telle clarification suffirait à montrer que le 25 avril n'a pas été une simple recon­duction «moderne» du capitalisme (démocratie contre fascisme) mais une crise générale de la société portugaise, le début d'une révolution sociale et ce, qu'elle qu'en soit l'issue. 

A.G.




(1)- Parti Africain pour l'Indépendance de la Guinnée et du Cap Vert. 

(2) - Notamment Républica qui, récupéré par les travailleurs contre le P.S. qui s'en était emparé, est devenu un excellent porte-parole des luttes spon­tanées et de l'autogestion révolutionnaire. 

(3) - Commandement opérationnel du continent : troupes d'élite, environ 10.000 hommes, stationnés en métropole, surtout dans la région de Lis­bonne. 

(4) - Voir à ce sujet le «Document du Copcon» à paraître dans la revue Auto­gestion et socialisme, ce document tend à s'appuyer sur les conseils réels à la différence des «Conseils révolutionnaires de travailleurs» organes paritidaires (du PRP-BR) 

(5) - Le terme est tout à fait relatif. Il ne signifiait pas que comme à Billancourt le P.C. soit à peu près hégémonique mais que comme à la Lisnave —exception notable— il contrôlait à peu près la moitié des travailleurs.

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