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domingo, 16 de março de 2014

LUTTE ET REPRESSION: la démocratie de la gauche et des patrons (1975)

Contrairement à certaines apparences, il circule très peu d'informations sur la situation sociale réelle au Portugal; ce qui est diffusé entretient surtout le mythe de la nouvelle démocratie portugaise, en pleine complicité avec le nouveau pouvoir en place. Tout ce gui nous est dit concerne avant tout les démêles  des partis, les déclarations des dirigeants politiques et militaires, les perspectives électorales. Mais qu'en est-il de la classe ouvrière, de ses objectifs et de ses luttes ? C'est déjà un acte de solidarité avec elle, que de tenter de faire la lumière, de briser le mur du silence.





La discipline et la hiérarchie vues par les capitaines démocrates :
(...) le Chef se fait reconnaître sans s'imposer et l'échange d'opinions avec les subordonnés contribue son enrichissement personnel (...) L'ordre démocratique qui doit être instauré après le 25 avril exige, plus que jamais, une forte discipline.(...) Plus que jamais, la HIERARCHIE militaire doit être comprise et renforcée, basée sur la responsabilité et la coopération consciente (...)
N° 3 du Journal du .mouvement des Forces Armées, Lisbonne, 25 octobre 75

« Nous vivons en régime capitaliste et non en régime socialiste. Les entreprises ont des propriétaires. Ce n'est pas aux travailleurs de décider qui doit ou non y travailler. Avant, Messieurs vous devez faire quelque chose d'autre – une révolution – en retirant aux propriétaires la possibilité de commander. »  M.Lindim Ramos, chef du personnel des Transports publics de Lisbonne  (membre du PC) aux travailleurs - Lisbonne 5/12/74



Avant le 25 avril 


La société portugaise est en décomposition. Le régi­me, vieilli, corrompu immobile, incapable de s'adapter aux besoins d'une économie moderne, perd même l'appui de la majorité des bourgeois, industriels et financiers. Les dépenses improductives de guerre et l'inflation s'ajou­tent à l'arriération de l'économie, de l'administration, des services publics. Outre leurs conditions de vie mi­sérables, les travailleurs subissent un service militaire de 4 ans, dans une guerre qui dure depuis 13 ans. Plus d'un million d'entre eux émigrent dans les autres pays d'Europe Occidentale. Depuis les années 60 les luttes ouvrières n'ont pas connu de répit au Portugal. Les clas­ses dirigeantes, désemparés, souhaitent l'instauration d'une société « démocratique », avec des partis et des syndicats reconnus, servant de soupapes de sécurité à ces explosions ouvrières. L’armée, composée en majorité d'appelés, en a marre. La guerre ne peut être gagnée et le refus massif de la guerre se développe: 150 000 insoumis et déserteurs en 10 ans pour une armée de 250 000 hommes.

Ceux qui avaient commis des massacres sans fin, ceux qui avaient tout accepté passivement, deviennent du jour au lendemain « les héros de la démocratie » . Comment parler de la crise de l'Armée, de ces capitaines « démocrates » sans évoquer la masse des insoumis et des déserteurs qui s'étai­ent depuis longtemps opposés à la guerre? Alors qu'on re­çoit aujourd'hui au Portugal, dans des hôtels de luxe les dirigeants des « terroristes africains » d'hier, on refuse toujours l'amnistie complète aux milliers de déserteurs!


Les travailleurs en action


Pour les travailleurs, que signifie la fin du fascis­me? Tout d'abord la défaite des forces répressives, la fin des brimades, la possibilité de se réunir, de discuter librement! Un désir profond de changer leur vie prend naissance. Du coup, l'amélioration du niveau de vie leur semble possible, une répartition différente de la riches­se sociale. Alors les revendications jaillissent, les usi­nes s'arrêtent, on discute, on s'organise. On veut davan­tage de pouvoir sur sa vie, dans la production. On veut pouvoir contrôler. Mais quoi? Comment? On exige l'épura­tion des mouchards, des petits chefs, dés directeurs du personnel, on réclame des augmentations de salaire, des réductions d'horaires des vacances payées, la fin du travail à la pièce et la sécurité de l'emploi. Le mouve­ment s’élargit, surtout dans les nouvelles concentrations ouvrières, ou le PC, clandestin, n'avait pas semé le grain du réformisme (le textile, l’électronique, la nouvelle métallurgie). Ce sont surtout des jeunes ouvriers qui y participent. La bourgeoisie s'affole. Le Salaire National Minimum est institué. Inférieur aux revendications, il absorbe néanmoins cette première vague de greves. Mais une nouvelle vague se déclenche, vers juillet 74 dans des secteurs plus puissants. les Postes, les nouvelles usines (Mabor, Toyota, CIM), les chantiers navals (Lisnave), dans la fonction publique, à la TAP, dans les journaux. Ce sont des grandes concentrations de travailleurs. Progressivement les travailleurs s’aperçoivent que la « révo­lution» qui s'est faite, n'était pas « pour eux » , on découvre des « partis des travailleurs » avec des pratiques anti-travailleurs, on découvre le rôle de l'Armée démocratique. Cette deuxième vague de greves, rencontre en effet, la résistance acharnée de l'État, des bourgeois et des forces Politiques aux pouvoir (le PCP et les partis socialistes, PS et PPD) ainsi que de l'Armée. La répression est violente le mouvement est écrasé avec la fin de la grève de la TAP (Septembre 74).


