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quinta-feira, 15 de maio de 2014

Portugal : Encore une révolution trahie ? par Julio Henriques

Portugal : Encore une révolution trahie ? 

Julio Henriques

Paru dans la revue Spartacus N° B 86 Nov-Déc. 1977


Ce bref article n'est qu'une exposition sommaire et introductive de certaines questions posées par le « cas portugais », maintenant relégué aux oubliettes. En par­ticulier, la question de la constitution réelle du prolétariat n'est pas du tout abor­dée, alors qu'il faut l'avoir présente à l'es­prit pour comprendre la faiblesse de ses exigences. Il serait sans doute utile d'y re­venir, notamment pour appréhender de plus près, l'état du mouvement social dans un pays qui a encore des poches de sous-développement importantes, lesquelles conditionnent de façon significative les possibilités de lutte des fractions plus mo­dernes du prolétariat industriel.

On sait comment, depuis la révolution russe, le thème des « révolutions trahies » a pris une place remarquable à l'intérieur de la pratique théorique. La « révolution portugaise » n'y a pas échappé (1). L'idéologie de la trahison, obscurantiste si l'on s'en réfère au processus réel, vient toujours à la traîne des cris de victoire trop vite lan­cés par des gens obnubilés par les formes que peut prendre ce monde, pourtant assez fatigué de modèles ; elle ne s'explique d'ail­leurs que par la permanence, au sein des groupements politiques d'extrême-gauche, de tendances de type « jacobin », qui ne considèrent le mouvement social qu'en termes politiciens.

Une des premières mesures légales adoptées par le nouveau pouvoir politique qui naquit après la chute de l'Etat corpo­ratif portugais, en 1974, a été la consé­cration du ler mai en tant que « journée du travailleur » (ou « journée du travail »). Une telle mesure n'était pas ambigüe ; elle ne faisait que consacrer officiellement l'éloge du travail salarié, auquel le prolé­tariat lui-même n'était pas étranger car il l'assumait aussi, de par l'évidente fai­blesse de son mouvement de négation révolutionnaire.

Cet éloge du travail aliéné ainsi inau­guré au Portugal à travers l'institutionna­lisation, par l'Etat, (ou par l'appareil mi­litaire qui à l'époque le remplaçait), du jour férié national le ler mai, ne fut pas une initiative sans rapport avec le climat social et les aspirations du mouvement impulsé par les travailleurs après le 25 avril 1974. En réalité, et malgré une période de luttes assez vives (2) pendant laquelle bon nombre de salariés qui faisaient preuve d'une certaine imagination subversive, le contenu de ces luttes n'a pratiquement jamais pu apparaître comme une menace pour les fondements de la société capita­liste portugaise, à savoir le travail salarié. Les revendications formulées se situaient pratiquement toutes dans le cadre d'une restructuration, d'une adaptation du système capitaliste portugais à de nou­veaux rapports de force, opposés déjà à l'administrativisme immobiliste corporatif hérité directement de l'Estado Novo (in­terdiction du syndicalisme) ; mais pas en­core à la production elle-même, au capita­lisme en lui-même. Quant au travail, les grévistes soit en ont fait l'éloge per­manent soit l'ont accepté, et cela malgré le radicalisme de certaines formes de lutte échappant au contrôle des syndicats ou des partis politiques, à travers lesquelles les travailleurs se manifestaient de façon autonome. 

Le point fondamental dés revendica­tions du prolétariat était de vendre la force de travail à un prix plus élevé et dans de meilleures conditions — ce qui d'ailleurs, passait assez souvent par la violence, du fait que les conditions politiques précé­dentes étaient notoirement différentes et que le patronat, trop habitué à avoir à ses flancs plusieurs polices, n'était, en grande partie, pas préparé à une telle irruption re­vendicative ouvrière (ainsi, quelques pa­trons se sont même suicidés). Le climat émotionnel de l'époque, d'autre part ajouté au fait que l'on croyait franchement possi­ble d'aller victorieusement de l'avant à tra­vers ce mouvement (lequel donc n'aurait tendance qu'à toujours se radicaliser) se prêtait peu aux analyses froides sur le contenu de ce qui se déroulait réelle­ment — d'une certaine manière parce que ce mouvement était en marche vers l'in­connu. 

