Jornal COMBATE - 2 publicações Vosstanie Editions

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terça-feira, 21 de abril de 2015

Emission La lutte des classes au Portugal (Rediffusion le 25/04/2015)

Emission La lutte des classes au Portugal
(Sur la révolution dite des "oeillets" ou la transition démocratique portugaise)


Cette émission est dédiée aux prolétaires anonymes, aux insoumis, déserteurs, objecteurs, à ceux qui ne dissocient 
pas les moyens et les fins.


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Téléchargement
Des parties 1-2-3-4-5
durée totale 17h26 minutes

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REDIFFUSION
Le 25 avril 2015
A partir de 7h le matin

Sur Radio Vosstanie !


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Emission du  6, 13, 20 septembre 2014


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 Pour la trame de notre émission nous nous inspirons de l'ouvrage de Phil Mailer.
Portugal: The Impossible Revolution ?  First published by Solidarity (London) 1977.
 Portugal: a revolução impossível ? - Porto Ed Afrontamento 1978.




1ere partie
Enregistrée le 6 septembre 2014

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Présentation
Objet et but de l'émission - A propos de Le Portugal ...? et Après ! - ArqOperaria ?
De la mémoire à l'enterrement. Nos propres limites....

Situation historique et 
données économiques de l'époque.
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La conception putschiste 
de la révolution sociale. 
Le rôle de l'armée ou la conception bourgeoise de la révolution.
Avec Charles Reeve 
(Autour de l'ouvrage édité aux Editions Spartacus en 1976) 

Voir aussi notre émission du 25 janvier 2014 
(Itinéraire bio-bibliographique)

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TELECHARGER LA 1ère PARTIE
227 minutes

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Sur les expériences d'auto-organisation.
Commissions de "moradores", commissions de travailleurs, commissions inter-entreprises, occupations des terres, sur le non grand-parti.

Témoignage sur les commissions 
de "moradores" et parcours de:
 José Hipólito dos Santos. 
Ancien membre de la LUAR (Liga de Unidade e Acção Revolucionária) - Des Cadernos de Circunstancia.
Acteur de la révolte da Sé en 1959 et du "Golpe de Beja" le 1er Janvier 1962.

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TELECHARGER LA 2ème PARTIE
136 minutes


+ Itinéraire En 5 parties.

1- Premiers engagements - Seara nova et Antonio Sergio - La révolte da Sé - Golpe de Béjà, la prison.
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2 - L'Exil - de L'Algérie au Maroc.
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3 - Les Cadernos de Circunstância et Mai 1968.
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- La LUAR.
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5 - Retour au Portugal en 1974 . Des "moradores" au PRP.
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- Sur les Cadernos de Circunstância - 
41 minutes -

TELECHARGER LA 3ème PARTIE
(Les 5 parties de l'itinéraire en 1 fichier compressé)
274 minutes


Sem Mestres nem Chefes o povo tomou a rua A Revolta de BEJAFelizmente Houve a LUAR - Para a História da Luta Armada Contra a Ditadura
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2ème partie.
Diffusée le 13 septembre 2014


L'expérience du Journal Combate (1974-1978)
Avec João Bernardo.
Les forces "politiques" en présence.

Régressions, récupérations et limites. 
De "l'autogestion" au capitalisme d'Etat, de l'autonomie aux élections, la non-révolution culturelle, Une expérience Portugaise ? Pour une critique de la chronologie "politique".

40 ans après quelles perspectives ?
Débat et point de vue autour de "Les Portugais face à la crise - Grèves, manifestations, occupations 2010-2013 " traduit du portugais par le collectif Les Ponts Tournants et édité  par les Edições antipáticas.  Avec le GARAP.

(Discussions sur "les Portugais face à la crise" du 11 et 13 avril 2014 avec des membres du Collectif des Edições antipáticas)

Télecharger
Rencontre du vendredi 12 avril 2014 à Paris  [Télécharger]
- Rencontre du dimanche 13 avril 2014 au Rémouleur à Montreuil [Télécharger]

Conclusion de l'émission

João Bernardo, Charles Reeve, José Hipólito dos Santos, Eduardo de Sousa de librairie Letra Livre à Lisbonne, au Garap.

Mais aussi à 
Brunel, Blek, Henrique, Lino, Ben, Rosa, Anne-Emilie de Radio Panik, Manuel, Tonio, Judith et les autres....




A suivre...

Pour suivre la compilation de documentation en cours:



Photographie de José Marques

Série de cartes postales éditées sous: A Esquerda da Esquerda documentos para a História de uma
Revolução



domingo, 22 de março de 2015

Le Manifeste anti-colonial - Désertez avec vos Armes !

LE MANIFESTE ANT-COLONIAL 
DESERTEZ AVEC VOS ARMES !

Textes d'o communista

Extrait

 "Le mouvement anti-colonial a grandi rapidement. La jeunesse se mobilise contre les ordres de la bourgeoisie, contre les faux mythes de la "patrie" et de "l'honneur" à défendre sur les champs de bataille des colonies portugaises.

L'ampleur de cette action politique a créé un nouveau problème aux jeunes révolutionnaires: nous devons déserter toujours et en toutes circonstances. mais cela ne nous mettra-t-il pas définitivement dans une position d'éxil démobilisateur ? Les départs constants de militants pour l'étranger n'iront—ils pas affaiblir le combat que notre peuple mène aujourd'hui contre le capitalisme ?

Notre réponse à cette question est la suivante.

1) Le mot d'ordre "Désertons toujours et en toutes circonstances" correspond aux intérêts des communistes révolutionnaires. S'il n'y avait pas les milliers de réfractaires et de déserteurs, le gouvernement ne serait pas obligé d'allonger la durée, du service militaire, bien que les colonialistes sachent que c'est une mesure impopulaire qui groupe chaque fois plus de couches du la population contre leur politique.

En dehors de ça, toute autre agitation politique à l'intérieur de l'armée doit être fondée sur les principes de non collaboration à la guerre criminelle."




Merci à Nono pour cette source disponible également sur cras31.info 







sábado, 21 de março de 2015

DE L'INCERTITUDE A LA FIN DES ILLUSIONS

DE L'INCERTITUDE
A LA FIN DES ILLUSIONS
Notes et documents sur la situation par deux camarades
revenant du PORTUGAL



PRP — Parti Révolutionnaire du Prolétariat MRPP — groupe maoïste 
UDP — Union Démocratique Populaire, front d'or­ganisations marxiste-léniniste, moins orthodoxe que le MRPP 
FUR — Front Uni Révolutionnaire 
SUV — Soldats Unis Vaincront, Front uni de sol­dats. clandestin 
CRTMS — Conseils révolutionnaires de travail­leurs, soldats et marins.


Le Portugal attire actuellement l'attention des spécialistes de la théorie politique. Il y a ceux qui y voient une épreuve pour l'Union de la Gauche, ceux qui y voient la nécessité des Conseils Ouvriers, l'instauration du Contrôle Ouvrier ; d'autres encore n'en finissent pas de s'étonner de ces jeunes officiers, beaux et de gauche... après tout l'Armée peut, peut-être, être différente ; ceux qui reconnaissent l'Ar­mée populaire en formation, instaurant le so­cialisme pour le peuple ; et, pourquoi pas, même ceux qui y trouvent un mouvement autogestionnaire puissant, et même, paraît-il : des casernes en autogestion !

