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domingo, 16 de fevereiro de 2014

PORTUGAL - LA RÉFORME AGRAIRE ET L'AGRICULTURE (II)

Comme nous l'avons dit au début du chapitre précédent (1), dans toutes les luttes où le prolétariat marque effectivement son autonomie, se développent de nouvelles relations sociales qui tendent à organiser toute la vie sociale et économique selon leur modèle. Cependant, ni l'entreprise ni le secteur économique où un ensemble de prolétaires entre en lutte n'existent indépendamment du marché capitaliste ; aussi, plus ou moins rapidement, pendant que les nouvelles relations sociales se développent en formant de nouvelles relations économiques, le marché capitaliste fait peser sa pression: c'est à lui qu'il faut s'adresser pour obtenir les matières premières et les machines; c'est vers lui qu'il faut diriger la vente des produits fabriqués; c'est à lui qu'on peut demander des crédits qui, dans l'économie actuelle, sont nécessaires à tout développement de la production.

Aussi, à partir du moment où une lutte se déclenche, elle présente une phase ascendante, quand le marché capitaliste n'a pas encore limité le développement des nouvelles relations sociales créées par le prolétariat, et une phase de reflux dans laquelle, de nouveau, les formes prolétariennes d'organisation doivent se subordonner à la société capitaliste dominante. Aussi, par exemple, tant que les relations communautaires et égalitaires créées par les ouvriers en lutte tendent à développer comme critères de la production et de la vie économique en général le bien-être des populations travailleuses, le collectivisme dans les décisions, la solidarité politique entre groupes de prolétaires en lutte, etc..., le critère capitaliste de gestion et de croissance économique, basé sur la recherche du profit maximum, ne peut qu'empêcher le développement de ces formes.

Mais une lutte ne passe pas totalement et d'un seul coup de la phase de développement à la phase de reflux. pendant un certain temps, qui peut même être assez long, s'articulent des formes conflictuelles appartenant à l'une et l'autre phase. En général cela dépend de deux grands facteurs: en premier lieu des luttes des prolétaires dans les autres secteurs de la production ou dans d'autres pays; en second lieu de la puissance de l'action initiale.

Voyons la réforme agraire à la lumière de ces critères. On peut marquer la fin de la phase de développement de cette lutte à partir du moment où, le prolétariat rural d'Alentejo ayant occupé les terres, la lutte du prolétariat industriel du reste du pays, pour ne pas encore parler du reste du prolétariat agricole, est restée pour des raisons diverses dans une phase de développement plus retardé ; à cela s'ajoute la situation d'isolement relatif de la lutte ouvrière au Portugal dans le contexte international. A partir de ce moment les coopératives agricoles ont dépendu entièrement du marché capitaliste et donc, ont dû reproduire les critères de gestion capitaliste. Mais cette reproduction n'est ni complète ni exempte de conflits. D'une part,la réforme agraire a résulté d'un déferlement de luttes si radical, si profond et massif que, débordant les critères de gestion capitaliste imposés par la pression du marché, les critères communautaires et égalitaires continuent de s'affirmer: à cet égard, les interviews que nous publions sont parfaitement explicites et ne laissent subsister aucun doute. D'autre part, les mouvements incessants de la classe ouvrière industrielle ont permis aux prolétaires agricoles de l'Alentejo, zone de la réforme agraire, de ne jamais rester isolés: ces derniers ont donc pu, grâce à cet appui dans la pression contre l'appareil d'Etat, maintenir les formes sociales communautaires et égalitaires au-delà de la phase purement ascendante du processus de lutte.

Les critiques élitistes du mouvement ouvrier nous taxeront peut-être de naïveté si nous pensons que des manifestations et autres actions dont l'initiative revient au P.C. ou à des bureaucraties syndicales signifient que les masses ouvrières urbaines mènent une action effective aux côtés du prolétariat concerné par la réforme agraire ; mais ce sont ces critiques qui font preuve de naïveté s'ils s'imaginent que des milliers, des dizaines, des centaines de milliers de travailleurs ne se mobilisent qu'à condition d'en recevoir l'ordre d'un parti ou d'une direction syndicale. Cette mobilisation massive des travailleurs correspond à une solidarité profonde qui se reflète dans la tactique même des partis et que les partis tendent d'anticiper avec des mots d'ordre tactiques ; mais cela ne fait que confirmer la force irrésistible de ce mouvement de solidarité.