Et pourtant, moins d'une année après il était déjà visible qu'on avait affaire, de la part du prolétariat, à une exigence de meilleure survie dans le cadre du capitalisme, et non pas à la volonté d'abolir celui-ci. 

On est en effet tenu de prendre en considération le sens de cette constata­tion : exiger l'abolition du capitalisme et la création d'une autre société commence, dans ses manifestations pratiques, par la négation du travail aliéné, celui-ci étant la base, la carcasse d'acier, la fondation du système capitaliste. En effet, « la liquidation du travail forcé est une des premières mesures qui expriment la réali­té du mouvement révolutionnaire » (3). En l'absence d'une telle négation, tout mouvement, malgré la violence que peuvent exprimer ses formes de lutte, ne peut qu'imposer au mouvement capitaliste la nécessité de restructurations, lesquelles peuvent notamment conduire à ce que cer­taines parties du système actuel soient gé­rées ou prises en main par les exploités eux-mêmes (4). 

Il est remarquable que même dans les usines de pointe de Margem Sul (Lisbonne), là où le prolétariat possède une plus grande somme d'expériences (y compris celle de la participation, mise en place par le capital moderniste à la fin des années 60, comme chez CUF (5), les ouvriers n'aient pas apporté de critique, même sommaire, des fondements du capital, à commencer par le travail forcé moderne, mais au contraire se soient toujours limi­tés à une critique quantitative portant sur les augmentations salariales ou les condi­tions de travail les plus pénibles. Plus : les seules alternatives formulées par certains secteurs ouvriers ont encore été liées aux alternatives envisagées au niveau de l'ap­pareil d'Etat ou des états-majors politi­ques qui avaient au moins un pied à l'étrier étatique, alternatives qui propo­saient une reconversion de certaines pro­ductions spécifiques (par exemple, la transformation d'usines de montage de voitures en usines de montage de tracteurs ou de production d'appareils électro­ménagers), comme cela s'est produit en 1975 lors du consulat du PC. 

La faiblesse pratique du mouvement prolétarien est généralement liée aux illu­sions qu'il nourrit, aux carences théoriques dont il fait preuve. Pratiquement comme en 1911, après la chute de la monarchie, on pourrait encore écrire ces mots de Neno Vasco, un militant anarchiste : K La question sociale ne se manifeste que faiblement (...) Les ouvriers des villes et les artisans des bourgs se laissent avoir par les promesses démocratiques .H (6) Faible donc dans ses perspectives de lutte contre cette société, qu'il cernait malgré tout encore assez mal, considérant le contenu largement capitaliste de ses revendica­tions, le mouvement prolétarien d'après le 25 avril demandait plus, mais n'exi­geait pas l'abolition de la vie aliénée. Il ne pouvait pas le faire, car il ne disposait pas encore de la clairvoyance et de la force nécessaires. C'est la raison pour laquelle très rapidement il s'est refourré dans les bras du vieux providentialisme, qui « amè­ne à attendre d'un gouvernement, d'une simple transformation politique, la solu­tion à tous les problèmes sociaux, le remède à toutes les douleurs particulières. ,» (6) 

La puissance dont le mouvement social a fait preuve au Portugal, après l'exaltante abrilada, a été d'ordre revendicatif (aug­mentations ou améliorations de ce qui existait). A travers cette puissance conjoncturelle, pourtant, il exprimait sa faiblesse stratégique. Et il s'est donc vu, plus ou moins rapidement, intégrer par les forces de la politique professionnelle (ou par celles qui y aspirent), guidé par les ber­gers politiques des différentes chapelles, pour qui les travailleurs ne sont qu'un troupeau qu'ils se doivent d'allécher ou de réprimer selon les circonstances. 