Derrière ce scénario, que se passe-t-il dans cette société, dans les usines, les bureaux, les campagnes, dans les réunions syndicales et des Commissions de Travailleurs ? Comment les Assemblées Générales' sont manipulées par l'officier du COPCON ou par le cadre po­litique, comment fonctionnent, ou ne fonc­tionnent plus, les organisations de base, déchi­rées entre les magouilles des partis et la démo­bilisation de la masse ? Que fait-on dans les quartiers et bidonvilles investis par la misère et le chômage, dans les campagnes où les conditions de vie ont empiré depuis un an chez les petits paysans? Que pensent les mili­tants syndicaux abattus et désespérés après tant de manipulations et d'affrontements par­fois physiques? Qu'elle est l'ambiance dans les grandes usines avec traditions de lutte où les groupes s'affrontent par le biais de ceux qui étaient les meilleurs militants, devant l'é-coeurement de la masse, dans les usines en «autogestion» et dans les coopératives aban­données de tous, dans l'attente d'un crédit mi­raculeux qui leur permettra de survivre en­core quelques mois? 

Que se passe-t-il chez les salariés agricoles qui occupent les propriétés ; avec leurs diffi­cultés, le manque de crédits, enfin réduits à vendre leur bétail pour payer encore un mois de salaire? Et quelle attitude, quelle réaction dans cette masse énorme de travailleurs qui découvrent enfin que le «MFA garant de la ré­volution» n'existe plus, que «le secteur pro­gressiste du MFA» n'est rien, et que, après tant avoir cru aux promesses des autres il va falloir maintenant, qu'eux, payent la facture ! 

Le Portugal représente sans doute une ex­périence importante dans l'histoire des mou­vements sociaux modernes. Un puissant et riche mouvement organisationnel s'y est déve­loppé, avec des hauts et des bas, mais dont les conséquences sont immenses pour les travaileurs portugais et pour l'ensemble du mouve­ment radical moderne. Le moment actuel est plutôt celui du bilan, les luttes ouvrières sont au plus bas, les affrontements entre travail­leurs se font jour dans une situation économi­que critique. Plus que des exagérations opti­mistes qui cachent les difficultés et les limites pour exalter «l'oasis révolutionnaire», c'est une description critique de ce mouvement or­ganisationnel, de ses limites nationales, de ses formes diverses, de ses erreurs, qui intéresse le mouvement ouvrier. Les éléments existent, la volonté aussi, seulement le temps et l'énergie nous limitent dans la réalisation d'une telle tâche. Le texte, les notes et les documents ci-joints ne sont pas une réponse à toutes ces questions, ils se veulent de simples éléments de discussion qui permettront, plus tard, l'éla­boration d'un texte analytique et plus cohé­rent.


Le mouvement social au Portugal après le 25 avril 1974 peut, grosso modo, se diviser en quatre périodes.

Une première, d'avril à décembre 1974, ca­ractérisée par la colonisation de l'ancien appa­reil d'Etat par les forces réformistes, surtout celles du PC, par le déclenchement d'un puis­sant mouvement généralisé de luttes, tendant à changer la répartition du produit social. Jus­qu'à février/ mars 1975, le MFA reste une force où se pèse le compromis entre la droite Spinoliste et ceux qui deviendront par la suite le noyau du MFA-Force politique domi­nante. Pour une analyse développée de cette période et surtout de ce mouvement ouvrier, dont les formes organisationnelles nouvelles sont les Commissions de Travailleurs, on peut se référer au livre PORTUGAL-L'AU­TRE COMBAT, (Collectif, Spartacus, 1975).

De mars à juin/juillet 1975 la société portu­gaise vit une deuxième période, pendant la­quelle commencent déjà à se manifester tous les signes de la crise qui éclatera plus tard. ll y a, tout d'abord, cette colonisation par le PCP de l'appareil administratif, étatique et de l'in­formation. Cette stratégie du PCP déclenche une réaction de la bourgeoisie nationale et in­ternationale, les affrontements entre partis se font jour dans la vie politique aussi bien que sur les lieux de travail. L'abandon et l'attente de la bourgeoisie créent des situations où les travailleurs sont obligés d'occuper et souvent de prendre en charge les usines. Les expé­riences «d'autogestion» se développent alors et très vite on apercevra leurs limites et leurs faiblesses... on y reviendra. Dans les grands secteurs industriels et les services, où l'Etat peut attendre une rentabilisation, des nationa­lisations sont faites. Mais la faiblesse de l'ap­pareil d'Etat devant les affrontements «parti-daires» et un mouvement de base encore fort empêchent toute politique et, surtout, une po­litique économique ! L'effrondrement écono­mique se poursuit, sur le vide laissé par le dérè­glement des anciens mécanismes économi­ques. Peu à peu, chez les travailleurs, commencent à apparaître des attitudes «anti-partidaires». Au PC c'est la période la plus forte, et la phase la plus anti-gauchiste. 

Avec l'échec des tentatives du PCP au sein de l'appareil militaire, s'ouvre la troisième pé­riode, août 1975. S'ajoutant aux réactions anti-PC qui se manifestent dans la bureaucra­tie militaire, le PCP subit alors la réaction po­pulaire dans les régions rurales de petite pro­priété, l'attaque des sièges et militants, au nord du Tage, à Madère et aux Açores. Cette vague, bien qu'utilisée par la droite, la social-démocratie et l'appareil éclésiastique, n'en n'est pas moins le résultat de la dégradation des conditions de vie des populations de ces ré­gions, dont ils rendent responsables ceux qu'ils assimilent au nouveau pouvoir: les communistes. Ce désenchantement vis-à-vis du PCP se manifeste aussi dans les régions ur­baines où leur implantation est en baisse, où les secteurs ouvriers les plus radicaux échap­pent à leur domination, où les forces politi­ques à gauche du PC grandissent. 

Avant de faire revivre les événements quoti­diens de la dernière période, celle qui à partir de septembre voit l'émergence d'une alterna­tive social-démocrate dans l'armée et au ni­veau de la société, il importe de rappeler briè­vement les événements du mois d'août.


AOUT 1975, Le Temps des Incer­titudes !

Fin juillet la situation est tendue dans le ré­giment des Commandos, près de Lisbonne. Des officiers, des fascistes, sont explusés de l'unité par un groupe de soldats et d'officiers. Ils seront remis en fonction quelques jours plus tard par Othelo. Apparente manoeuvre du PCP pour prendre le contrôle de cette unité d'élite, spécialisée dans les massacres de la guerre coloniale, fer de lance de l'actuel pouvoir militaire. Tout cela annonce de sé­rieux changements dans l'équilibre du MFA... Le 2 et le 3, au 2e Congrès des Conseils Révolutionnaires (CRTMS), ce qui était un doute devient une certitude ! (I) Ces organisations sont créées de toute pièce par le PRP-BR, sans correspondre à aucune implan­tation réelle. Comme dira le MRPP: «les CRT veulent être les organisations de base du COPCON !». On sait l'influence dont jouit le PRP chez quelques officiers du COPCON. C'est d'ailleurs ce projet des CRT qui est re­pris dans le document du COPCON, publié le 13, en réponse au document .des Neuf», an­noncé le 8. Rédigé par des officiers proches du PRP-BR et de l'UDP, il défend «l'indépen­dance Nationale» (?) et critique la pratique passée du PCP, responsable de la situation ac­tuelle. (2) Ce même PCP dont l'implantation dans la société est fortement mise en question par les révoltes des populations. Dans le nord des sièges sont brûlés jour après jour, le Parti y est pratiquement obligé de passer à la clan­destinité, malgré ses appels aux «droits démo­cratiques» et aux Forces Armées, dont la pas­sivité va souvent jusqu'à la participation aux attaques ! Encore un nouveau signe des chan­gements qui vont se produire au sein du MFA... Aux Açores, où règne toujours la droite traditionnelle et le pouvoir de la bour­geoisie foncière, ce sont les officiers eux-mêmes qui font embarquer vers le continent, le 18, les militants du PCP. L'alliance Peuple-MFA commence à lui coûter cher !