L’Organisation de la lutte


Les grèves sont spontanées. On élit des Comités de Travailleurs. Le recours aux AG est généralisé. Contre le vieux syndicalisme, par métiers et sans base de masse, (les dirigeants étaient nommés), ces organisations vont gérer la lutte. Ce sont des organes unitaires, de base. Ils s'occupent des taches discutées en AG. Des journaux de grève paraissent un peu partout. La démocratie ouvrière est, au début, assez forte. De nouvelles formes d'action directe surgissent: expropriation et vente des marchandises (Sogantal, Ucal, Charminha) s'accompagnant parfois d’expériences de « salaire » égal et de rotation dans les tâches à effectuer: on se méfie des négociations, on fait accom­pagner les délégations aux conversations avec le patronat ou avec le ministère par des manifestations de masse, exi­geant un contact constant entre la masse et ses délégués, et l'état d'esprit général, c'est celui du « c'est à prendre ou à laisser » (Textiles, Lisnave, Fonction Publique, Batiment)! Au fur et à mesure que la répression s'accentue, le durcissement des gréves s'accompagne de la politisation d'une minorité de travailleurs. Les Commissions de Tra­vailleurs établissent des contacts entre elles, les re­vendications deviennent plus politiques et plus critiques envers « l'intérêt général » que le PC veut imposer comme limite à la lutte (TAP). Les formes d'organisation devien­nent plus radicales (Comité de grève mandataire à la TAP manifestation de rue des ouvriers de LISNAVE, les travail­leurs utilisent les machines et le matériel pour sortir leur propre journal de grève sous forme d'édition pirate: Contre la répression à la TAP, un collectif de travail­leurs les plus combatifs s'organise; il deviendra par la suite un collectif Inter-Entreprises (voir encadré).


Le renforcement de l'État

Après la chute de l'ancien régime, les administra­tions locales, les moyens d'information, l'appareil d'é­tat semblaient s'écrouler. Momentanément, le pouvoir était vacant. Les forces réformistes, le PC et le PS se sont dépêchées de prendre en charge la « loi et l'ordre » avec le concours de l'armée. Le pouvoir que les masses avaient découvert en elles-mêmes est rapidement délégué à ces « anti-fascistes » , politiciens professionnels. Con­sidérés par l'ancien régime comme des « méchants» des « bandits » , ils deviennent, comme dans les westerns, les nouveaux garants de l'ordre, les shérifs ! On avait vu cela en France après la libération. Ils revalorisent l'armée gagnée par l'insubordination et la révolte des sol­dats - l'appareil d’État qu'ils colonisent, les syndicats à structure fasciste dont ils prennent les directions. Le tout vise à réinsérer les mouvements de grève, la libération de l'énergie des gens dans des objectifs négo­ciables (salaires, modifications des lois), tout en res­pectant les institutions. Il faut minimiser, isoler tou­te action tendant à mettre en cause le système, à effray­er la bourgeoisie (épuration des administrations et des entreprises, revendications portant sur l'organisation du travail, révolte contre les prisons, création d'orga­nisations locales de gestion dans les villages). Il s'a­git aussi de recréer la peur que le mouvement de masse avait dissipée après 50 ans de répression. Attention aux « provocateurs » aux « aventuristes » , « il ne faut pas aller trop loin' », « gare au fascisme ! »

L'appareil d'État se remet en marche des lois répressives sont votées, comme la loi sur la grèves (interdiction des piquets, des occupations, des grèves pour motifs politiques, etc.). Comme les travailleurs ne sem­blent pas s'y soumettre, la répression militaire ouverte s'impose (TAP, LISNAVE). Dans ce premier temps, la bour­geoisie qui garde toujours le pouvoir économique est avec le PC et l'armée : « le changement ce n'est pas la révolution !« . Tout ce beau monde est d'accord : « Il faut rétablir l'ordre, il faut travailler ! » .