Une telle faiblesse n'est bien sûr pas inexplicable. On ne pouvait pas attendre d'un mouvement social dont l'expérience de presque un demi-siècle est relativement pauvre (et en importance et en profon­deur) que, à la suite d'un coup militaire réussi, il en vienne à tout bouleverser. D'autre part, et ceci il ne faut pas non plus l'oublier, ce mouvement de lutte s'est vu, dans des moments importants de son évo­lution, combattu (y compris par la menace des armes) dans son processus de dévelop­pement spontané, par les appareils politiques et militaires qui étaient alors au nid de la pie. Ces appareils logiquement, cher­chaient — très souvent avec succès — à l'encadrer, pour le diriger, comme c'est leur fonction (7). Toutefois, le mouve­ment n'a jamais pu être assez puissant pour proclamer, avec des résultats visibles et généralisés, ce qu'on su affirmer les grévistes du Jornal do Comércio à un mo­ment donné : (...) ce qui intéresse le PCP c'est de contrôler les travailleurs, et nulle­ment de leur donner l'initiative. Ce qui intéresse le PCP, comme tous les autres partis hiérarchisés et les cupulas (8), c'est de légalement se constituer en tant qu'en­treprise pour au moment voulu, distribuer les places au pouvoir à ses comités et ses chefs de service, laissant à ses militants la tâche de mettre en place une nouvelle mo­rale dominante qui aura pour mot d'ordre : travail pour les uns et privilèges pour les autres. Soixante années d'histoire ont été écrites qui défendent cette thèse, celles qui s'écoulent de la révolution russe à nos jours. Mais ce n'est pas ici le lieu pour en parler. On doit seulement souligner à ce propos ce qui suit : le mouvement des tra­vailleurs du Jornal do Comércio est un mouvement autonome. C'est ainsi qu'il a débuté, c'est ainsi qu'il finira. Nous n'avons pas eu besoin de quelque parti que ce soit pour le déclencher, nous n'en au­rons pas besoin pour avancer..» (9) 

Alors que l'année 1974 a été l'heure de la spontanéité réformatrice du mouve­ment capitaliste portugais (bien qu'il ait tenté d'aller au-delà), du fait de l'absence de l'Etat alors confronté à une difficile recomposition, 1975 a été marquée par la tentative assez osée de la part de ceux qui aspiraient au nouvel « Etat révolution­naire », de diriger et contrôler les mouve­ments revendicatifs et de les infléchir dans un sens donné (capitalisme étatique, via « bataille de la production »). Quant à 1976, « l'an III de la Révolution », il a été, pour le mouvement ouvrier, le temps de la misère explicite, exprimée par le recours systématique, dans pratiquement tous les conflits du travail, aux instances étatiques pour résoudre les problèmes — de salaires, de risques de faillite, de droits conquis et non satisfaits, de non application des contrats collectifs. Si bien qu'à un moment donné, vers la fin de l'année, le premier ministre Soares a dû (naturelle­ment en faisant l'âne pour avoir du son) conseiller aux travailleurs de ne pas tant dépendre de l'Etat et de résoudre leurs problèmes directement avec leurs patrons. 

Cet aspect, plus récent, doit être souligné (bien qu'il ait existé dès le début). En effet, tout au long de l'année 76 il était vi­sible que le mouvement social des travail­leurs fait appel soit au gouvernement, soit aux institutions étatiques parallèles — Con­seil de la Révolution (militaire), président de la République, Parlement, ministère du Travail — pour qu'ils fassent « appliquer la Constitution », document remarquable pour sa démagogie mystificatrice « de gauche ». Son isolement était devenu évi­dent. Sans possibilité de faire appel à la classe (car celle-ci, par elle-même, ne peut répondre, en termes de solidarité agissante, que par la révolte, les travailleurs lan­cèrent leurs appels à la direction (civile ou militaire) du mouvement capitaliste. L'en­semble des travailleurs réclamait sur le lieu de l'entreprise et sans quitter ce terrain, la résolution des problèmes de leurs entre­prises respectives — en mettant toujours en évidence les possibilités, réelles ou hypo­thétiques, d'obtenir une meilleure renta­bilité et une gestion plus efficace (affir­mant pour cela que l'entreprise a de l'ave­nir, qu'elle ne doit donc pas être aban­donnée, qu'il faut y investir, etc.). Cette faiblesse, il faut la rapprocher d'une autre, antérieure ou simultanée : celle de l'ab­sence permanente d'une perspective inter­nationale de lutte. Au moment même où le mouvement revendicatif prouvait sa force, il n'a pratiquement jamais essayé de s'élargir, de regarder vers l'extérieur, en cherchant des contacts de lutte avec des travailleurs d'autres pays (des multinatio­nales, par exemple, mais aussi chez ceux qui luttaient juste à côté, les grévistes es­pagnols). Il avait pour perspective, assez « naïve », de construire un Portugal meil­leur ; son discours ne se différenciait pratiquement pas de celui de l'Etat et des fractions divergentes. 