Devant tout cela le PC change sa tactique, abandonne son anti-gauchisme ! Le 16, des contacts sont pris avec le PRP-BR, «pour dis­cuter de la situation politique». Le recul du PCP se confirme en milieu ouvrier, fruit de ses tactiques passées et du rôle repressif qu'il y a joué depuis avril 1974. Le 19, l'Intersyndi­cale, d'obédience communiste, appelle à la grève nationale, «protestant contre la vio­lence fasciste et réclamant une autorité démo­cratique et révolutionnaire.» C'est le bide ! Dénoncée par toutes les forces à gauche du PC, par les Commissions de Travailleurs les plus combatives, la grève est très peu suivie. Comme il l'avait déjà fait à Porto, le PCP de­mande, pour la première fois à Lisbonne, à ses militants de joindre la manifestation d'ap­pui au document du COPCON, le 20. Ce do­cument devient ainsi la base d'un front entre le PCP et les groupes gauchistes. Seuls les maos de l'UDP sont gênés. Comme l'exprime le journal Republica, ce texte aurait dû consti­tuer «un appui sans équivoque à l'aile révolu­tionnaire du MFA, (...) dénonçant comme fausse alternative «les Neuf» et Gonçalves (tendance PCP)». Les tensions se font vives au sein de l'Armée. Le groupe «des Neuf» sou­ligne la nécessité de refuser l'assimilation en­tre les Forces Armées, le MFA et le PCP. Ils ont l'appui des régions militaires du Centre, du Sud et du Nord. De chaque côté on com­mence à compter ses fusils !

...Les rapports de force entre militaires rem­placent les beaux rêves de révolution sociale. Le 25, pour la première fois depuis mars 1975, des forces militaires sont envoyées contre un autre secteur militaire : la 5e division, suspen­due et ensuite occupée par les troupes des «commandos». Signe du manque de confiance dans les soldats de la région de Lis­bonne, c'est un régiment débarqué d'Angola qui réalise l'opération ! La 5e division jouait un rôle important dans les desseins du «sec­teur progressiste» du M FA. Aux mains des of­ficiers proches du PCP, la 5e division contrô­lait toute l'information et la propagande au sein de l'Armée, ainsi que les informations of­ficielles aux radio, TV et journaux. Elle était aussi responsable des campagnes paterna­listes de «Dynamisation Culturelle» et, tout dernièrement, elle s'occupait de la formation de cadres (officiers, sergents et soldats) du MFA, dans une perspective PC. Compte tenu dú recul du PC, la 5e division flirtait aussi, vers la fin, avec les forces gauchistes. Elle avait même ouvert à Lisbonne un bureau d'in­formation pour les gauchistes de passage au mois d'août, sorte de Syndicat d'Initiative du MFA, ou l'on pouvait écouter des officiers de gauche raconter l'histoire des luttes de classe au Portugal...

En effet, c'est aussi à l'initiative des offi­ciers de la 5e division suspendue, que, le 26, se constitue le FUR (Front uni Révolution­naire), groupant toutes les organisations gau­chistes non-maoïstes, le PCP, et le parti-frère en décadence, le MDP. Le 27 a lieu la pre­mière manifestation du FUR à Lisbonne. Les groupes de gauche, aveuglés par ce rêve enfin réalisé d'un front uni avec le PC, se mettent à la remorque de l'appareil du Parti et de ses mots d'ordre. Cette manif «apartidaire» (c'est la mode !) se termine avec des vivats à Gon-calves et devant le regard confus et écoeuré de beaucoup de militants présents. Des groupes gauchistes abandonnent la manif en cours de route... Ce n'est vraiment pas le succès !

La démobilisation et la frustation gagnent un nombre chaque fois plus grand de mili­tants ouvriers qui, lassés des magouilles PC-PS découvrent maintenant celles entre le PC et l'extrême gauche. L'absence de luttes dans la production, l'augmentation du chômage et l'inflation provoquent une passivité crois­sante des masses, l'écart s'élargit entre les Commissions de Travailleurs et les travail­leurs. C'est dans ce cadre que les divers groupes de gauche, et le PC lui-même, se lan­cent à la conquête de ces organisations, dont beaucoup sont maintenant vidées de tous re­présentativité et pouvoir. (3) Beaucoup de mi­litants ouvriers, des services et des employés sont ainsi recrutés par les groupes de gauche, surtout par les maoïstes. L'UDP et surtout le MRPP gagnent ainsi une réelle implantation dans les lieux de travail ce qui va avoir beau­coup d'importance par la suite, compte tenu de leur attitude vis-à-vis du nouveau rapport de forces politique, des nouvelles alliances. Les deux groupes maos importants, MRPP et UDP, restent extérieurs au Front Uni. Pri­sonniers de leurs thèses anti-révisionnistes ou anti-social-fascistes, ils se refusent à toute al­liance avec le PCP. Mais ici aussi la confusion règne ! Alors que l'UDP, qui avait appuyé le document du COPCON contre le PCP et «les Neuf», reste isolée une fois que le PCP a «adopté» ce même document, le MRPP, qui y voyait dès le début une manoeuvre social-fas­ciste, appuie, non en paroles mais de fait, le groupe «des Neufs>, où l'on peut trouver, pa­rait-il (!), «des officiers patriotes et démo­crates» prêts à servir le Parti et le Peuple»... Autant de subtilités tactiques qui ne peuvent que dérouter les travailleurs les plus décidés.



SEPTEMBRE 1975, La Fin des Illusions !


a) LES MILITAIRES CHANGENT DE CAP...

Le mois de septembre marque la fin du pou­voir du PCP au sein des Forces Armées, un changement d'attitude des officiers du MFA vis-à-vis du Parti. L'incapacité du PC à assu­mer la crise sociale, à lui donner des solutions viables, l'impossibilité d'y appliquer un mo­dèle capitaliste d'Etat sont de plus en plus évi­dentes. En même temps la crise économique et sociale s'approfondit : ce sont les difficultés de la réforme agraire, faiblement appliquée,' les nationalisations désordonnées, une infla­tion de 18 % par an, plus de 10 % de la population active au chômage, une baisse de 24% du P.N.B. C'est à cette lumière qu'il faut chercher à comprendre ce qui va se passer, dans les usines, les campagnes et chez les militaires. Peu à peu, quotidiennement, on va, pendant ce mois de septembre, sentir que l'instabilité débouche sur une nouvelle ligne politique au sein de la classe dirigeante, des militaires. Combien ridicules paraissent alors les prévisions de transformation du MFA en «mouvement de libération». Tout à coup le mouvement ouvrier, les organisations à gauche du PC vont se trouver sans perspec­tive politique, acculées à la défensive, pour avoir tant cru, et fait croire, au MFA !