L'armée à l’œuvre

Le mouvement des capitaines (MFA), présenté par­tout comme « démocratique » n'est qu'une puissante force répressive au service de la démocratie et de l'ordre des patrons, des politiciens, de la classe dominante. Les faits parlent d'eux-mêmes.

Pendant les premières grèves, alors que les ou­vriers les voyaient encore comme des alliés, ces capi­taines vont dans les usines jouer les « médiateurs » . l'Ob­jectif est la division. On oblige à voter (TIMEX), on fait des propositions confuses afin de faire reprendre le travail (qui veut, qui ne veut pas travailler? « de­mande-t-on par vote aux ouvriers de CIM Cacèm en grève contre les licenciements), on séduit et manipule les AG, les commissions de travailleurs et les ouvriers les plus radicaux afin de les isoler de la masse. Dans la société, l'armée est la nouvelle police : on tire sur les détenus des prisons de Lisbonne en révolte (juillet). Avec la grève des postes (CTT), c'est la question de l'intervention directe dans les grèves qui est posée. Deux jeunes appelés refusent d'accomplir ces ordres, ils sont foutus en tôle ! C'est aussi un prétexte pour mettre de l'ordre au sein de l'armée; les soldats commençaient à se mêler trop souvent à la foule dans les rues, dans les manifs. Le PC approuve (voir encadré). Lors de la deuxième vague de grèves, l'armée est envoyée partout pour défendre les patrons et la PROPRIETE (Jornal do Co­mercio, Sogantal Costa), à la TAP, l'entreprise est « militarisée » et 200 ouvriers sont suspendus passant sous l'autorité du Règlement de discipline militaire ! Lorsque les 6.000 ouvriers des chantiers navals veulent défiler à Lis­bonne pour imposer l'épuration du chef du personnel, se sont les paras qui leur font face, se retirant finalement devant leur détermination. On pourra alors voir les mili­tants locaux du PC distribuer des bières aux paras! Une force répressive spéciale d'intervention, le COPCON, est créée avec les commandos d'Afrique, des assassins profes­sionnels. Le COPCON interroge les ouvriers « meneurs » (TAP et SOARES da COST), saisit aux sièges des journaux les photos des manifs aux fins d'identification (selon le jour­nal des journalistes Caixa Alta). Les paras font des qua­drillages périodiques dans les quartiers populaires et les bidonvilles de Lisbonne (Casal Ventoso). Tout cela pour défendre la « démocratie » ! Le PC approuve : « Il faut unir le peuple et le MFA !» C'est une union plutôt forcée! Toute critique de l'armée est interdite. Un journal (Co­mercio do Funchal) est interdit car il publie, avec com­mentaire critique, la liste des augmentations salariales que les capitaines se sont « votées » (n'oublions pas que les ouvriers, eux, doivent se sacrifier, « l'économie » est en crise n'est-ce pas ! Un journal qui rappelle les mas­sacres en Afrique pendant la guerre est frappé d'amende (0 Raio da Covilha). Au sein de l'armée, les soldats et jeunes étudiants constatent que rien n'a changé (voir en­cadré). En décembre 1974, des appelés se mettent en grève à Mafra (banlieue de Lisbonne) contre l'emprisonnement de 6 soldats et sous-officiers qui avaient osé discuter collectivement le film « Le cuirassé Potemkine » . « Pas de poli­tique dans l'armée » , disent les gradés. Sauf si c'est la politique du PC et des capitaines ! pas de déviation :
600 sous-officiers sont dégradés, isolés dans des unités de l'intérieur. La démocratie est sauvée !