Pour que ce double processus puisse être clairement compris et pour empêcher ainsi, à propos de la question agraire, de tomber dans des vues simplistes, élitistes, réactionnaires, nous commencerons dans cette deuxième partie, par montrer, en résumé, comment cette réforme a résulté d'un élan de lutte prolétarienne, très profond et très vaste. Nous montrerons ensuite comment cet élan combatif s'est heurté aux barrières du marché capitaliste, auquel il a été contraint de s'assujettir économiquement. Puis nous montrerons comment le capitalisme lui-même a pu tirer profit de cet assujettissement économique et comment l'avantage ainsi obtenu a suscité des contradictions entre les factions de la classe dominante. Enfin nous ferons, dans une troisième partie, la synthèse de tous les aspects — rendus perceptibles grâce aux interviews publiés — sous lesquels la lutte du prolétariat agricole a créé de nouvelles formes d'organisation sociale et les a développées de telle manière qu'aujourd'hui encore leur importance se maintient.

II-I) La réforme agraire a résulté d'une action prolétarienne directe.

Il nous fut visible quand nous avons ébauché la diversification sociale du monde rural que, dans les quatre districts d'Evora, Beja, Portalegre et Sétubal, à cause de la grande dimension des propriétés et des exploitations, et à cause de la très forte concentration de prolétaires, la lutte des clasan se déroulerait d'une façon franche et antagonique. Effectivement la tradition de lutte du prolétariat rural d'Alentejo date d'une époque très ancienne, pratiquement antérieure à l'existence des manufactures au Portugal. Déjà au 17' et 18' siècles la mobilisation «syndicale» entre les salariés agricoles d'Alentejo, pour la fixation du prix auquel ils vendraient leur force de travail, a révélé une ampleur et une violence très grandes, suscitant les protestations et les craintes des grands propriétaires de l'époque. Cette lutte fut continuelle et, plus recemment, durant la première république, des grèves parmi les plus importantes se sont déroulées en Alentejo; au long des cinquante années de salazarisme le prolétariat de l'Alentejo a eu l'honneur de payer cette lutte de son sang et de remplir les prisons de Caxias et Péniche. La lutte pour les huit heures de travail au début des années soixante marqua un des points les plus hauts de la lutte anti-capitaliste au Portugal. C'est pourquoi il est évident que la réforme agraire a été le résultat des luttes constantes des prolétaires et ne fut d'aucune manière, une réponse des masses à une décision de quelques cercles politiques.

Peu après le 25 avril, la lutte des prolétaires agricoles d'Alentejo commença par la revendication pour des conventions salariales et des accords de travail. Entre-temps on avait créé les syndicats agricoles, avec une base de masse assez réduite à cette époque et des positions beaucoup plus modérées que celles du prolétariat en lutte. Ainsi, par exemple, en ce qui concerne les revendications salariales, pendant que les travailleurs exigeaient l'égalité des salaires pour tous, les syndicats, nommément celui de Beja, recherchaient la conciliation avec les patrons et défendaient le maintien des éventails de salaire. (voir à ce sujet l'article «Greve no Montoito » dans Combate n° 3 du 12 juillet 1974). Ces revendications étaient souvent accompagnées de grèves et d'autres formes de pression sur le patronat. Pour les salariés agricoles d'Alentejo, comprenant un pourcentage élevé de travailleurs « journaliers », c'est-à-dire n'ayant pas d'emploi assuré durant une grande partie de l'année, ces revendications correspondaient pratiquement à un besoin vital, de survie...

Par la puissance de cette pression, les latifundiaires d'Alentejo se virent donc obligés d'augmen­ter, non seulement les salariés, mais la quantité de main d'oeuvre employée, et signèrent dans ce sens des Conventions Collectives du Travail en juillet-août 1974. Mais leur intention était purement et simplement de ne pas les respecter. Si la pression des salariés agricoles a encore obligé les latifundiaires à faire les récoltes cet été-là — et grâce à cette pression la production s'est révélée considérablement supé­rieure à celle des années précédentes — par la suite les grands propriétaires ont commencé à procéder à une destruction massive du capital : abattage du bétail, refus de faire les jachères, refus de faire cueillir les olives, etc... Il en est résulté une multiplication des conflits de travail car la garantie du travail nouvellement conquise était déjà en danger. Devant cette situation la réponse des syndicats et des partis politiques (nommément du P.C.) d'un côté, des masses prolétariennes de l'autre, est franchement divergente. 