Pour la plupart des membres du MFA, il ne fallait pas que l'échec du PC puisse paraî­tre leur propre échec, et, pour sauver leur peau et leurs galons, il fallait changer de cap, et d'idéologie... La crise du MFA va se pour­suivre à deux niveaux, d'un côté dans sa res­tructuration au sommet, d'un autre côté par une agitation grandissante chez les soldats, es­sentiellement dans les régions urbaines. C'est ainsi que, le le; des soldats refusent d'embar­quer pour l'Angola où la guerre se poursuit. Les cadres militaires sentent chaque fois da­vantage la nécessité de rétablir la discipline. Les 3 et 4 ont lieu les Assemblées de Délégués de l'Armée, de l'Aviation et de la Marine. De tout cela ressort l'éviction de Gonçalves, le projet de restructuration du Conseil de la Ré­volution donnant plus de poids à l'armée de terre, le tout signifiant le renforcement de la tendance modérée, autour du groupe «des Neuf» ; les «progressistes» montrant alors leur faiblesse et leur manque de contrôle sur l'appareil militaire. Fait significatif, le com­mandant de la région du centre amène ses pro­pres troupes pour protéger les lieux où se dé­roule l'Assemblée... Les grandes manoeuvres ne font que commencer !

En réponse à cette reprise en main de l'appa­reil militaire, les groupes politiques liés au FUR créent le SUV (Soldats Unis Vain­cront), dernière tentative d'organiser une op­position à la normalisation dans les casernes. Proposant la création d'organisations de base clandestines liées aux Commissions de Tra­vailleurs, le SUV pratique une stratégie défen­sive et reconnaît, pour la première fois, qu'il n'y a plus rien à attendre du MFA d'un point de vue révolutionnaire, et qu'il faut s'organi­ser sur la base des soldats. Il est peut-être un peu trop tard, car on voit mal comment on pourra, dans la clandestinité, pallier les fautes et erreurs du passé... Le SUV organise, le 10 une première manifestation à Porto et le 22 une autre à Lisbonne. La réaction de la bu­reaucratie militaire est vive, des soldats sont emprisonnés au Nord et à Lisbonne, suite à une distribution de tracts. A Lisbonne des sol­dats sont libérés après une contre manifesta­tion. Cependant le SUV semble avoir des diffi­cultés d'implantation. La normalisation se fait lentement mais sûrement : remplace­ment, le 12, du commandant militaire de la ré­gion nord, considéré comme progressiste, création d'une nouvelle unité de répression, tendant à remplacer le COPCON infiltré par la gauche, dissolution de régiments peu sûrs, isolement et limogeage des officiers progres­sistes. 11 est d'ailleurs significatif qu'un offi­cier du COPCON lié au PRP passe à la clan­destinité le 22, après avoir «dévié» plusieurs centaines de fusils afin «d'armer le peuple !»... c'est-à-dire sa propre organisation !

La reprise en main des soldats, surtout dans la région de Lisbonne, va être difficile l'agitation politique y étant très forte. Mais l'i­nitiative a sans doute changé de camp: aux protestations, manifs et communiqués du SUV s'oppose la détermination de l'appareil militaire, le MFA, décidé à aller de l'avant s'il le faut, manoeuvrant les unités que lui sont fi­dèles, celles des régions militaires de l'inté­rieur, les spécialistes de la guerre et des massa­cres.

b) IMPASSE ET FRUSTRATION CHEZ LES TRAVAILLEURS

Quelle est actuellement la situation réelle des organisations de base au Portugal, quelle sont leur implantation effective, leurs pou­voirs et leurs rapports avec la masse des tra­vailleurs? Dans quelle mesure ne sont-elles pas devenues, faute de lutte de masse, des lieux d'affrontement entre les groupes politi­ques ?

Les Commissions de Quartiers sont nées après le 25 avril dans tous les grands centres urbains. Au début, elles mobilisaient des masses importantes, surtout dans les quar­tiers pauvres, et elles cherchaient à répondre aux nécessités des habitants. Peu à peu elles se sont transformées en petites structures bu­reaucratiques, souvent avec des directions qui poursuivaient des buts «partidaires», si­non personnels. Voyons quelques exemples.

Le 4 septembre les habitants d'un quartier de Lisbonne, S. Joâo de Brito, se réunissent en assemblée générale et font démissionner la Commission du Quartier, laquelle était accu­sée d'occuper des maisons pour ses propres membres. Le même jour, dans une banlieue de Lisbonne, peuplée de plus de 15.000 habitants, les membres de la Commission du Quar­tier font une réunion dans laquelle ils consta­tent le manque de mobilisation. «Les Commis­sions de Travailleurs ne peuvent fonctionner que dans une liaison étroite avec la popula­tion. Ce n'est pas notre cas. Si nous avions eu besoin de mobiliser des personnes contre une quelconque action des forces contre-révolu­tionnaires, notre commission aurait eu beau­coup de difficulté à le faire. Il faut que les per­sonnes participent à la solution de leurs pro­pres problèmes et à la défense de la Révolu­tion. Actuellement notre commission regroupe 10 ou 15 personnes, qui travaillent d'une façon désorganisée.» Dans beaucoup de cas cette passivité s'explique par la perma­nence de l'idéologie bourgeoise du droit de propriété. Les gens refusent d'occuper «ce qui ne leur appartient pas» ! Ainsi les Commis­sions de Quartiers réduisent le plus souvent leurs actions à des activités de portée limitée (nettoyage, égouts, crèches, activités spor­tives, etc.) Elles restent très légalistes dans les actes, en collaboration étroite avec les autori­tés et la bureaucratie administrative. Avec l'accroissement du chômage et la peur qu'il provoque, les divisions entre les travailleurs augmentent et l'opposition aux occupations sauvages grandît, même en milieu ouvrier.

Le 12, des affrontements violents ont lieu entre des ouvriers du bâtiment et des habi­tants d'un bidonville de Lisbonne qui occu­paient un immeuble vide. Situation misérable puisque les habitants du bidonville, manipu­lés par la Commission de Quartier, se trou­vent face à des ouvriers que la peur du chô­mage pousse à défendre les intérêts de leur patron. C'est la première fois qu'un tel cas se pro­duit depuis le 25 avril ! Ce respect de la propriété privée est, du reste, un des éléments de la pensée bourgeoise qui domine la menta­lité de beaucoup de travailleurs portugais. A ce propos, dans le film Viva Portugal, qui passe actuellement sur les écrans français, on peut observer le poids d'une telle attitude dans la réaction de la population lors de l'oc­cupation d'une riche villa, destinée à fonction­ner comme crèche.

Pour les pieds-noirs qui reviennent d'An­gola, le problème se pose différemment. Privi­légiés par leur situation de colons, une fois re­tournés au Portugal, ils acceptent difficilement une situation de pauvreté. Pour eux, il ne s'agit pas de prendre «ce qui ne leur appartient pas», mais de reprendre ce qu'ils considèrent comme un droit. C'est ainsi que, le 5 septembre, ils occupent à Porto un quar­tier destiné aux gens des bidonvilles ! La fai­blesse de la Commission du Quartier, le man­que de mobilisation des habitants rendent im­possible toute opposition...

En ce qui concerne les Commissions des Travailleurs et les syndicats, le mois de sep­tembre montre, d'un côté, le déclin de l'in­fluence du PC en faveur des groupes de gauche maoïstes et du PS, et, d'un autre côté, le développement de leur bureaucratisation. Aujourd'hui, on peut dire que chaque groupe politique a ses propres Commissions des Tra­vailleurs, et que chaque syndicat dépend du groupe politique qui a gagné ses corps diri­geants. Cette lutte pour le pouvoir dans ces or­ganisations provoque un éloignement et une démobilisation des ouvriers. Regardons de près quelques exemples.