« Aucun pays, même les pays de vieille démo­cratie, ne permet des appels ouverts la désertion et l'agitation au sein des Forces Armées » . 
Un membre du PC - Expresso 22/6/74



La pratique du PC


La liste est longue et le choix difficile ! Avant le 25 avril, les militants du PC étaient souvent à la tête des luttes pourvu qu'on puisse les canaliser dans un front antifasciste, c'est à dire en accord avec la bourgeoisie libérale et éclairée. Après le coup d'état, le PC se trou­ve dans l'appareil d'état, lié aux capitaines et son rôle essentiel est de canaliser le mouvement de révolte et de grèves pour le maintenir dans les « limites du possible » . Il commence par mettre en garde contre « les provocateurs », accuse les ouvriers les plus radicaux de se faire mani­puler par les fascistes (ouvriers des boulangeries, pê­cheurs, Transports publics de Lisbonne). Par l'intermé­diaire des directions syndicales qu'il contrôle (banques employés de bureau, cheminots), il organise des manifs de rue contre la « grève pour la grève » (juin). Mais c'est dans la grève des postes (juillet), que son action anti-ouvrière va le plus loin. Avec les petits commerçants et la population enragée, il organise des manifs contre la grève (Viseu, Porto), des grévistes sont attaqués physiquement, accusés de fascisme; dans de vieux fiefs communistes, le Parti pousse les travailleurs à voter des motions contre la grève et menace d'investir les bu­reaux de poste occupés (mines d'Aljustrel). L'image du Parti change aux yeux des travailleurs les plus radicaux des grandes concentrations industrielles, des militants de base déchirent leur carte, mais pas mal de petits-bourgeois rejoignent le Parti, celui de l'ordre et du « réalisme » . Chez les vieux ouvriers, dans les anciens secteurs industriels, le PC reste très implanté (petite métallurgie, mines, ouvriers agricoles, etc...). Avec la deuxième vague de grèves, c'est de nouveau le même topo. Lors de la grève au Jornal do Comercio, alors que tous les journaux sont bloqués par une grève de solidarité, seul un journal contrôlé par le PC (O Século) est imprimé et s'il ne peut pas sortir, c'est seulement parce que des piquets de travailleurs du livre l'en empêchent. A la TAP, le Parti a une position résolue contre la grève, il veut noyer la force des ouvriers dans la masse des bureaucra­tes, il appuie l'intervention militaire et ses militants font les jaunes lors de la grève du zèle qui fait suite. Il sait que c'est décisif ! Mais le PC n'est pas seule­ment présent dans les usines. Ses cadres contrôlent com­plètement le ministère du travail où, chaque fois, ils essaient de magouiller les délégations ouvrières, les séparant de la base, en leur proposant de modifier leurs revendications pour le « bien de la nation » . Il est fré­quent que les travailleurs délégués aux négociations avec le patronat trouvent autour de la table des cadres du PC qui sont là « parce qu'ils connaissent bien les pro­blèmes des travailleurs » (PTT). Ailleurs, ce sont ces mêmes cadres qui viennent, dans la voiture du patron, demander aux piquets de grève de se retirer des portes de l'usine (Mabor). Ailleurs encore, ils sont devenus mem­bres des administrations (Chemins de Fer), ou chefs du personnel (Transports publics de Lisbonne) (voir encadré); Dans les universités où la lutte fait rage entre les groupes maos et les étudiants communistes, le PC contrôle les administrations. Deux journaux de grand tirage (0 Século et Diario de Lisboa), des radios et la TV sont sous la domination de journalistes du PC. S'il n y a pas de pouvoir économique (comme ce fut le cas au Chili, par le biais des nationalisations), le PC a, au Portugal, un fort pouvoir dans la gestion de la force de travail (syn­dicats, ministère du Travail, chefs du personnel), ainsi que dans les organes de domination idéologique (Universi­té, information).


« Ce qui intéresse le PCP, comme tous les partis hiérarchisés et à organisation verti­cale, c'est de se constituer en une force qui, le moment venu, distribuera les places du pou­voir à ses comités, et à ses chefs, à ses mili­tants, assurant l'instauration d'un nouvel or­dre moral dont la devise sera : des privilè­ges pour quelques uns et le travail pour les autres ! » 
(Journal de grève du Jornal do Comercio; Lisbonne, sep. 74)

Le recul des luttes


La situation économique est actuellement assez grave. Les petites entreprises (très importantes dans l'économie) incapables d'absorber les augmentations salariales, même peu importantes, le refus d'investissement du capital privé national et international, tout cela provoque beaucoup de licenciements et de fermetures. La crise du capi­tal international a, de plus, des effets énormes sur une économie aussi chancelante.