Pendant qu'à la fin de l'année 1974, les Commissions Paritaires constituées de délégués syndicaux, de représentants du Patronat, d'éléments des Ministères de l'Agriculture et du Travail, et du M.F.A. (Mouvement des Forces Armées) se réunissaient pour tenter de fixer la capacité d'emploi de chaque entreprise agricole et de définir ainsi les obligations légales contractuelles du patronat, les prolétaires ruraux suivirent un chemin beaucoup plus simple, plus efficace et sans conciliation —l'occupation des terres. (Il est certain que des terres furent occupées dès la fin de 1974, bien qu'à la date où nous rédigeons cette analyse, les seules données systématiquement recueillies n'ont de références qu'à partir de janvier 1975 et seulement pour le district d'Evora.) Résultante d'un ensemble de problèmes qui se ramènent finalement au capita­lisme latifundiaire, la réforme agraire a pourtant eu la question de l'emploi comme stimulus initial. C'est pourquoi il n'est pas étonnant que, depuis les occupations, et relativement aux surfaces transfor­mées en coopératives et unités collectives de production, le nombre total des travailleurs ait augmenté de 184% (avant les occupations : 22 600; 1975-1976: 71900; 1976-1977: 64200), cette augmentation étant plus forte pour les travailleurs permanents (311%) que pour les journaliers (79%), ce qui révèle une augmentation de la sécurité de l'emploi.

L'occupation des terres, premiers pas de la réforme agraire, surgit donc en conflit avec la mise en place des bureaucraties syndicales et anticipe les tactiques plus tard officialisées par les appareils des partis à base ouvrière. Si on étudie la relation entre le degré de prolétarisation et le processus de la lutte, on voit clairement comment la réforme agraire s'est profondément implantée dans la structure sociale et ses conflits de base. Sans doute ce serait tirer des conclusions simplistes sur l'activité révolutionnaire que de la déduire directement du pourcentage des salariés; mais celui-ci est néanmoins un facteur de base très important qui, réuni aux autres facteurs politiques et sociaux, joue un rôle prédominant. Or, la région marquée par les latifundia au sud du Tage constitue une zone culturellement et politiquement assez homogène, aux expériences de luttes com­munes et aux traditions culturelles ancestrales identiques ou similaires. Dans ce contexte, les différents degrés de prolétarisation des différentes régions expliquent les variations du processus et confirment en plus le caractère directement prolétarien de ces luttes. Secondairement, le nombre absolu de travailleurs d'une zone a influé sur le degré d'activisme du prolétariat de cette zone. En termes généraux, les luttes les plus actives se sont déclenchées dans les zones les plus fortement peuplées. Ainsi nous verrons en tête des luttes les zones où le degré de prolétarisation est le plus grand et qui sont les plus peuplées, tandis que celles qui présentent un taux inférieur de prolétarisation et ont une population moins nombreuse en chiffres absolus, manifestent un degré moindre d'activité révolutionnaire. 

Si nous étudions le district d'Evora, pour lequel, comme nous l'avons dit, nous disposons de données complètes dès 1975, nous voyons que des quatorze conseils qui le composent, seuls quatre (Borda, Mourao, Redondo et Vila Viçosa) n'avaient encore occupé aucune ferme à la date de la publication du décret venu légaliser institutionnellement de telles occupations (29 juillet 1975) ; or, sauf Redondo, les trois autres conseils ont un taux de prolétarisation inférieur à la moyenne, relativement au total de la population agricole active, et, là où il lui est supérieur (Vila Viçosa), c'est la population absolue qui est plus réduite. Cet aspect est encore plus significatif quand on considère les occupations qui eurent lieu avant les nationalisations de la grande industrie et des banques, le 11 mars 75: si ces mesures n'ont pas directement concerné la question agricole, elles n'en ont pas moins eu sur elle une répercution évidente en altérant la situation politique générale. De janvier à la seconde quinzaine de mars, des occupations eurent lieu dans les conseils suivants : Evora (une dans la première quinzaine de janvier, une autre dans le première quinzaine de février et une autre dans la seconde quinzaine du même mois), Arraiolos (3 sans la première quinzaine de février), Reguengos (3 aussi à la même date), Montemor (une dans la première quinzaine de février, une autre dans la première quinzaine de mars) et, finalement, Portel (2 dans la seconde quinzaine de février). Or, à l'exception de Reguengos (en dernière place quant au taux de prolétarisation sur la population active agricole, mais à moyen terme quant à la population absolue), tous les autres conseils se situent au-dessus, ou très au-dessus de la moyenne quant au pour­centage de prolétaires, sur le total de la population active agricole. 