Après une telle période, les illusions (10) quant à la puissance révolutionnaire du mouvement prolétarien au Portugal ont tendance à être prises pour ce qu'elles n'ont jamais cessé d'être. En 1977 c'est peut-être la frustration qui domine, ceci même au niveau des militants gauchistes (tous staliniens, notons-le au passage, ou alors trotskystes). Les irréductibles illu­sionnistes, encore une fois, se trouvent du côté des idéologues de gauche et d'ex­trême-gauche, pour qui la classe ouvrière représente une entité mythique, une sorte de deus ex machina, et l'objet réitéré d'un culte de type religieux. Le mouvement prolétarien a dû passer par là, a dû faire l'expérience de la démagogie et de la mystification forcenées qui sont entre temps apparues et se sont organisées, puis­que celles-ci, même en crise, n'ont pu être démolies. Après le PC et les militaires, c'est maintenant le PS qui est au ciel de l'Etat ; après lui viendra peut-être la droite. De ce point de vue, le Portugal ne fait qu'adapter ses structures politiques aux expressions de son corps social.


(1) Certains ouvrages l'ont néanmoins abordée de façon utile'. Cf. Ch.Reeve, L'expérience portugaise : la conception putschiste de la révolution sociale, Paris, Spartacus, 1976, et la traduction portu­gaise, qui inclut un texte critique des guet: apens de l'autonomie ouvrière : D 25 de Novembro, Lisboa, Meridiano, 1976.

(2) Voir Collectif Spartacus, Portugal, l'autre combat, Paris, Spartacus, 1975

(3) Ratgeb, De la grève sauvage à l'auto­gestion généralisée, Paris, UGE, col. 10-18, 1975

(4) Telle est l'orientation du patronat d'avant-garde, qui a ainsi réagi devant le désintérêt croissant des ouvriers vis-à-vis de leur travail, dans les pays plus indus­trialisés. La Suède sert d'exemple à ce propos : ee une nouvelle loi sur la démo­cratie industrielle donnera bientôt à tous les salariés, des entreprises publiques ou privées, le droit de jouer leur rôle dans un certain nombre de domaines jusqu'ici exclusivement patronaux : direction et ré­partition du travail, études sur le travail, méthodes de travail, équipement et politi­que du personnel concernant les trans­ferts, les promotions, les licenciements et toute action disciplinaire. » La nouvelle législation, qui est entrée en vigueur le 1er janvier 1977, n'a pratiquement rien chan­gé pour de nombreuses entreprises sué­doises qui avaient déjà accordé volontaire­ment à leurs travailleurs la plupart des nouveaux droits qu'elle reconnaît: Cf. In­formations OIT, vol. 12, N° 6, Genève, 1976, p. 5

(5) Silva Marques, Relatos da Clandestini­dade, Lisboa, Expresso, 1976.

(6) Neno Vasco, Da Porta daEuropa, Lisboa 1913.

(7) Un parti formel (contrairement à ce qu'on peut désigner par parti historique, produit spontanément par la dynamique réelle des luttes de classes) est une institu­tion. Ayant des caractéristiques simi­laires à celles d'une entreprise, il vit de cette société, des nécessités formulées par elle-même. La fonction de tout parti for­mel, de gauche ou de droite, se distingue toujours par le fait qu'il existe pour diri­ger et contrôler ceux qui travaillent, en tant qu'instance administrative politique.

(8) Mot très utilisé depuis 74, qui veut dire à peu près « Les états-majors »

(9) « Jornal de Greve » du Jornal do Comércio, Lisboa, 12-9-74

(10) Contrairement à l'affirmation de Jaime Semprun, il n' y a pas eu de guerre sociale au Portugal. Gianfranco Sanguinet-ti tombe dans la même erreur dans une note de la postface à son inoubliable Rap­port véridique sur les dernières chances de sauver le capitalisme en Italie, quand il dit en 1975, que si l'on veut vraiment voir la théorie situationniste en action, il suffit d'aller dans les usines portugaises.

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