Par contre, un énorme secteur improductif (bureau­cratie d’État, secteur tertiaire, armée) conserve des sa­laires assez élevés. Inflation et chômage (3% officielle­ment) sont les problèmes essentiels des travailleurs. Vient s'y ajouter la répression des dernières grandes lut­tes (TAP). Le PC joue sur ce terrain, renforçant la peur de se battre, faisant appel à « l'effort national pour sauver l'économie » contre la crise qu'il accuse quelques 12 familles de capitalistes de provoquer ! Dans les boî­tes, c'est le retour à l'action syndicale traditionnelle, à la défensive, on reprend même des cartes du PC... La plupart des organisations de lutte (les Commissions de Travailleurs) se sont intégrées aux nouveaux syndicats en formation (dans les secteurs plus combatifs : textile; électronique, chimie, PTT). Le recul des luttes de masse transforme ces organes en lieux d'affrontement entre groupes politiques (Chantiers navals). Le PC prend le con­trôle des directions syndicales et de l'Inter-syndicale (germe de la future CGT) et il fait pression pour le vote de la loi du Syndicat unique qu'il contrôlera. Les seuls groupes ouvriers radicaux se retrouvent à la Commission Inter-Entreprises (voir encadré) qui regroupe souvent deux cents participants mais que l'isolement mène à une position de lutte pour la reconquête des syndicats existants. Mais la survie de ces noyaux radicaux, l'existence d'un puissant syndicalisme de gauche (textile, grande métallurgie, électronique, bâtiment, PTT) sont les signes d'un renouveau dans l'expérience des travailleurs. Seuls l'avenir dira si elle se transformera en une nouvelle vague d'actions radicales ou si elle s'intégrera complémentent aux vieilles méthodes d'action syndicales.

« Avec la croissance des luttes, après le 25 avril, on a constaté que les syndicats et les partis restaient loin de ces luttes et les sabotaient, et c'est pourquoi est apparue la nécessi­té d'établir des contacts et d'échanger des expé­riences entre les camarades en lutte »  
Feuille informative n °1 du Comité Inter-Entreprises, Lisbonne, 2/1/75

La décolonisation


Après 13 ans de révoltes et de lutte contre le co­lonialisme, les peuples des colonies sont« indépendants » ! Mais que signifie-t-elle, cette indépendance ? Les orga­nisations nationalistes, avec l'accord de l'Armée portu­gaise, prennent le pouvoir d’État. Là où elles s'identi­fient facilement à la nouvelle nation (Guinée, Mozambi­que), le passage est facile. En Angola, la division des organisations nationalistes selon des barrières tribales est utilisée par le capitalisme mondial (l'Angola est un des principaux producteurs de pétrole d'Afrique noire) comme facteur de division et de manipulation du nouvel État. Les masses populaires, affamées par la guerre et par la misère, exultent dans un premier temps, mais vite les nouveaux seigneurs leur font comprendre que « indépen­dance, ça ne veut pas dire prendre la maison du blanc » . Il va falloir travailler pour construire le pays, pour payer ces nouveaux bureaucrates, pour accumuler du capi­tal. Fin de l'oppression coloniale, mais augmentation de l'augmentation salariale, voilà ce que l'indépendance veut dire pour ces masses que le colonialisme a réduites à un état misérable. Face à ceux qui ne sont pas d'accord, les troupes des mouvements nationalistes, ces « champions de la libération » sont là, dans les rues et dans les bi­donvilles. Déjà, il faut respecter l'ordre, la propriété qui reste celle des blancs et d'une petite bourgeoisie noire. Au moment du putsch avorté des colons blancs au Mo­zambique, en septembre dernier, les forces armées du Frelimo et celles de l'armée portugaise répriment avec une extrême violence le mouvement de résistance des travail­leurs noirs des bidonvilles de Lourenço Marques. Il y a eu au moins 200 morts du coté de la population noire.

En Angola, ce sont les forces armées des trois mou­vements de « libération » (MPLA,UNITA,FNLA), ensemble avec les militaires portugais, qui patrouillent aujourd'hui dans les rues de la ville, assurant la répression quotidienne de toute tentative de révolte des travailleurs. La lutte contre le colonialisme se termine, la lutte contre l'exploitation capitaliste continue, mais à quel ni­veau de faiblesse !