Nous pouvons donc en conclure que ce fut dans les zones de plus forte prolétarisation agricole que débuta la lutte pour la réforme agraire. Cela se comprend d'autant mieux si on se rappelle l'impor­tance du problème du chômage évidemment plus élevé dans les zones à forte prolétarisation et à population plus abondante. Le degré de prolétari­sation a aussi exercé une influence décisive sur les résultats totaux atteints : si nous regardons dans chacun des conseils le pourcentage des surfaces occupées pendant toute l'année 1975 relativement au total des surfaces cultivées, nous voyons que les huit conseils qui ont eu des résultats supérieurs à la moyenne, se trouvent aussi parmi ceux qui, relativement à la population active agricole, ont un taux de prolétarisation supérieur à la moyenne (sauf Viana do Alentejo) avec une pointe notable pour le conseil de Vendas Novas, nettement en tête quant au pourcentage des terres occupées et au taux de prolétarisation.

Le même type de résultats s'obtient sur la totalité de la zone de la réforme agraire pour laquelle, puisqu'il n'existe pas de données aussi minutieuses que celles dont nous disposons pour le district d'Evora, nous devons suivre des critères plus larges. Le décret-loi 406-A/75, du 29 juillet 1975, a établi les critères légaux d'expropriation en vertu desquels était expropriable une surface d'environ 1.500.000 hectares soit un peu moins de la moitié (48,8 %) de la superficie agricole utile des huit districts concernés : Beja, Evora, Sétubal, Santarém, Portalegre, Lis­ bonne, Castelo Branco et Faro. On note, cependant que, seule une partie de leurs superficies fut incluse dans la zone légale des expropriations prévue par la réforme agraire. (Il faut encore ajouter la natio­nalisation de propriétés foncières en vue de travaux d'aménagement hydro-agricoles, ce qui donnera un peu moins de 200.000 hectares). Ce maximum juridique n'est pas encore légalement atteint et, au 31 mars 1977, les terres légalement expropriées dans l'ensemble de ces districts atteint seulement 450.000 hectares ce qui ne représente que 30 % du maximum des terres expropriables. Cependant la situation de fait est autre car nous devons compter avec les expropriations non encore légalisées. La superficie des terres effectivement occupées va bien au-delà de celles déjà légalement expropriées (terres effective­ ment occupées, selon certains calculs : 1.080.000 ha ; selon des calculs plus récents : 1.130.000 ha), car elle dépend essentiellement de la force du prolétariat dans chaque district. Il vaut la peine d'introduire ici un tableau statistique plus complet :




Bien qu'inclus dans la réforme agraire, les districts de Lisbonne, Faro et Castelo Branco sont d'une importance réduite (le maximum des terres légalement expropriables n'était respectivement que de 8 %, 2,9 %, et 2,7 %, relativement à la superficie agricole utile de chaque district) ; Santarém n'a, à ce point de vue, qu'une importance moyenne. C'est dans les autres districts (Beja : 59%, Evora : 74%, Sétubal : 41 %, Portalegre : 63,8 %) que le processus a atteint les plus grandes dimensions. Ceci est parfaitement naturel si on se rappelle ce qui a été dit plus haut sur les grandes zones d'exploitation ; on sait en effet que ces quatre districts constituent une zone assez homogène où la grande ou très grande exploitation prédomine, face à l'importance pratiquement nulle des petites exploitations et au nombre très restreint des moyennes. Aussi, c'est précisément dans ces quatre districts que le pourcentage des salariés sur la population active agricole est le plus grand car ils concentrent (chiffres de 1970) plus de 125.000 des presque 445.000 salariés agricoles existant dans le pays, soit 28 % de ce total. Si le gros de la réforme agraire s'est développé avec un prolétariat agricole très fort, il est aussi très éclairant de vérifier que c'est précisément dans les deux districts où le pourcentage des salariés ruraux sur la population agricole active est le plus grand (Evora : 87,6 %; Portalegre : 83,2 %) que les résultats les meilleurs ont été atteints quant au pourcentage des terres occupées relativement à la superficie agricole utile et quant au pourcentage des terres occupées relativement au maximum légale­ment expropriable. Le district de Bejà, avec 77,7 % de salariés agricoles relativement au total de la population agricole active fut, de ces quatre districts, celui qui a obtenu les résultats les plus modérés dans le processus de la réforme agraire.