Pendant tout le mois de septembre, plu­sieurs directions syndicales pro-PC tombent aux mains de l'opposition. C'est le cas du syn­dicat des employés de bureau, des banques, des journalistes, des employés de commerce. Dans tous ces secteurs de la classe moyenne le PC perd au profit d'une union entre les maoïstes du MRPP et les forces social-démo­crates. Sans pouvoir ici développer cette ques­tion, il nous faut souligner ce fait important qui est l'alliance entre la social-démocratie et le gauchisme de racine maoïste. Elément nou­veau, très important dans l'évolution de la si­tuation portugaise, il pose pas mal de ques­tions aux stratégies traditionnelles du PC.

Ailleurs, les affrontements physiques entre travailleurs deviennent quotidiens. Là où le PC peut manipuler les assemblées, ce sont des épurations à gauche qui ont lieu. Au début du mois, un délégué syndical gauchiste d'une en­treprise de transport de Lisbonne (Eduardo Jorge) est licencié ! Devant la passivité de la masse. des travailleurs, seul le recours à l'auto­rité militaire permet sa réintégration. Plus grave encore : dans des usines de la région in­dustrielle du nord, près de Porto, les ouvriers se mobilisent pour exiger la réintégration des anciens patrons, qui se trouvent en prison, ac­cusés de collaboration avec le régime fasciste. C'est le cas chez MOLOFLEX, et chez M. GONCALVES. Chez FACAR, les manifes­tants s'attaquent à la Commission Syndicale, dont la pratique suit la ligne du PC, et finis­sent même par organiser un repas d'accueil au patron réintégré ! Ces événements montrent très bien les limites des expériences «autoges­tionnaires». Isolés, sans crédit, incapables de survivre matériellement, les travailleurs en viennent à se dire : «au moins, tant qu'il y avait des patrons, il y avait du travail !»

Dans les régions agricoles du sud, ALEN­TEJO, où les occupations de terres ont lieu, la fatigue et la division entre les travailleurs com­mencent aussi à apparaitre. Déjà, le 10, les grands latifundiaires peuvent manifester ouvertement à Evora, allant jusqu'à s'atta­quer aux syndicats des travailleurs agricoles. Plus tard, le 14, un événement très significatif a lieu dans cette même région. Des travail­leurs agricoles d'une propriété occupée (Cu-jancas) essaient de vendre du bétail dans une foire et se font tabasser par une meute consti­tuée par des commerçants, d'autres travail­leurs agricoles et le gros de la population. Ce qui est mis en évidence parce cas, ce sont les difficultés actuelles des fermes occupées. Les premiers mois, tant que le coffre d'Etat avait encore de l'argent, les travailleurs ont reçu leur salaire. Maintenant, à partir de juillet, plus de salaire, plus de crédit agricole. Les co­opératives survivent misérablement, en beau­coup de cas les travailleurs sont obligés de ven­dre leur bétail pour pouvoir se rétribuer. Ajoutons à cela que les manipulations du syn­dicat des travailleurs agricoles, d'orientation PC, ne font qu'augmenter l'agressivité des po­pulations environnantes envers les occupants des terres, qui, dans la plupart des cas, se trou­vent très isolés dans leurs actions. 


De la Révolution à la Répression


c) LA CRISE D'AUTORITE DE L'APPA­REIL D'ETAT LE SIXIEME GOUVERNE­MENT 

Quand le nouveau premier ministre est venu à la télévision annoncer le programme du gouvernement, celui-ci pouvait se résumer en trois phrases: rétablissement de l'ordre et de la discipline, respect de l'Etat et de la pro­priété, nécessité de travailler ! En effet la situa­tion est chaotique. Le chômage augmente cha­que jour ainsi que l'inflation, et les journaux annoncent que plusieurs émigrés illégaux se trouvent en danger de rapatriement à la fron­tière française. La crise d'autorité de l'appa­reil d'Etat est évidente. Lisbonne devient une plaque tournante de trafiquants de drogue et d'armes, les attaques de banques se succèdent chaque jour, la police est absente, et toute la petite bourgeoisie commence à s'affoler de­vant une telle absence d'autorité. Les pieds-noirs d'Angola sont déjà une centaine de mil­liers, on en attend encore le double, ce qui vient aggraver le chômage. Interviewés par les journaux, ils n'hésitent pas à affirmer : «Ou on nous donne du travail, ou alors c'est la mitraillettç». Devant une telle déchéance, l'alternative Sòcial-Démocrate est comme re­valorisée. (Pas la Social-Démocratie au sens parlementaire, mais au sens d'un compromis avec la bourgeoisie nationale et internatio­nale). Le PS a posé ses conditions au sixième gouvernement : reprise du contrôle sur l'infor­mation et sur les administrations locales, ren­forcement de l'ordre et de la discipline mili­taire, remise en fonctionnement des struc­tures policières et désarmement des milices populaires, qui ont été créées par le COP-CON en collaboration avec divers groupes gauchistes. C'est un tournant à droite en termes idéologiques, c'est aussi une répres­sion croissante dans la société, la tentative de remettre en marche une économie mori­bonde.

Pendant tout le mois de septembre on sen­tait, petit à petit. cette tendance s'affirmer. Face à cela. rextr*me gauche était impuis­sante. Manifestation après manifestation, meeting après meeting, de moins en moins de gens mobilisés, on ressort les slogans défen­sifs: «Il ne faut pas reculer d'un pas», «il faut organiser l'auto-défense», etc. Les Commis­sions de Travailleurs et de Quartiers, le SUV, ne sont plus que de petites minorités de mili­tants réunies par des liens bureaucratiques, de plus en plus séparées de la grande masse de travailleurs et de soldats, qui vivent une situa­tion de frustration et d'impasse, dans la crainte du chômage et de l'inflation, divisés par l'action «partidaire». 

«Republica» et «Radio Renascença», les deux seuls organes d'information indépen­dants de l'Etat et des forces politiques majori­taires, sont en difficulté. Le gouvernement fait taire le deuxième et refuse, fin septembre, l'aval à un crédit pour le premier, dont les ventes sont en baisse, boycottées par le PS et la droite. Il faut dire que, malgré quelques bons programmes et articles, une réelle ouver­ture aux informations de boîtes, «Républica» et «Renascença» suivent une ligne politique instable et confuse, sans perspectives, misant sur «le secteur progressiste du M FA» un jour, sur «le pouvoir de base» le jour suivant»... La ligne dominante y semble être celle de l'UDP. 

L'alternative révolutionnaire de la classe ouvrière ne pourra se développer dans ce ca­dre décomposé. Cette alternative révolution­naire ne peut renaître que des luttes auto­nomes dans les usines, dans les bureaux, dans les campagnes, où les objectifs et les formes d'organisations peuvent prendre une perspec­tive nouvelle. Les limites et l'impasse d'une perspective révolutionnaire aujourd'hui au Portugal ont leur origine dans l'incapacité à détruire l'échelle des salaires et la division du travail, dans l'incapacité que les travailleurs ont manifestée à distribuer sous forme équita­ble et élargie les produits créés dans les usines et dans les campagnes, en détruisant les méca­nismes du marché. Enfin dans l'incapacité de développer les formes d'organisation comme les Comités de Travailleurs et l'inter-entre­prise, tels qu'ils fonctionnaient au début, après les grandes luttes de la TAP, LIS-NAVE, TIMEX, CTT, SOGANTAL. 

C'est en partant de la compréhension de cette réalité que le mouvement ouvrier peut as­similer l'expérience portugaise. Les erreurs et les défaites sont également importantes, à condition qu'on en comprenne les raisons. Toute exaltation d'un pseudo-pouvoir popu­laire au Portugal, ignorant ces difficultés et cette séparation entre les masses et les organi­sations, ne peut qu'empêcher la compréhension de la vraie situation.