La politique

C'est dans cette phase de reflux des luttes et de renaissance de la peur, du conformisme général, qu'ont lieu les affrontements politiques. La préparation des élections en est le point central. La bourgeoisie apeurée par l'importance du PC qu'elle sait ne pas correspondre à son poids électoral, effrayée par ses projets de nationalisations et de main mise sur l'appareil économique, s'appuie sur les intérêts de la bourgeoisie européenne et des USA. Le PS, lié aux sociaux-démocrates allemands et nordiques, dont la respectabilité vis-à-vis de la bour­geoisie est fortement établie, représente, avec les ten­dances spinolistes, leur atout le plus fort. Au sein de l'armée, ces divisions se retrouvent et deviennent chaque jour plus conflictuelles. Les groupes de gauche, les maos et la Gauche Socialiste (espèce de PSU), s'ils ont été liés aux luttes, ne l'on été que par opportunisme, afin de recruter les ouvriers les plus militants ou de pren­dre le contrôle des nouveaux syndicats de gauche. En période de reflux, ils n'ont rien d'autre à dire que de proposer le retour au vieux principe de la délégation de pouvoir : les élections.

En ce qui concerne le débat sur l'unité ou la plu­ralité syndicale, il faut voir clairement quels sont les enjeux là-dedans.

1/ le PC et le PS, pour leur part, s'affrontent sur le problème de la démocratie syndicale; ce n'est qu'une apparence, puisque le PS, en tant que parti et de plus en plus lié aux forces de droite, n'est pas moins autoritaire que le PC. En réalité, l'un et l'autre cherchent à procu­rer une base syndicale à leur pouvoir politique : le PC veut conserver la mainmise qu'il a déjà sur l'intersyndi­cale et étendre son influence, le PS veut pouvoir créer d'autres syndicats dans le même but. Les travailleurs ne sont ici que des objets, des masses de manœuvre.

2/ les travailleurs combatifs, syndiqués, syndicalistes, sont nombreux à penser que les syndicats pourris peuvent être transformés de l'intérieur, que l'on peut en conqué­rir les sommets au profit de la lutte des travailleurs. Certains pensent pouvoir le faire plus facilement s'il y a pluralité syndicale, d'autres pensent le contraire. 

3/ Mais les actions autonomes, radicales, se développent et se développeront sur leurs propres bases, que ce soit à travers des organismes syndicaux ou en dehors : les ou­vriers en lutte n'ont pas d'enjeu immédiat dans cet affrontement essentiellement « politique » au sens traditionnel. Il ne sert pas leur pouvoir.

Beaucoup de choses se passent au Portugal. Du côté des travailleurs, le développement d'un puissant mouvement de lutte collective visant à changer leurs propres conditions d'existence a été brisé. Il en reste, pour l'avenir, une expérience : des organisations de base démocratiques, permettant l'action directe, le développement de leurs capacités créatives, leur transformation, leurs mentalités. Du côté des forces politiques de la gauche, toute action tend à retirer aux travailleurs le pouvoir qu'ils ont pris eux-mêmes, à institutionnaliser l’État bourgeois et la démocratie bourgeoise. Tout cela au nom de l'intérêt général, de « l'économie nationale » . L'armée reste, elle, la force répressive au service de cet État, du capitalisme, plus ou moins réformiste. En être conscients, propager partout les informations et la signification des affron­tements réels entre les travailleurs les plus radicaux et les forces qui défendent le vieux monde pourri de l'exploi­tation et de l'oppression, voilà ce que nous entendons, en tant que travailleurs, par SOLIDARITÉ avec les camara­des portugais.

Paris, janvier/février 1975


Bibliographie :

Sur l'origine petite-bourgeoise du mouvement des capitaines, vu sous un point de vue petit-bourgeois ! Anatomie du nouveau pouvoir miliaire, Portugal, Y. Hardy, Les Temps Modernes, Décembre 1974

Sur la crise de la société portugaise, le mouvement ouvrier, histoire et lutte après le putsch, la question coloniale et les stratégies des forces politiques - Documents des luttes et sur la période syndicaliste révolutionnaire des années 20 :
Portugal : L'autre combat, un collectif, 200 p. Ed. Spartacus (à paraître).

Revues et journaux paraissant au Portugal que nous considérons intéressants pour l'information et la dis­cussion de la situation au Portugal (entre autres): 

Combate, (journal d'inf. ouvrières) Av. Santos Dumont 48 r/c Dto – Lisboa.

1° MAIO (in f. ouvrières) , Apartado 532, Porto

A BATALHA (journal synd. révol.) R. Angelina Vidal, 17 - 2° esq. - Lisboa-

Revue Os proletarios nao tem Patria ! (en portugais) 

Sur le mouvement des insoumis et déserteurs, position politique d'une minorité :
Soldats, marins, travailleurs 

Sur la grève de la TAP, événements et signification, Une lutte exemplaire, les travailleurs de la TAP, face au PC et à l'armée « démocratique » 


Merci à Jorge pour cette archive 



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