Nous avons vu jusqu'ici comme le processus de la réforme agraire a résulté d'une mobilisation authen­tiquement prolétarienne, indépendante de l'action, des syndicats, et anticipant les décisions politiques tactiques des appareils des partis « de gauche ». Quand ce processus s'est révélé trop général et profond pour pouvoir être réprimé, le pouvoir a alors décidé de le reconnaître afin de le contrôler. Et le texte même du décret-loi 406-A/75, du 29 juillet 1975 qui «fixe les normes auxquelles doivent obéir l'expropriation de propriétés foncières déterminées », reconnaît l'initiative autonome du processus de la réforme agraire en écrivant dans son préambule : «Ce processus n'a pas,constitué, (...) dans ce qu'il a de profond et d'essentiel, un fait ni une initiative du pouvoir d'Etat. » Mais il est évident que la publication de ce décret-loi, venant stimuler les plus craintifs et faisant reculer, au moins pour l'immédiat les paysans moins résolus, a aiguillonné le processus même des occupations en même temps qu'il cherchait à en définir les limites légales. Dans le cas du district d'Evora pour lequel nous disposons des données les plus complètes, on voit que du début janvier à la fin juillet 1975 eurent lieu 12,2 % du nombre total des terrains occupés jusqu'à la fin de cette année-là, ce qui correspond en superficie à 12,4% et à un rythme de croissance hebdomadaire de 0,44 %. Après la sortie de la loi dans les derniers jours de juillet, on voit que d'août au 25 septembre 1975, date à partir de laquelle furent interdites de nouvelles occupations, le rythme de croissance hebdomadaire des occupations fut de 5,5% En résumé, la loi, surgie dans un moment où le processus des occupations était déjà absolument irréversible, a contribué de jour en jour à le stimuler, au-delà du stimulus naturellement offert par les crises internes de la classe dominante particulièrement graves cet été-là. Mais les résultats finaux obtenus, et que nous avons analysés ci-de sus, montrent clairement que la dynamique générale du processus n'a jamais été due aux prétendus appui: légaux mais bien à la force prolétarienne effective.

De tout ce mouvement de luttes a résulté en 1976 la constitution d'un total de 449 unités collectives de production, coopératives et pré-coopératives ainsi réparties :




(-) Des données plus récentes indiquent 171 unités de production avec une surface moyenne de 2.546 ha. 
(--) Autres données, plus récentes : 536 unités de production, avec un total de 1.l30.000 ha. 

Cela signifie que, dans leur totalité, les nouvelles unités de production occupent erre 22 et 23 % de la superficie agricole utile totale. D'un côté, comme c'est évident, le plus grand nombre des nouvelles unités de production s'est constitué dans les zones où les occupations ont le plus avancé. De l'autre, pour expliquer les variations quant aux dimensions moyennes des unités de production dans chaque district, il faut certainement prendre en compte, en plus de la structure de l'exploitation antérieure à la réforme agraire, des critères politiques différents. 

II - 2) L'intégration économique de la réforme agraire dans le capitalisme.

Comme nous l'avons déjà dit, à partir du moment où ont eu lieu les occupations et où le prolétariat a dû organiser lui-même la production, les nouveaux critères dus aux relations sociales égalitaires et communautaires établies dans le processus de lutte sont entrés en conflit avec les critères de gestion capitaliste. Le contexte de la situation nationale et internationale a obligé le processus prolétarien de la réforme agraire à s'insérer économiquement dans le capitalisme dominant. Dès lors et jusqu'à maintenant les aspirations communautaires et les formes sociales et économiques qui en découlent sont restées en conflit avec une gestion basée sur le profit, gestion que le capitalisme environnant rend inéluctablement obligatoire.


Article publié dans SPARTACUS Socialisme et liberté Mensuel N°100 décembre 1978

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