7 octobre 1975 J.M. et C.V.


I. Pour une critique des CRTMS. voir la brochure Portugal. la question de l'organisation révolutionnaire.. Escartin. B.P. N° 41, 12190 Meudon) Paris, juin 1975.

2 Pour une critique des documents du COPCON. voir texte en annexe.

3. Voir texte de «Combate» publié ci-joint. 




Texte publié dans la revue Spartacus 
Socialisme et liberté N°B-64-R1 - Novembre décembre 1975

quarta-feira, 11 de março de 2015

Cadernos de Circunstância N° 1- mars 1969

Cadernos de Circunstância, Nova série, n.º 1, Paris  MARS 1969

Contém os seguintes artigos:

Teses sobre a Actualidade da Revolução

Luta de Classes em Portugal em 1969

Texto de Rosa Luxemburgo sobre a Burocracia Sindical

Texto de Wilhelm Reich sobre Manifesto da Sexpol

França 1969

Uma acção exemplar

Página Especial



sábado, 14 de fevereiro de 2015

AGRICULTURE, ÉCONOMIE ET RÉVOLUTION AU PORTUGAL par Joâo BERNARDO

INTRODUCTION

La lutte pour la société communiste et la réalisation de formes embryonnaires de relations communistes ne constituent pas un processus linéaire. La classe prolétarienne développe des relations sociales communautaires et égalitaires dans sa lutte contre le capitalisme, chaque fois qu'il s'agit d'une lutte directe, dans laquelle tous décident et pensent en commun les étapes à franchir. Ces nouvelles relations sociales tendent naturellement à se développer sous la forme de nouvelles relations de production. En ce sens les travailleurs prennent en

charge la production dans les entreprises dans lesquelles ils luttent, et cherchent à l'orienter selon de nouveaux critères qui évoluent et se développent au long des phases historiques de la lutte du prolétariat mondial.

Mais, pour que de telles relations sociales se transforment effectivement de relations de lutte en nouvelles relations sociales de production il faut que l'organisme complexe et centralisé du capitalisme contemporain soit attaqué en son coeur propre, c'est-à-dire que la lutte se développe mondialement pour attaquer le marché capitaliste mondial. Sinon la concurrence capitaliste mondiale impose à ces entreprises ou groupes d'entreprises, isolés, les critères courants du marché capitaliste, et la gestion cesse de s'effectuer selon les nouveaux critères égali­taires pour revenir à une gestion de type capitaliste. Jusqu'à maintenant, comme nous le savons, l'internalisation des processus révolutionnaires a été réduite et de toute façon jamais suffisamment durable pour mettre en cause radicalement le marché mondial. C'est pourquoi les luttes prolétariennes se sont présentées avec deux grandes facettes : d'un côté, développant dans leurs formes de lutte directe de nouvelles relations sociales; de l'autre, se rapportant du point de vue économique au capitalisme domi­nant et, donc, se soumettant économiquement au marché capitaliste mondial.

Soyons clairs : il ne sert à rien de critiquer une lutte ouvrière parce qu'elle finit pas s'insérer économi­quement dans le capitalisme, comme le font généra­lement les groupes critiques élitistes du mouvement ouvrier. L'internationalisation de la révolution ne dépend pas de la volonté des ouvriers considérés isolément mais de conditions objectives complexes, de la possibilité de crises simultanées du système capitaliste hautement intégré, de la nécessité d'uni­fier les rythmes différents des luttes sociales dans les différents pays. Et il est clair que le prolétariat ne peut pas rester les bras croisés quand les conditions de cette internationalisation ne sont pas réunies. Quand les ouvriers en lutte assument la gestion dans leur entreprise ils développent - et ceci se produira toujours inéluctablement - les nouvelles relations sociales créées dans le processus de la lutte pratique, en le; élargissant au processus même de travail. C'est le sens initial de la tant débattue autogestion.

Si le processus révolutionnaire ne s'internatio­nalise pas et si le marché mondial impose, au moyen des lois de la concurrence, le type capitaliste de gestion, alors cette autogestion dégénère plus ou moins rapidement pour revenir à une gestion capitaliste ou à une gestion capitaliste faite par les ouvriers, en général bureaucratisés et éloignés de la masse de leurs anciens compagnons. Ceci est la dialectique par laquelle les nouvelles relations so­ciales produites dans la lutte pratique et directe contre le capital s'étendent ou reculent. C'est pour-nous ne pouvons pas analyser ce processus selon des critères monolitiques, modèles dogmatiques d'ana­lyse. Le faire serait nous condamner à ne rien com­prendre aux processus réels de lutte, et prêcher dans le désert. Mais il est clair que pendant que certains préfèrent comprendre réellement les luttes, les prêcheurs dans le désert existent toujours.

Toutes les luttes prolétariennes doivent être étudiées sous le double aspect que nous venons d'énoncer. Ces deux aspects s'articulent dans une relation très instable, et, l'avance ou le recul du processus révolutionnaire consiste finalement dans la prédominance d'une de ces formes sur l'autre. Aussi, n'importe quelle étude de la Réforme Agraire doit l'envisager sous deux points de vue : comment le capitalisme dominant a profité ou non de la réforme agraire, sous son aspect économique, et aussi com­ment elle s'est insérée économiquement dais le capitalisme : d'un autre côté, les aspects par lesquels la réforme agraire a dépassé toutes les limites de la société capitaliste par la constitution de nouvelles relations sociales, communautaires et égalitaires, qui sont, dans leur forme embryonnaire, une promesse du futur. Nous analyserons en .2e partie le premier des aspects énoncés, et aborderons ensuite, en 3` par­tie l'autre aspect et son articulation avec le premier. Dès maintenant, et pour que cette question soit abso­lument claire, nous faisons remarquer que par Réforme Agraire nous entendons toujours la lutte que les salariés ruraux de la zone des latifundia ont lancée spontanément dans la continuation de reven­dications déjà très anciennes et d'un processus de lutte aux traditions très profondes. C'est pourquoi nous n'irons pas chercher la réforme agraire dans les

I - L'agriculture avant la réforme agraire

C'est la Réforme Agraire et non le 25 avril qui a marqué une coupure décisive dans l'agriculture portugaise.

I.I. L'insuffisance de la production agricole par rapport à l'augmentation de la consommation.

La caractéristique la plus visible de l'agriculture portugaise a été l'incapacité traditionnelle de la pro­duction agricole à satisfaire l'augmentation de la consommation interne. Dans la période comprise entre les années 1959-1961 et 1970-1972 le Produit Agricole Brut, en termes réels, n'a augmenté que d'environ 1 % annuellement. Cette stagnation de la production agricole a eu comme conséquence l'aug­mentation de l'importation des produits agricoles qui n'a pu être compensée par l'augmentation des exportations. Ce fut un facteur très important pour le déséquilibre de la balance'commerciale, et donc à l'origine d'un des graves problèmes de l'économie capitaliste portugaise actuelle.

1.2. La stagnation de l'agriculture.

La situation de l'agriculture portugaise pouvait se définir en un mot : stagnation.

1.2.1. Aspects statistiques

de la stagnation de l'agriculture.

En comparant la production agricole avec la pro­duction industrielle on voit que, en termes réels, le Produit Agricole Brut a augmenté au taux de 0,8 % entre 1957 et 1971 et le Produit Non-Agricole Brut, dans la même période, s'est développé au taux,sle 11,2 %. Entre 1960 et 1972 la production indus­trielle a augmenté annuellement du même montant que la production agricole pendant toute cette période.

La stagnation a aussi été remarquable quant à chacun des secteurs de l'agriculture et de l'élevage dans la production totale. Ce profil pratiquement inaltéré de la composition de la production agricole révèle une structure de production incapable de correspondre aux nouveaux types de demande déter­minés par l'industrialisation qui, entre-temps, s'était accélérée.

Cette stagnation impliquait une productivité très textes des lois, ni dans les tentatives (réussies ou non) de contrôle de la part des syndicats ou des partis. Ces aspects ne caractérisent pas la vigueur de la réforme agraire mais en marquent les limites ou au moins les limites que les divers secteurs politiques des classes dominantes voudraient voir exister et s'efforcent d'imposer. 

Il n'en reste pas moins curieux de remarquer que tant les défenseurs du capitalisme d'Etat (du type de l'URSS, de la Chine ou de l'Albanie, à l'ombre de laquelle se réfugient aujourd'hui les maos comme des orphelins), que certains courants qui se prétendent libertaires mais sont en réalité et très profondément anti-prolétaires, vont chercher la réforme agraire dans les textes des lois ou dans les manoeuvres des syndicats, pour la louer ou pour la critiquer. Ce qu'il y a de commun dans ces positions apparemment si opposées est leur profond élitisme : les uns autant que les autres ont une méfiance absolue dans les capacités du prolétariat; seulement les partisans du capitalisme d'Etat prétendent enchaîner les prolé­taires aux technocrates triomphants, alors que ces pseudo-libertaires élitistes prétendent substituer le mouvement révolutionnaire du prolétariat par la contestation diffuse de mauvais étudiants, techno­crates frustrés. 

basse et qui croissait très lentement. En 1957 la population active agricole correspondait à 42 % de la population active totale et produisait 25 % du Produit National Brut; au début des années 70 la population active agricole représentait un peu plus de 30 % de la population active totale et produisait environ 15 % de Produit National Brut. 

La productivité est une relation entre le produc­teur et le produit dans laquelle les moyens de production sont l'élément décisif. Sous cet aspect le retard était très grand. En 1968, environ 20 % des exploi­tations agricoles n'utilisaient aucun engrais. Entre 1956 et 1972 le nombre des tracteurs a augmenté dans un pourcentage peu supérieur à celui de l'en­semble de l'Europe occidentale; mais, comme le point de départ était très bas (5 000 tracteurs en 1956) ceci a seulement signifié que la situation de grand retard s'est maintenue. En 1968, seulement  20 % des exploitations recouraient à l'usage de trac­tions, et seulement 2 % d'entre elles en possédaient ; les autres les louaient. Une situation de type simi­laire existait pour le reste des machines agricoles. 

Cette grande déficience dans l'utilisation des machines et des engrais chimiques nous permet de mettre le doigt sur la plaie: la stagnation du secteur agricole au Portugal était due principalement au caractère rétrograde des propriétaires terriens. Contrairement aux capitalistes industriels qui développèrent leurs secteurs de production en cherchant un profit maximum, les propriétaires terriens se sont satisfaits de formes archaïques d'exploitation et ont maintenu leurs rendements stagnants. Pourquoi.? 

1.2.2. Aspects sociaux et politiques de la stagnation de l'agriculture. 

Commençons par voir le régime de la propriété agricole. (Comme les statistiques portugaises sont très irrégulières quant aux informations qu'elles fournissent sur la propriété agricole, et ne donnent des indications plus régulières qu'au sujet des exploi­tations, nous parlerons toujours de ces dernières mais sans oublier qu'elles ne correspondent pas tou­jours aux propriétés : une propriété peut se répartir en plusieurs exploitations et, d'un autre côté, une exploitation peut avoir à sa tête un fermier.) 

A cause de facteurs historiques séculaires, le régime agraire portugais se répartissait dans un grand nombre d'exploitations agricoles de très petite superficie et dans un petit nombre de latifundia qui occupaient la grande partie de la superficie cultivable.Entre ces deux extrêmes, les exploitations de dimensions moyennes ont connu un développement réduit. Comme le montre le tableau suivant :



Cette polarisation s'accentue encore plus en sachant que les exploitations de plus de 1.000 ha détiennent presque la moitié de la superficie occupée par les exploitations de plus de 100 ha. A l'autre extrémité, il est important de savoir que 67 % des exploitations de moins de 20 ha (occupant 57 % de la superficie détenue par cette catégorie d'exploita­tions) destinait sa production à l'auto-consommation et non au marché. 

Un ensemble de facteurs relativement récents explique le maintien de cette situation traditionnelle : Se développant avec un grand retard, le capitalisme industriel portugais avait besoin de réunir un certain nombre de conditions optimum pour lui faciliter une accumulation rapide de capital et accélérer la forma­tion des grands groupes monopolistes. L'Etat à joué un rôle décisif dans ce processus et le salazarisme y a acquis sa fonction historique. Le démarrage indus­triel dans un pays au capitalisme retardataire fut permis par le contexte international des années trente avec la rétraction économique des pays les plus développés et la possibilité de renforcer les barrières douanières et, ensuite, grâce aux bénéfices résultant d'une avantageuse situation de neutralité pendant la seconde guerre mondiale. Mais, au-delà de cette conjoncture internationale, il fallait encore l'accumulation de grands profits à l'intérieur. A cause de la basse compétitivité du capitalisme portugais, de tels profits considérables résultèrent surtout du processus d'orientation basée fondamentalement sur des bas salaires requiert deux grands types de conditions: conditions politiques — destruction des syndicats revendicatifs et illégalisation des grèves, persécution des activistes prolétariens et des partis politiques, principalement ceux à base ouvrière. Conditions économiques — la répression, si elle peut faire baisser les salaires à un moment donné, ne peut pas en elle-même les maintenir à un bas niveau; pour ceci il fallait que les biens de consommation courante soient maintenus à un bas prix. Comme la consom­mation du prolétariat portugais était très limitée, ceci signifiait essentiellement une politique de bas prix agricoles. 



Pour éviter que ne résulte de cette orientation un conflit grave entre les industriels, dont les profits augmentaient, et les agriculteurs, qui voyaient les leurs diminuer ou demeurer stagnants, on a prétendu compenser la fixation des prix agricoles par la concession de subsides aux agriculteurs. Mais, si ce moyen permit une certaine stabilité de leurs revenus il empêcha l'essor de la production agricole et sa modernisation. La principale fonction du crédit agricole durant toute la période du salazarisme fut de maintenir les revenus des propriétaires agricoles, nommément des latifundiaires, qui pouvaient le plus faire pression sur l'appareil d'Etat et les institutions de crédit. Seul un faible pourcentage des petites exploitations agricoles a recouru au crédit.exploitation interne du prolé­tariat portugais (en plus de l'ultra-exploitation des travailleurs des colonies) donc des bas salaires. Une A long terme, pourtant, cette politique de bas salaires a eu pour conséquence la stagnation du marché interne. L'agriculture fut la plus durement atteinte par cette situation, puisqu'elle produisait fondamentalement pour le marché interne. De là s'ensuivit une fuite de capitaux du secteur agricole où avait lieu un véritable désinvestissement; pourtant les latifundiaires ne réussirent pas à transférer leurs capitaux dans des investissements industriels car ils n'avaient pas la capacité économique suffisante pour concourir avec le capital financier et industriel. Le caractère parasite des latifundiaires en a été encore plus accentué. D'un autre côté, cette stagnation de l'agriculture écarta le capital industriel et financier des investissements agricoles, éloignement qui fut encore consciemment promu par le salazarisme pour éviter les conflits à l'intérieur de la classe dominante. Les investissements agricoles du capital industriel et financier ne se dirigèrent pas au Portugal mais aux colonies. 

Les tensions résultant de cette situation étaient flagrantes et s'aggravèrent avec le progrès économique. Y a contribué le grand essor migratoire des années soixante et soixante dix, qui, joint à la mobi­lisation des trois guerres coloniales, a conduit à une forte augmentation des salaires surtout ruraux. L'expansion de l'industrie vers de nouveaux endroits, alors exclusivement ruraux, a eu aussi un effet de hausse sur les salaires agricoles. D'un autre côté, l'industrie en expansion avait besoin d'élargir le marché interne ce qui exigeait une agriculture moderne et non stagnante. Finalement, le grand bond inflationniste, qui, au-delà des facteurs inter­nationaux déterminants ne fut pas étranger à la propre stagnation de la production agricole face à l'accroissement de la demande interne, a compromis gravement l'équilibre entre latifundiaires et indus­triels au sein de la classe dominante. Ces contra­dictions étaient arrivées à une situation presque explosive pendant le gouvernement de Marcelo Cae­tano, et encore ici le 25 avril est venu résoudre des problèmes pressants des capitalistes portugais. 

I.3. La diversification sociale du monde rural selon les régions. 

La distribution de la propriété dans le pays n'est pas homogène. Quant à leur dimension, les exploitations agricoles se répartissent en trois grandes zones: 

Au sud du Tage, une zone dans laquelle la grande et très grande exploitation à la prédominance absolue, et le nombre de petites et moyennes exploi­tations est restreint. Dans cette vaste zone se concentrent 30 % des salariés ruraux de tout le pays, dans un pourcentage relativement à la population active agricole très supérieur à la moyenne nationale. Entre le patron et les propriétaires agricoles, il n'y avait pas la masse des petits et moyens paysans, et donc, c'était une région traditionnelle de conflits sociaux très aigus. 

Une bande littorale qui s'étend de façon presque ininterrompue de la frontière nord au Tage, a comme caractéristique la prédominance de la petite exploitation, en second lieu la grande exploitation; l'exploitation moyenne étant à un rang très inférieur. 

Dans une autre bande, qui s'étend dans la partie nord du pays, .dans le sens Ouest-Est, depuis certaines zones du littoral jusqu'à la frontière Est, prédominent les exploitations moyennes, tout de suite suivies par les petites et en dernier lieu, les grandes exploitations. 

Dans ces deux dernières zones il y a un équilibre relatif entre le nombre des salariés ruraux et le restant de la population active agricole et, en plus, beaucoup de ces salariés sont aussi à certains moments, exploitants de petites parcelles. Il n'y a pas ici de polarisation de la société rurale entre le propriétaire et les prolétaires, et il se développe une hiérarchie plus ou moins graduelle de propriétaires qui dilue une partie des antagonismes dans un tissu d'intérêts réciproques et de commerce mutuel. Cette action délayante des luttes sociales sera plus grande dans la troisième zone indiquée où les petites et moyennes exploitations prédominent, et moindre dans la seconde où les moyennes exploitations, en pourcentage plus réduit, exercent une fonction de tampon moins accentué. Cette seconde zone est moins conservatrice, et si elle ne connaît pas les luttes des salariés agricoles, elle voit des luttes constantes entre les petits et grands paysans, et entre les propriétaires et exploitants. (Il y a encore des cas particuliers qui ne s'encadrent dans aucune de ces zones, comme l'Algarve, sur la côte sud, et de certains départements dans le Nord intérieur). 

Il ne faut pas non plus oublier que la société rurale n'est pas isolée de l'industrielle. Au nord du Tage les liens entre le monde de l'industrie et celui de la campagne sont très étroits, dans la seconde zone mentionnée. Dans une même famille on rencontre des ouvriers industriels et des petits ou moyens exploitants agricoles, et la grande dispersion de l'habitat de cette zone fait que le prolétaire habite dans une exploitation agricole. Parfois, le prolétaire travaille dans les champs, pendant la fin de semaine ou partie de l'année. Si ces liens avec la petite et moyenne exploitation peuvent avoir une influence conservatrice sur le comportement du prolétariat industriel, il n'est pas moins certain que son expérience comme ouvrier dans l'industrie a décidément contribué à miner les liens conservateurs de la société rurale. 

Toutefois, il ne fait aucun doute que c'était dans la zone latifundiaire au sud du Tage que la polarisation sociale était la plus intense et les luttes de classes les plus radicales. (A suivre) 

 João BERNARDO


SPARTACUS - Socialisme et Liberté - Mensuel n° 98- octobre 1978 - R 11

quarta-feira, 4 de fevereiro de 2015

La Révolution des Œillets et l’immigration portugaise (Revue Migrance N°43)

Le 25 avril 1974, le soulèvement du Mouvement des forces armées (MFA), connu sous le nom de Révolution des Œillets, met fin à près de 50 ans de dictature (1926-1974), à une guerre coloniale en Afrique et instaure la liberté et la démocratie politique au Portugal.

Il y a alors 750 000 Portugais en France, pays où, depuis 1960, ils étaient les plus nombreux à émigrer.

Que signifie le soulèvement du 25 avril 1974 pour les Portugais de France de l’époque ?

Comment s’insèrent-ils dans cette histoire, et quel rôle ont-ils joué pendant et après la Révolution des Œillets ?

Quels rapports la Révolution a-t-elle établi entre le nouvel état portugais et ses émigrés ?

Quelles traces la Révolution de 1974 a-t-elle au sein de l’immigration portugaise ?

Telles sont quelques questions posées par ce numéro 43 de la revue Migrance.



Introduction
Marie-Christine VOLOVITCH-TAVARES et Louisa ZANOUN

Témoignages: : Entretien avec Arthur Silva, réfractaire et militant anticolonialiste

« La Révolution se gagne au Portugal, mais elle se défend en France ». La Révolution des Œillets vécue par Manuel Dias Vaz, immigrant portugais militant dans des groupes politiques, syndicaux et associatifs en France

Vasco Martins. Parcours d’un militant portugais pour la démocratie au Portugal à travers la campagne d’archives orales de Génériques

Entretien avec José Batista de Matos. Le monument du 25 avril de Fontenay-sous-Bois, un cas exceptionnel d’hommage à la Révolution des Œillets

Histoires et mémoires du 25 avril 
Quel 25 avril pour les émigrés ? L’État portugais et les migrants en France pendant la Révolution des Œillets Victor PEREIRA

La Révolution des Œillets et l’immigration portugaise. Analyse de la presse écrite immigrée lusophone au Luxembourg (25 avril 1974 – 25 avril 1975)
Thierry HINGER

Le Conselho das Comunidades Portuguesas comme pièce centrale de la politique migratoire de l’après-25 avril  Maria Beatriz ROCHA-TRINDADE

Les intellectuels et le 25 avril : entre pensées et actions d’António José Saraiva 
Yvette SANTOS

Voix poétiques de quelques exilés et immigrés portugais en France
Dominique STOENESCO

Le 25 avril et la liberté d’émigrer. Pratiques et mémoires des intermédiaires de l’émigration clandestine Marta SILVA

L’émigration et le 25 avril : regards croisés. De l’espérance à un certain désenchantement (1974-2014) Manuel Antunes DA CUNHA et Maria Engrácia LEANDRO

Odysséo : : La presse militante de l’immigration portugaise dans Odysséo Carolina MACEDO